L’organisation des Internationaux d’Australie aura été d’une grande complexité jusqu’à la toute fin. Quoi qu’il en soit, à moins d’une improbable hécatombe de dernière minute, ils auront lieu. À quoi s’attendre des Canadiens ? Qui garder à l’œil parmi les autres joueurs ? Tour d’horizon de ce premier Grand Chelem 2021 bien particulier.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

McEnroe en veut plus d’Auger-Aliassime...

… et Evert s’inquiète pour la santé d’Andreescu

PHOTO FRANCK FIFE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Québécois Félix Auger-Aliassime, actuellement 21e joueur mondial

John McEnroe a toujours été dithyrambique envers Félix Auger-Aliassime. Il a encore pleinement foi en son potentiel. Mais il s’attend à mieux que l’an dernier.

« Pour moi, Félix peut être le prochain grand joueur. […] Je crois que vous allez voir de grandes choses de sa part au cours des prochaines années », l’avait louangé la légende du tennis, à l’aube des Internationaux des États-Unis 2019.

Mercredi, dans le cadre de la visioconférence pré-tournoi d’ESPN, La Presse a demandé à l’analyste à quoi il s’attendait cette saison du Québécois de 20 ans. McEnroe a réitéré ses éloges. Mais avec un petit bémol, cette fois.

Félix a l’occasion de devenir, potentiellement, le meilleur joueur du monde. Il n’y a pas beaucoup de joueurs de qui on peut dire ça.

John McEnroe

« Cependant, l’année dernière, il semble avoir atteint un plateau [It seems like he’s sort of leveled off]. Il semble être un jeune homme très mature. Il est extrêmement professionnel. Il veut. Je ne connais pas exactement sa situation de coaching, mais il a besoin de s’élever de nouveau vers l’étape suivante [He needs to take that step up again] », a observé le septuple champion en Grand Chelem.

Félix Auger-Aliassime, actuellement 21joueur mondial, l’avait en quelque sorte lui-même reconnu au terme de la saison 2020.

« Je ne vais pas le cacher, je ne suis pas entièrement satisfait [de ma saison]. Il faut accepter que j’aie des bons et de moins bons matchs », avait-il notamment analysé à TVA Sports.

Quant à son personnel d’entraîneurs, Auger-Aliassime s’entraîne en ce moment sous la seule supervision de Frédéric Fontang – avec qui il travaille depuis 2017 –, après avoir mis un terme à sa relation avec Guillaume Marx, il y a trois mois.

Lors de son bilan de la dernière année, le Québécois avait confirmé être à la recherche d’« un mentor ou un conseiller » pour compléter son équipe. Profil recherché : une personne qui a « l’expérience du très haut niveau, qui a soit accompagné des joueurs qui ont gagné des grands chelems ou qui a lui-même déjà gagné des grands chelems ».

À la mi-décembre, il s’est entraîné à l’académie de Rafael Nadal, où il a entre autres reçu les conseils de l’oncle et coach de celui-ci, Toni Nadal.

« Je crois qu’il a perdu un peu de confiance [l’an dernier] », a poursuivi John McEnroe.

Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, s’il a été affecté par la pandémie. Il a fait un léger pas dans la mauvaise direction, ou bien il est demeuré au même niveau et les autres ont commencé à mieux le lire. Il va devoir faire un move. Il a l’occasion d’être au sommet avec les meilleurs.

John McEnroe

Cela dit, Auger-Aliassime n’a pourtant pas connu une vilaine année 2020.

Aux Internationaux des États-Unis, il a atteint la ronde des 16 pour la première fois en Grand Chelem, s’inclinant devant Dominic Thiem, éventuel champion de l’épreuve.

Il a également joué trois finales, les deux premières consécutivement, devenant alors le plus jeune à disputer une finale deux semaines d’affilée depuis Novak Djokovic, en 2006.

Hors du terrain, il a conclu l’année en étant élu par ses pairs au conseil des joueurs de l’ATP, dont il est l’un des quatre nouveaux membres.

