Championne junior à Roland-Garros l’année dernière, Leylah Annie Fernandez faisait ses débuts au tableau principal lundi, et elle s’est offert une superbe victoire aux dépens de la Polonaise Magda Linette, 31e favorite, en trois manches de 1-6, 6-2 et 6-3.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

« Je suis vraiment contente de cette victoire acquise dans des conditions très difficiles, avec le froid et le vent. Je me suis inspirée de mes succès passés ici pour me battre jusqu’au bout. J’essaie toujours de garder un esprit positif. Même quand je perdais en première manche, je n’ai jamais cessé de croire que je pouvais revenir. »

Et elle est revenue de loin dans ce match retardé par la pluie et disputé en soirée sous les projecteurs.

La joueuse de 18 ans, 98e mondiale, a vite été débordée en début de match, et après avoir difficilement remporté le premier jeu sur son service, elle a commis pas moins de 17 fautes directes en première manche. Linette a converti trois balles de bris en sept occasions, la dernière lui procurant la première manche après 41 minutes de jeu.

Fernandez a profité de la pause pour passer au vestiaire, changer sa tenue et oublier ce qui venait de se passer. De retour sur le court, elle a pris l’avantage 2-0. Jouant avec plus de confiance, évitant les erreurs (seulement quatre fautes directes), elle a gagné la manche, 6-2, avec un mélange d’amortis et de précision.

Linette est à son tour allée au vestiaire, mais cela ne l’a pas empêchée d’être brisée dès le premier jeu de la manche décisive. Et ça ne s’est guère amélioré jusqu’à ce que la Polonaise soit menée 0-4.

À l’approche du fil, Fernandez s’est un peu tendue. Elle a laissé échapper le sixième jeu sur une double faute, puis encore le huitième sur son service après avoir gâché une balle de match. Linette n’a pas su en profiter, subissant elle aussi deux bris d’affilée pour s’avouer vaincue au terme d’un match de deux heures et dix minutes.

Déjà gagnante d’un match aux Internationaux des États-Unis, sa première victoire en Grand Chelem, Fernandez rejoint donc Eugenie Bouchard au deuxième tour à Roland-Garros. Elle y affrontera la Slovène Polona Hercog (50e).

« J’étais contente d’avoir gagné à New York et je le suis tout autant ici. J’ai dû me battre davantage aujourd’hui et je suis contente de passer au deuxième tour. Je n’ai jamais affronté Hercog, mais toutes les joueuses qui sont ici sont très bonnes et je sais que ce sera un autre match difficile. »

À son âge, on pourrait penser que Fernandez regrette beaucoup de ne pas pouvoir profiter de tout ce que Paris a à offrir normalement. Confinée à l’hôtel et au stade Roland-Garros, la jeune femme ne s’en formalise pas.

« Je suis ici pour jouer au tennis, pour faire mon travail et je ne m’ennuie pas. C’est la troisième année que je viens à Paris et je n’ai toujours pas visité la tour Eiffel ! J’aurai toujours le temps de le faire plus tard. »

Auger-Aliassime : « Je n’étais pas au niveau »

Si Fernandez a causé une belle surprise, son compatriote Félix Auger-Aliassime a plutôt été quitte pour une grosse déconvenue. Éliminé au premier tour par le Japonais Yoshihito Nishioka, 7-5, 6-3 et 6-3, le 19e favori est complètement passé à côté de son premier Roland-Garros. Et il n’était pas content de sa performance.

« Je suis très déçu, très frustré, a-t-il convenu en visioconférence. Aujourd’hui, j’ai senti que je n’étais pas au niveau et je m’en veux. Ce n’est pas facile à accepter. »

Le 22e mondial affrontait un adversaire coriace, Nishioka (52e) étant un relanceur infatigable, mais il n’a pas su convertir les nombreuses occasions qu’il a eues de prendre l’avantage.

PHOTO CHARLES PLATIAU, REUTERS

Félix Auger-Aliassime s’est incliné 7-5, 6-3 et 6-3 devant le Japonais Yoshihito Nishioka.

