(New York) Il avait un boulevard pour s’imposer à l’US Open et même des tribunes vides pour éventuellement passer ses nerfs où il voulait, mais Novak Djokovic a laissé place au « Djoker » qui a commis l’irréparable, froissant un peu plus son image.

Nicolas PRATVIEL Agence France-Presse

La dernière image du N.1 mondial est celle de sa sortie du court Arthur-Ashe tête basse. Il n’a pas donné l’occasion à la presse de l’interroger sur ce geste de frustration, imprudent et dangereux commis à la fin du premier set de son 8e de finale contre l’Espagnol Pablo Carreno (27e), qui lui a valu d’être disqualifié.

Un quart d’heure plus tôt, juste après s’être fait briser à 6-5, le « Djoker » a envoyé une balle sur un mouvement d’humeur, sans regarder. Par malchance, la balle a heurté à la gorge une juge de ligne, qui a poussé un cri avant de s’effondrer.

La stupeur a traversé Flushing Meadows après cet incident rarissime. Soudain Djokovic intégrait le club très fermé des disqualifiés durant un match de Grand Chelem, rejoignant notamment John McEnroe qui, lui, avait insulté le superviseur à l’Open d’Australie 1990.

En 2016, déjà…

Les coups de colère du Serbe ne sont pas nouveaux. D’ailleurs, quelques instants plus tôt, le « Djoker » avait encore plus violemment frappé une balle contre une balustrade.

Avant de s’imposer à Roland-Garros en 2016, il avait frôlé de gros ennuis en quarts contre Thomas Berdych en balançant sa raquette, là encore sans regarder derrière lui. L’objet avait atterri près d’un juge de ligne.

Quelques mois plus tard, lors du Masters disputé à Londres, ses nerfs avaient encore lâché. Alors qu’il jouait contre Dominic Thiem, il avait expédié une balle dans le public.

Devant les journalistes qui lui demandaient s’il ne craignait pas que ce type de geste lui coûte cher un jour, le « Djoker », s’était énervé, regrettant qu’« on retienne ce genre de choses ».

« Étais-je tout près d’une disqualification ? Je n’ai pas été disqualifié, donc non. Cela aurait pu être sérieux, oui, si la balle avait touché un spectateur. Il aurait pu neiger aussi dans l’O2 Arena (la salle où se jouait la compétition, NDLR), mais ça ne s’est pas produit », avait-il encore répliqué, soulignant qu’il n’était pas le seul à s’énerver ainsi.

Sauf qu’il est le mieux classé de tous. Celui qui, en regardant plus loin, rêve de dépasser Rafael Nadal (19 majeurs empochés) et surtout Roger Federer (20) au Panthéon des joueurs les plus titrés en Grand Chelem de l’histoire.

Or ses exploits, indéniables, lors de nombreux matchs d’anthologie ne lui ont pas octroyé la même place que ses deux rivaux dans le cœur des fans.

« Grandir »

Cet épisode très marquant d’un US Open 2020 déjà unique en son genre, à l’ère du coronavirus et avec des crises sanitaires sans précédent ayant abouti à l’exclusion de joueurs, vient un peu plus assombrir son image.

Il l’avait déjà écornée en juin avec le fiasco de l’Adria Tour, organisé comme une grande célébration du tennis smashant sur le Covid, avec fiestas débridées en prime dans les Balkans. Résultat des courses, « Nole » a contracté le virus et avec lui d’autres joueurs présents.

Arrivé à New York, après avoir longtemps menacé de ne pas s’y rendre en raison de protocoles sanitaires qu’il jugeait trop stricts et qu’il a fait assouplir, en ayant le droit de louer une maison, Djokovic a remporté le Masters 1000 de Cincinnati et avancé sans souci jusqu’au 8e. Mais son courroux s’est souvent fait entendre sur les courts.

Une nervosité résultant peut-être d’un surplus de pression : invaincu en 26 matchs en 2020, il était le grand favori du tournoi, surtout en l’absence de ses deux grands rivaux. Pouvait-il craquer malgré quinze ans passés sur le circuit, en ayant à peu près tout connu dans la victoire comme la défaite ?

« Je suis vraiment triste et vidé après cette histoire. Il faut que je fasse une introspection et que je travaille sur ma déception afin d’en tirer une leçon pour avancer et me développer en tant que joueur de tennis et en tant qu’être humain », a fini par réagir Djokovic dimanche soir.