Le Québécois tentera de faire mieux à ces Internationaux d’Australie qu’aux précédents alors que, 20favori – comme cette année –, il avait été éliminé au premier tour par l’imprévisible Ernests Gulbis.

D’entrée, il se frottera cette fois à l’Allemand Cedrik-Marcel Stebe, 128mondial, entré au tableau principal par la porte de derrière en tant que « lucky loser ».

La nuit dernière, au Murray River Open de Melbourne, un tournoi de catégorie 250, Auger-Aliassime affrontait en demi-finale le Français Corentin Moutet, contre qui il n’avait jamais perdu en deux affrontements (trois sion inclut un Challenger, en 2018).

Andreescu, 16 mois plus tard

PHOTO ALY SONG, ARCHIVES REUTERS

Bianca Andreescu salue la foule alors qu'elle quitte le terrain blessée lors de son match contre Karolína Plíšková, aux Finales de la WTA, à Shenzhen, en octobre 2019.

Bianca Andreescu n’a pas joué depuis octobre 2019, alors qu’une blessure au genou gauche l’a forcée à l’abandon après une manche contre Karolína Plíšková, aux Finales de la WTA, en Chine.

« Je sais que je n’ai pas joué depuis plus d’un an et c’est dingue à dire, a-t-elle admis en entrevue avec le Guardian, il y a une semaine, depuis la chambre d’hôtel où elle était confinée à Melbourne. Mais c’est la réalité. Et pour mon tournoi de retour, je ne sais pas à quoi m’attendre. Je veux juste y aller, je veux me sentir bien. Je suis simplement heureuse d’être de retour sur le court. »

La Canadienne, au 8rang mondial en ce moment, ne semble donc pas vouloir s’imposer trop de pression. Elle tempère les attentes.

Au moment de l’entrevue avec le média britannique, le retour en question devait se dérouler au Grampians Trophy – tournoi mis sur pied in extremis pour les joueuses ayant dû subir un confinement strict de 14 jours –, où elle allait tenir le rôle de favorite. Mais elle a finalement déclaré forfait, quelques jours plus tard.

« Avec mon équipe, nous avons décidé de nous concentrer, cette semaine, sur l’entraînement en vue des Internationaux d’Australie », avait fait valoir, par communiqué, la joueuse originaire de Mississauga.

En conférence de presse, vendredi après-midi (heure locale), Andreescu a assuré être en parfaite santé et réitéré que son groupe et elle avaient pris cette décision simplement parce qu’elle n’avait pu bénéficier de suffisamment de temps d’entraînement sur place.

Un choix que ne comprend pas l’ex-championne américaine Chris Evert, également analyste à ESPN, qui a répondu aux questions des médias en compagnie de John McEnroe, mercredi. Elle s’est par ailleurs montrée inquiète pour la Canadienne.

« Je suis préoccupée à propos de Bianca, a laissé tomber la gagnante de 18 titres en Grand Chelem. Je ne sais pas si c’était la meilleure décision pour elle de ne pas jouer un tournoi parce qu’elle n’était pas correctement préparée. »

[Bianca Andreescu] n’a pas joué de l’année. Elle se bat contre les blessures. Sa carrière sera réellement définie par son corps, comment il tient. Elle est encline aux blessures.

Chris Evert

Andreescu n’a plus joué un tournoi majeur depuis son sacre à New York, en 2019, contre Serena Williams. Cette année-là, elle avait également gagné Indian Wells et la Coupe Rogers, passant du 152e au 5e échelon mondial – elle a atteint le 4e en cours de saison –, malgré des blessures qui l’avaient gardée sur la touche par moments.

Lorsque les activités de la WTA ont recommencé, à l’été 2020, après une pause causée par la pandémie de COVID-19, elle a choisi de demeurer à l’écart, renonçant ultérieurement au reste du calendrier pour veiller à sa santé et à son entraînement.

Mais selon Evert, en reportant son retour d’une semaine, la Canadienne – qui s’est entraînée à Dubaï en début d’année – se place dans une situation tendue en vue des Internationaux d’Australie.

