Après 11 ans dans les assurances, Sébastien Lareau revient au tennis. Le champion olympique et vainqueur des Internationaux des États-Unis veut partager son expérience comme entraîneur. Entrevue.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« À la recherche d’un nouveau défi », fait savoir Sébastien Lareau sur sa page LinkedIn, site de réseautage professionnel.

En réalité, il l’a déjà trouvé. Près de 20 ans après sa retraite, l’ancien joueur de tennis est de retour sur les courts. Cette fois, il porte la casquette d’entraîneur.

Peu avant le début de la pandémie du nouveau coronavirus, il était au Salvador pour un tournoi junior de l’International Tennis Federation (ITF). Il accompagnait Christopher Heck, Ontarien de 18 ans avec qui il venait de passer 10 jours en Floride.

« Dès que je suis revenu sur le court, je me sentais à ma place », a raconté Lareau plus tôt cette semaine. « On aurait dit que je n’étais jamais parti. »

Pendant 11 ans, Lareau n’a pas beaucoup frappé. Quelques matchs ici et là avec sa femme, juste assez pour réveiller de vieilles blessures, vestiges d’une douzaine d’années au plus haut niveau du tennis professionnel. « Honnêtement, le tennis ne me manquait pas tant que ça. »

Il était déjà bien assez occupé par sa deuxième carrière, celle de président et propriétaire d’un cabinet de courtage en assurances dans l’ouest de Montréal. Il n’avait jamais pensé aboutir dans ce domaine, mais son père y travaillait. Quelques années après sa retraite, en 2003, il cherchait à acheter un centre sportif ou un gym quand une occasion s’est présentée dans les assurances.

J’avais lâché l’école tout de suite après le secondaire pour aller sur le circuit professionnel. Je voulais me prouver que j’étais capable de faire autre chose, même si je n’avais pas nécessairement de diplôme. Ç'a été un grand défi, mais j’ai vraiment aimé ça.

Sébastien Lareau

Lareau a appris sur le tas, avec l’aide d’un mentor, Robert Drapeau, qui venait de lui vendre son entreprise. Pendant 11 ans, il s’est occupé de la gestion du bureau et des employés et des relations avec les compagnies d’assurance. En 2018, au moment où son cabinet avait besoin de renouveau et d’investissements, il a accepté une offre d’achat qui tombait à point.

Parce qu’il savait qu’il n’en avait pas fini avec le tennis. À sa retraite, il a coaché pendant quelques années, dans des clubs et des programmes sport-études. Pendant un an et demi, il a aussi suivi Frédéric Niemeyer dans certains tournois.

Mais son fils venait de naître et il était hors de question de repartir aux quatre coins du monde. « Je voulais être à la maison avec ma femme et mon petit. Je ne me trouvais pas juste de seulement coacher les jeunes à Montréal et de ne pas aller les voir jouer sur la route. J’ai un peu délaissé ça et l’occasion en assurance est arrivée. Mais avec toujours l’idée de revenir dans le tennis, sans trop savoir comment. »

Les morceaux s’assemblent

Lareau a partagé ses ambitions avec son ami Sébastien Leblanc, avec qui il avait remporté coup sur coup Roland-Garros et Wimbledon chez les juniors en 1990. Ce dernier en a glissé un mot à leur ancien coach André Lemaire, qui entraîne ses deux fils quand ils sont de passage au Québec (les Leblanc jouent dans des universités américaines).

Lemaire a donc pensé à Lareau quand son jeune protégé Christopher Heck se cherchait un entraîneur pour l’accompagner à l’étranger. Le trio s’est retrouvé à Fort Lauderdale pour un essai en février.

« C’est sûr que la game a évolué, note le nouvel entraîneur. Les joueurs sont plus puissants, frappent plus vite en parallèle, changent les directions plus rapidement. Mais ça reste du tennis. »

En passant trois, quatre heures sur le court avec [Christopher Heck], ça n’a pas été trop long pour me remettre dedans. Je me revoyais à l’époque où je jouais. J’ai vraiment aimé ça.

