(Paris) Pas encore lancé, déjà chahuté : Roland-Garros, exceptionnellement reporté du printemps à l’automne à cause de la COVID-19, a connu ses premières turbulences avant même de vivre ses premiers échanges, avec cinq joueurs et une joueuse exclus des qualifications avant qu’elles ne débutent.

Publié le 21 sept. 2020
Élodie SOINARD Agence France-Presse

C’est dimanche soir, à une douzaine d’heures seulement des premiers matchs des qualifications du simple messieurs, que le Grand Chelem parisien a confirmé que « deux joueurs ont été testés positifs à la COVID-19 et trois autres joueurs déclarés « cas contacts » de leur entraîneur testé positif à la COVID-19 ».

« Conformément au protocole sanitaire, ces cinq joueurs ont été écartés du tableau des qualifications […] et resteront isolés pendant sept jours », a alors indiqué le tournoi.

Ce rebondissement a toutefois généré incompréhension et interrogations.

Parmi les cinq joueurs concernés, le Bosnien Damir Dzumhur, ex-top 30 retombé au-delà de la 100e place mondiale, paie les conséquences d’un test positif de son entraîneur Petar Popovic, avec lequel il partage sa chambre d’hôtel. Or, ce dernier a déjà eu le nouveau coronavirus il y a quelque temps, ce qui pose question sur la fiabilité du test.

PHOTO FRANK FRANKLIN, AP

Parmi les cinq joueurs concernés, le Bosnien Damir Dzumhur (notre photo), ex-top 30 retombé au-delà de la 100e place mondiale, paie les conséquences d’un test positif de son entraîneur Petar Popovic, avec lequel il partage sa chambre d’hôtel. Or, ce dernier a déjà eu le nouveau coronavirus il y a quelque temps, ce qui pose question sur la fiabilité du test.

« Nous sommes sûrs que c’était un faux positif, car mon entraîneur a des anticorps, se désole Dzumhur sur Instagram. Il n’a pas été autorisé à faire un deuxième test. Je suis effondré. »

Même scénario pour l’Américain Ernesto Escobedo, 172e mondial, éjecté du tableau après le test positif de son entraîneur Lalo Vicencio qui, lui aussi, explique pourtant avoir « développé des anticorps contre le virus après avoir eu la COVID-19 il y a quelques mois ».

Selon la presse espagnole, les trois autres joueurs concernés seraient l’Ouzbek Denis Istomin, l’Espagnol Bernabe Zapata Miralles et le Serbe Pedja Krstin.

« On définit des règles, on décide de les suivre, on essaie de tenir des protocoles stricts », répond-on à la Fédération française de tennis (FFT), organisatrice du tournoi.

900 tests effectués

Lundi soir, au tour d’une joueuse, dont l’identité n’a pas été précisée, de connaître le même sort : déclarée positive, elle a été exclue du tableau des qualifications du simple dames qui s’ouvrent mardi. C’est désormais une semaine à l’isolement qui l’attend.

Au total, quelque 900 tests ont été pratiqués sur les joueurs et les joueuses, ainsi que leur entourage — réduit, COVID-19 oblige —, depuis jeudi.

Au-delà de la question des tests, les ennuis risquent de ne pas s’arrêter là pour Roland-Garros.

De Strasbourg, où elle est engagée cette semaine, Alizé Cornet a estimé auprès de l’AFP que joueuses et public « pourraient être mieux séparés » et espéré que « ce soit mieux fait à Roland-Garros, car il y aura plus de public, plus de joueurs, donc plus de risques ».

« C’est complètement paradoxal : nous, on nous enferme dans un hôtel, on nous empêche de sortir, on prend tout le protocole hyper à la lettre, et à côté de ça, on va côtoyer des gens » qui se massent et « ne respectent pas du tout la distanciation sociale. Il y a quelque chose qui cloche », s’étonne-t-elle.

« Avec tous les documents que je dois remplir pour Roland-Garros, il y a intérêt à ce qu’il n’y ait pas un admirateur à moins de deux mètres de moi », ironisait le joueur américain Noah Rubin (230e) sur Twitter il y a une semaine.

Et si, face à la dégradation de la situation sanitaire, le spectre du huis clos ressurgissait ?

La « limitation du nombre de participants aux grands évènements sportifs » fait partie des « nouvelles mesures, forcément plus contraignantes » à l’étude « en fonction de l’évolution de la situation dans les prochains jours », a esquissé le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France Aurélien Rousseau dans le Journal du dimanche.

Depuis début septembre, Roland-Garros a été rattrapé deux fois en l’espace de dix jours par la réalité de la COVID-19, avec une jauge d’abord resserrée à 11 500, puis à 5000 spectateurs par jour au maximum.