« Pourquoi ne pas vouloir se lancer dans un tournoi qui ne comptait pas vraiment afin d’avoir des matchs d’échauffement avant le gros tournoi ? Maintenant, elle se met toute la pression parce que son match de retour sera au gros tournoi. À mon avis, c’est le pire des deux maux », a-t-elle affirmé.

L’analyste est consciente qu’Andreescu n’avait pratiquement pas foulé les courts depuis son arrivée sur le sol australien, à bord d’un avion où au moins un cas de COVID-19 a été détecté à l’arrivée. Elle a été confinée à sa chambre d’hôtel pendant deux semaines. Tout comme son entraîneur Sylvain Bruneau, d’ailleurs, lui-même déclaré positif.

N’empêche, après une si longue absence, Chris Evert se demande si la joueuse ne ressent pas une certaine peur de jouer.

Je peux me tromper. Cette fille pourrait gagner le tournoi, elle pourrait être en pleine confiance. Nous avons vu ce qui arrive quand elle est au sommet de sa forme. Verrons-nous cela aux Internationaux d’Australie ? Considérant qu’elle n’a pas joué, je ne crois pas.

Chris Evert

Sur ce point précis, Sylvain Bruneau ne serait pas en désaccord avec elle. En visioconférence samedi matin (heure de Melbourne), il a insisté pour modérer les espoirs immédiats.

« Je vais essayer de bien mesurer mes attentes. En fait, je vais essayer de n’avoir aucune attente et de juste apprécier le fait qu’elle peut être sur un terrain de tennis à compétitionner en Grand Chelem, s’est-il repris spontanément. Il faut éviter de tomber dans le piège des objectifs à court terme. »

Pour ce qui est de la crainte, il ne l’a pas niée, en précisant cependant que la joueuse et son entourage ont fait absolument tout ce qui était en leur pouvoir en vue d’une récupération complète, à tous points de vue.

« C’est certain que c’est présent, cette idée d’espérer que ça va bien aller. Je pense qu’on doit se concentrer sur ce qu’on peut contrôler et elle a vraiment tout fait ce qui était possible, sur le plan de l’entraînement, le plan médical, le plan mental. Est-ce qu’il y a des petites cicatrices ? Possiblement. On essaie de regarder de l’avant et d’être optimistes et positifs. Mais c’est sûr que revenir après 15 mois d’inactivité, tu ne peux pas faire semblant que rien n’est arrivé. »

En 2019, Bianca Andreescu s’est inclinée au deuxième tour de ces Internationaux d’Australie.

Comme Félix Auger-Aliassime, elle entamera l’édition 2021 contre une « lucky loser », la Roumaine Mihaela Buzarnescu, 138mondiale.

Denis Shapovalov, Leylah Annie Fernandez, Milos Raonic, Rebecca Marino et Vasek Pospisil seront également du tournoi en simple.

Il s’agit de la cinquième fois de l’ère moderne que sept Canadiens ou plus participeront à un tournoi majeur, les Internationaux des États-Unis de 2014 constituant la plus récente de ces occasions.

Les autres Canadiens

PHOTO PAUL CROCK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Denis Shapovalov

Denis Shapovalov
Il vient de s’incliner en deux matchs très serrés à la Coupe ATP contre Novak Djokovic et Alexander Zverev. À 21 ans, le mieux classé au pays, au 12e rang mondial, il avait touché le top 10 en septembre après être devenu le premier Canadien à atteindre les quarts de finale des Internationaux des États-Unis.

Adversaire au premier tour :
Jannik Sinner, 36e mondial
Meilleurs Internationaux d’Australie :
3e tour en 2019 (battu par Novak Djokovic)

PHOTO PATRICK HAMILTON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Leylah Annie Fernandez

Leylah Annie Fernandez
Confiante, elle affirmait en novembre viser le top 10 dès cette année. Au 89e rang mondial, deuxième plus jeune du top 100 à 18 ans, la Québécoise a perdu cette semaine au deuxième tour du tournoi Grampians Trophy, après avoir battu l’Américaine Sloane Stephens au tour précédent. Elle avait entamé 2020 au 209e échelon.