« Je savais que ce serait difficile de percer sa défensive et les conditions ne m’étaient guère favorables, a expliqué le joueur de 20 ans. Avec le froid, ma puissance n’avait pas le même impact et je n’ai pas bien servi, mais j’aurais pu faire beaucoup mieux. Il [Nishioka] a bien joué, mais je n’ai pas été à la hauteur. »

Auger-Aliassime n’a pu convertir que deux des 13 occasions de bris qu’il a obtenues, alors que son adversaire en a gagné 6 en 13. Et s’il a réussi plus de coups gagnants (30 contre 23), il a aussi commis presque deux fois plus de fautes directes (58 contre 34).

Retardé de deux heures par la pluie, le match a été disputé dans des conditions maussades, et Auger-Aliassime a souvent voulu aller trop vite. « Dans ces conditions, il faut être patient, prendre le temps de bien bâtir ses points, d’attendre le bon moment pour tenter les coups décisifs. Je ne l’ai pas fait. »

Quand on lui a demandé s’il avait adapté son jeu ou son équipement aux conditions, il a répliqué : « Je contrôlais bien la balle. Ce n’était pas un problème de tension de cordage ou d’ordre technique, c’est moi qui ai mal joué. »

Mentalement, je n’étais peut-être pas prêt.

Félix Auger-Aliassime

Après une solide performance aux Internationaux des États-Unis – où il a atteint le quatrième tour pour la première fois de sa carrière en Grand Chelem –, Auger-Aliassime n’a jamais trouvé son rythme en trois tournois sur la terre battue.

« C’est une période difficile pour moi, a-t-il reconnu. J’ai pourtant l’habitude de bien faire sur la terre battue, j’y ai connu du succès depuis les juniors. Cette année, avec la transition rapide et la courte saison sur cette surface, je n’ai pas eu le temps de vraiment m’adapter, d’où ces trois tournois ratés.

« En fait, ça continue une saison un peu en dents de scie. J’avais fait deux finales en début d’année, puis la pandémie a forcé cette longue pause. Ça m’a permis de passer du temps en famille, puis de bien travailler à l’entraînement. Et je venais quand même de connaître une séquence plutôt positive avec l’US Open.

« Je vais maintenant me reposer, prendre une pause et tenter de comprendre ce qui s’est passé depuis trois semaines. Je vais essayer d’aller de l’avant, de repartir, de voir comment je peux m’améliorer. Et j’espère pouvoir bien terminer la saison. »

Auger-Aliassime est inscrit à deux tournois à Cologne, en Allemagne, à l’intérieur sur surface dure, à compter du 12 octobre.

Diez s’est bien battu

Steven Diez faisait ses débuts en Grand Chelem, à 29 ans, lundi à Roland-Garros. Le Torontois, 181e mondial, s’est bien battu, mais il s’est incliné, 4-6, 6-3, 6-3 et 6-4, devant l’Américain Mackenzie McDonald (211e). Après avoir mené, 6-4, 2-0, Diez a été rattrapé par la pression et il a subi le jeu de son rival.

« En ce moment, je suis heureux de mon tournoi, mais déçu du résultat aujourd’hui. J’ai l’impression que j’ai été proche de la victoire. Je pense que Mack[enzie McDonald] a bien géré les moments importants et qu’il a mérité cette victoire. Me qualifier pour le tableau principal a été une formidable expérience et j’espère la répéter dans d’autres tournois du Grand Chelem. J’espère aussi qu’elle va inspirer d’autres joueurs à poursuivre leurs rêves, quoi qu’on leur dise. »

Au tour de Shapovalov et de Pospisil

Deux autres Canadiens, Denis Shapovalov et Vasek Pospisil, feront pour leur part leur entrée dans le tournoi mardi. Neuvième favori, Shapovalov se mesurera au Français Gilles Simon dans le quatrième match au programme sur le court Philippe-Chatrier. Pospisil affrontera quant à lui l’Italien Matteo Berrettini, septième favori, dans le premier match de la journée (5 h au Québec) sur le court Suzanne-Lenglen.