Adversaire au premier tour :
Elise Mertens, 20e mondiale
Meilleurs Internationaux d’Australie :
1er tour en 2020 (battue par Lauren Davis)

PHOTO KELLY DEFINA, ARCHIVES REUTERS

Milos Raonic

Milos Raonic
Souvent blessé, le puissant et tenace Monténégrin d’origine pointe au 15e rang, sans faire trop de bruit. Troisième raquette mondiale en 2016, détenteur de huit titres, son plus récent remontant toutefois à 2016 (Brisbane). Sans doute reposé et, surtout, guéri, il est un habitué de la deuxième semaine à ces Internationaux d’Australie.

Adversaire au premier tour :
Federico Coria, 92e mondialMeilleurs Internationaux d’Australie :
Demi-finale en 2016 (battu par Andy Murray)

PHOTO WILLIAM WEST, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Rebecca Marino

Rebecca Marino
En voilà une qui revient de très loin. Aux prises avec des blessures et des épisodes de dépression, elle avait remisé sa raquette à deux occasions. À 30 ans, elle reprend du service dans le tableau principal d’un tournoi du Grand Chelem pour la première fois en huit ans. Elle s’est inclinée d’entrée de jeu au tournoi Gippsland Trophy cette semaine.

Adversaire au premier tour :
Kimberly Birrell, 747e mondiale
Meilleurs Internationaux d’Australie :
2e tour en 2011 (battue par Francesca Schiavone)

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Vasek Pospisil

Vasek Pospisil
Classé 61e, il a été désigné comme celui ayant effectué le retour de la saison 2020. En novembre, il a échappé de peu son premier titre en carrière, à Sofia, contre Jannik Sinner. Ombre au tableau, il s’est retiré cette semaine du Great Ocean Road Open en raison de douleurs au bas du dos. Et voyez son premier client…

Adversaire au premier tour :
Daniil Medvedev, 4e mondial
Meilleurs Internationaux d’Australie :
3e tour en 2014 et 2015

Les yeux rivés sur…

Roger Federer n’a pas fini de soigner son genou et sera absent cette année. Mais il n’y a pas que lui ! Voici quelques joueurs et joueuses à suivre, pour différentes raisons.

HOMMES

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Rafael Nadal
Pourquoi Rafa avant Djoko ? Tout simplement parce que l’Espagnol pourrait prendre seul la tête de la course aux titres en Grand Chelem. Federer et lui en comptent 20, le Serbe, 17. Mais le numéro 2 mondial n’a pas joué pour son pays en Coupe ATP, en raison de raideurs au bas du dos, et il n’a gagné les Internationaux d’Australie qu’une fois, il y a 12 ans. Gardez plutôt ces 2 $ pour Roland-Garros. Mais comment gager contre un si grand champion ?

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Novak Djokovic
Sont-ce les quelques rares semaines de repos en fin d’année qui revigorent chaque fois le Djoker ? Chose certaine, avec huit titres, dont les deux derniers, il est dans une classe à part aux Internationaux d’Australie. Il n’a pas toujours fait parler de lui pour les bonnes raisons, en particulier l’an dernier. Mais à 33 ans, le numéro 1 mondial a encore quelques très bonnes années devant lui. Sans compter qu’il n’est qu’à trois titres en Grand Chelem de ses deux ennemis jurés…

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Dominic Thiem
Il a donné des sueurs froides à Djokovic en finale des derniers Internationaux d’Australie, battu 6-4 au set ultime, après avoir mené deux manches à une. Puis, en septembre, l’Autrichien a mis la main sur son premier titre en Grand Chelem, 8-6 au bris d’égalité de la dernière manche des Internationaux des États-Unis. Chaud. D’abord identifié comme un excellent joueur de terre battue – il s’est incliné à deux reprises face à Nadal en finale de Roland-Garros –, le numéro 3 mondial, à 27 ans, est désormais une menace pour tous, partout.

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Stan Wawrinka
Le Suisse a 35 ans et a glissé jusqu’au 18rang du classement. Alors, quel intérêt de mentionner cet ex-numéro 3 mondial ? Simplement pour rappeler que depuis 2006, un seul titre de ces Internationaux d’Australie n’a pas été remporté par un membre du Big 3. Et c’était Stan the Man, en 2014, le premier de ses trois succès en Grand Chelem. Par ailleurs, il a aussi l’habitude d’embêter sérieusement Djokovic en Australie. Cela dit, Wawrinka n’a rien gagné depuis 2017. Une curiosité plus qu’autre chose.

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Jannik Sinner
Bien sûr, il y a aussi Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas, Alexander Zverev, Andrey Rublev, tous top 10 et âgés de 22 à 24 ans. Alors pourquoi Sinner ? Parce que l’Italien de 19 ans est le plus précoce du top 100, pointant déjà au 36échelon. Qu’il a remporté un premier titre en fin d’année, à Sofia, et qu’il est sans l’ombre d’un doute l’une des futures vedettes du circuit. Pour trouver un joueur plus jeune au classement, on doit descendre jusqu’au 122rang. Il affrontera Denis Shapovalov au premier tour. À ne pas manquer.

FEMMES

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Serena Williams
Toujours LA question du côté féminin : l’Américaine rejoindra-t-elle enfin Margaret Court avec un 24e titre majeur ? Serena, numéro 11 mondiale, fêtera son 40e anniversaire en septembre et son plus récent triomphe en Grand Chelem remonte à 2017. Depuis, quatre finales en Grand Chelem, autant de défaites. Les perspectives s’assombrissent. En contrepartie, Melbourne est l’un des deux tournois majeurs qu’elle a remportés le plus souvent (sept fois, comme à Wimbledon). Et elle a fait bonne figure lors de ses premiers matchs au tournoi préparatoire Yarra Valley Classic. Elle a toutefois déclaré forfait avant la demi-finale.

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Sofia Kenin
L’Américaine de 22 ans, née à Moscou – mais dont la famille a émigré aux États-Unis peu après –, s’est révélée parmi les meilleures de la WTA l’an dernier, raflant les Internationaux d’Australie et s’inclinant en finale de Roland-Garros. En défendant son titre avec succès, la numéro 4 mondiale deviendrait la première à réussir l’exploit depuis Victoria Azarenka en 2013. En début de semaine, elle s’est dite « très tendue » à l’idée de cette défense. Une commande qui s’annonce ardue pour la demi-finaliste 2018 du défunt tournoi de Québec.

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Iga Swiatek
La Polonaise de 19 ans seulement a littéralement détruit chacune de ses adversaires à Roland-Garros, l’automne dernier. Au cours de ses sept duels à Paris – dont celui contre Eugenie Bouchard au troisième tour –, elle n’a jamais perdu plus de cinq jeux en un match ! Une domination rare, alors qu’elle a entre autres pulvérisé la favorite Simona Halep en ronde des 16, puis Sofia Kenin en finale. Peut-elle répéter l’exploit sur le dur ? Plus jeune parmi le top 30, elle occupe présentement le 17rang mondial.

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Ashleigh Barty
Elle est toujours numéro 1 mondiale, bien qu’on ait tendance à l’oublier. La petite Australienne de 5 pi 5 po, gagnante de Roland-Garros en 2019, n’a jamais atteint la finale au tournoi majeur de Melbourne. Demi-finaliste l’an dernier, elle avait été écartée en deux manches par l’éventuelle championne, Sofia Kenin. La pression est sans doute lourde sur les épaules de Barty, aucune Australienne n’ayant remporté le Grand Chelem national depuis Chris O’Neil, en 1978. Présente à la Yarra Valley Classic, elle était inactive depuis un an, par choix, en raison de la pandémie.

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Naomi Osaka
On a bien failli la renommer Naomi Halep. Ou Simona Osaka, tellement le choix entre les deux était difficile. Mais le parcours de la Japonaise est trop impressionnant. À 23 ans, déjà trois titres majeurs, dont les plus récents Internationaux des États-Unis et ceux d’Australie en 2019. Militante, la numéro 3 mondiale s’est engagée contre les violences policières aux États-Unis lors du dernier tournoi new-yorkais, arrivant à chaque match avec un masque qui portait le nom d’une des victimes. Elle a été nommée athlète féminine de 2020 par l’Associated Press.

L’Australie y goûte aussi

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Un panneau appelant les visiteurs à porter le masque en tout temps lorsqu’ils se retrouvent à l’intérieur est vu à l’entrée du Melbourne Park, où se déroulera le tournoi du Grand Chelem.

L’an dernier, Wimbledon a été annulé. Les Internationaux des États-Unis, joués sans spectateurs. Roland-Garros, décalé de quatre mois et disputé devant des gradins quasi déserts. Au tour des Internationaux d’Australie de vivre les affres de la pandémie.

Les Internationaux d’Australie ne l’ont pas eu facile depuis deux ans. En 2020, c’était les incendies de forêt. Cette fois, c’est la pandémie de COVID-19.

Le premier tournoi majeur de la saison a été un réel casse-tête à mettre sur pied.

« Nous disons chaque année que nous sommes le “happy slam’’. Maintenant, nous disons que nous serons le “very safe and happy slam’’ », avait lancé l’été dernier le directeur de l’évènement, Craig Tiley.

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Le directeur des Internationaux d’Australie, Craig Tiley, s’adresse aux médias, à Melbourne, le 4 février.

Mais anticipait-il la panoplie de retournements de situations et de complications des mois suivants ?

Déjà, fin septembre, des scénarios permettant aux joueurs de s’entraîner pendant une quarantaine obligatoire de deux semaines à leur arrivée sur le sol australien étaient sur la table.

La lettre aux joueurs avait été publiée sur Twitter par le tennisman slovaque Lukas Lacko. Accompagnée de son commentaire, ironique, qui se révélera prémonitoire : « Ce sera amusant, je suppose. »

Une semaine plus tard, le tournoi préparatoire d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, était annulé.

Puis, mi-novembre, tous les autres tournois préparatoires aux Internationaux d’Australie – habituellement disputés à Sydney, Brisbane, Perth, Adelaide, Hobart et Canberra – sont annulés à leur tour. Ils laisseront place à six tournois, tous à Melbourne, trois chez les hommes, autant chez les femmes. Tout cela, évidemment, pour limiter les déplacements.

D’une certaine façon, on copiait ainsi le modus operandi des Internationaux des États-Unis, qui avaient déplacé à New York le Masters de Cincinnati afin qu’il serve de préparation au tournoi majeur.

Report de trois semaines

Les négociations entre les têtes dirigeantes du tournoi, le gouvernement australien, l’État de Victoria – où se trouve Melbourne – et les autorités de santé publique, ponctuées de dates butoirs, n’ont pas été simples.

« Incroyablement complexes », en fait, aux dires de Daniel Andrews, premier ministre de l’État.

La fédération de tennis australienne comptait sur l’arrivée des joueurs à la mi-décembre afin qu’ils procèdent à leur quarantaine et disputent les tournois préparatoires habituels. Mais l’État, qui sortait de quatre mois d’un confinement critiqué, mais efficace, après avoir été au cœur d’une deuxième vague de coronavirus, ne l’entendait pas ainsi.

En conséquence, le début du premier tournoi majeur de la saison allait être décalé du 18 janvier au 8 février.

Les joueurs et leur personnel ne seraient donc reçus à Melbourne qu’à la mi-janvier, effectuant une période de quarantaine obligatoire de 14 jours, avec permission de s’entraîner pendant un maximum de cinq heures par jour au site des Internationaux d’Australie, sous supervision et dans des conditions strictes.

Ils devaient être testés au moins cinq fois pendant leur quarantaine. Ils l’ont finalement été quotidiennement, interdits de quitter leur chambre sans un résultat négatif.

« Il y a beaucoup de pièces à ce puzzle logistique », avait souligné Craig Tiley, qui est également patron de la fédération australienne de tennis.

Pour amener des joueurs du monde entier, nous aurons jusqu’à 18 avions et chacun sera limité à une capacité de 20 % afin de garantir que les vols soient aussi sûrs que possible pour tout le monde.

Craig Tiley, directeur des Internationaux d’Australie

Avec une population de 25 millions d’habitants, l’Australie a recensé jusqu’à maintenant quelque 29 000 cas de COVID-19 et 900 morts, dont plus de 800 dans l’État de Victoria.

Le quart des joueurs confinés

John Isner a renoncé aux Internationaux d’Australie cette année. Quant à Andy Murray, son diagnostic positif au coronavirus juste avant de prendre l’avion pour Melbourne l’en privera.

Aujourd’hui, Isner ne regrette sûrement pas sa décision. Et Murray se considère peut-être comme chanceux dans sa malchance…

Il y a trois semaines, à peine débarqués en territoire australien, près de 50 joueurs – dont Bianca Andreescu et Vasek Pospisil – de deux vols distincts ont été placés en quarantaine stricte pour 14 jours à la suite de trois tests positifs à la COVID-19 chez d’autres passagers de leur avion respectif, dont celui de l’entraîneur Sylvain Bruneau.

Tous les joueurs visés et les membres de leur entourage se sont donc retrouvés en confinement strict, dans l’interdiction d’interrompre leur quarantaine pour participer à un entraînement.

PHOTO WILLIAM WEST, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Alizé Cornet et son entraîneuse Sandra Zaniewska quittent leur hôtel pour se rendre à un entraînement, à Melbourne, le 20 janvier.

En désaccord avec la gestion des organisateurs, la Française Alizé Cornet, arrivée par un autre avion, s’est insurgée sur Twitter, qualifiant la situation de « démentielle » avant d’effacer sa publication.

Le lendemain, un autre cas sur un vol en provenance de Doha. Vingt-cinq joueurs supplémentaires s’ajoutaient aux 47 déjà confinés dans leur hôtel, pour un total de 72. Plus du quart des 256 inscrits.

Contraints de taper des balles contre les murs ou les fenêtres de leur chambre, certains ont appelé à un assouplissement des mesures d’isolement.

Réponse des autorités sanitaires australiennes : « Aucun traitement de faveur. »

Novak Djokovic a également dressé une liste de demandes aux organisateurs, rejetées par le premier ministre Andrews.

La Fédération australienne de tennis a cependant fait livrer des appareils pour permettre aux joueurs en confinement strict de s’entraîner.

Quelques autres cas sont ensuite apparus dans la bulle, dont les deux premiers de joueurs.

La dernière tuile pour Tiley ?

Les démarches, les plaintes et l’attitude de certains joueurs ont été très mal accueillies dans la population qui venait de subir un confinement autrement plus long et difficile.

Certains joueurs ont fait leur mea culpa, d’autres ont blâmé leurs collègues pour ce qui apparaissait comme un manque d’empathie envers la communauté australienne.

La majorité des joueurs a été absolument fantastique, et il y en a qui sont un peu énervés par ce que certains ont dit, car cela les présente tous sous un mauvais jour.

Craig Tiley, directeur des Internationaux d'Australie

Le calendrier de la semaine menant aux Internationaux d’Australie – qui devraient néanmoins accueillir jusqu’à 30 000 spectateurs par jour – a par la suite été remanié et un tournoi WTA a été ajouté afin de permettre une préparation plus adéquate aux 72 joueuses et joueurs touchés.

Certains d’entre eux avaient été confinés jusqu’à une semaine et des poussières avant le début du Grand Chelem.

Or, comme si ce n’était pas assez, 507 joueurs et membres d’entourage ont été renvoyés en isolement, mercredi, dans l’attente d’un test négatif après qu’un cas de coronavirus a été détecté au sein du personnel d’un des hôtels de quarantaine.

Résultat : tous les matchs de jeudi à Melbourne Park ont été annulés.

Chacun de ces tests s’est finalement révélé négatif.

En raison des chaleurs extrêmes auxquelles sont soumis les joueurs, le grand chelem australien est réputé pour être éprouvant physiquement. Cette année, à sa façon, l’avant-tournoi l’aura été tout autant.