Sébastien Lareau

Lareau s’est tout de suite bien entendu avec Heck, classé 492e junior par l’ITF (394e au début de l’année, 10e Canadien). Il pense pouvoir l’aider à atteindre le 100e rang mondial, son objectif pour sa dernière année junior.

« Il travaille super bien, il est super intense, dévoué. Il a une belle équipe autour de lui. Son préparateur physique en Floride est très bon. Ça faisait sérieux. C’est pour ça que j’ai eu le goût de m’engager avec lui. Je ne veux pas m’embarquer avec n’importe qui et juste faire du gardiennage. »

Ils ont scellé leur association à leur retour du Salvador. Le nouveau duo était sur le point de partir pour deux tournois en Turquie quand le circuit s’est arrêté à la mi-mars.

Depuis, Lareau attend comme tout le monde. Heck, qui a un engagement verbal avec l’université Iowa State, pourrait faire ses débuts dans la NCAA plus rapidement que prévu.

« J’aurais alors à me trouver quelqu’un d’autre ou peut-être à aller dans un programme sport-études ou travailler avec des jeunes dans une académie. À l’heure actuelle, c’était la façon la plus logique de revenir dans le monde du tennis et de contribuer avec un jeune sur la route. C’est là que mon expertise est la plus grande. C’est ce que je veux transmettre. »

Mises à pied à Tennis Canada

En avril, Tennis Canada a annoncé la mise à pied de quelques entraîneurs qui sont des amis, comme Niemeyer et Simon Larose. « Ça a été un choc pour tout le monde, dit Lareau. Tennis Canada, c’était la place [pour travailler] vu que tout va tellement bien. Personne ne s’attendait à des coupes dramatiques comme ça. »

Il anticipe des jours meilleurs avec le retour des tournois de la Coupe Rogers l’an prochain. En novembre, il a rencontré Louis Borfiga, vice-président du développement de l’élite à la fédération, pour lui annoncer sa volonté de reprendre le collier.

Lareau n’est pas pressé. Il attend de voir comment les pièces du casse-tête retomberont. « S’il y a des occasions à Tennis Canada, j’aimerais peut-être être considéré, sinon je vais continuer en privé de mon côté. J’aborde ça vraiment une étape à la fois. Pour l’instant, mon engagement est avec Christopher. »

Le premier Canadien vainqueur d’un tournoi du grand chelem (les Internationaux des États-Unis en double avec l’Américain Alex O’Brien en 1999) a suivi de loin l’ère de domination des trois grands, Roger Federer, Novak Djokovic et Rafael Nadal.

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Sébastien Lareau et Alex O’Brien, après leur victoire en double aux Internationaux des États-Unis, en 1999

Sa préférence va au classicisme de Federer, avec qui il a pratiqué aux Jeux olympiques de Sydney, où il avait gagné l’or en double avec Daniel Nestor. Le Suisse avait perdu le match pour la médaille de bronze en simple.

« Il était 40e, 50e au monde, mais on savait déjà qu’il serait parmi les meilleurs au monde. J’ai toujours aimé son style de jeu. »

Le natif de Boucherville, qui a atteint le 76e rang mondial en simple, est également admiratif de Djokovic. Mais il a dû se laisser convaincre par Nadal, qu’il a « appris à aimer au fil du temps ».

Évidemment, le tennis canadien a vécu une véritable révolution depuis son départ. Lareau loue la vision du président Michael Downey de s’être ouvert aux étrangers comme l’Australien Bob Brett et le Français Borfiga, qui ont fait « un job incroyable ».

« C’est beaucoup une question de changement de mentalité. Nous, on ne se sentait pas nécessairement à notre place dans ce grand monde-là. On était un peu comme des outsiders. Je pense que Félix [Auger-Aliassime] et Denis [Shapovalov], après avoir tout gagné dans les juniors, se sentaient dominants quand ils sont arrivés chez les pros. Même chose pour Bianca [Andreescu] et Eugenie [Bouchard]. »

À 47 ans, Sébastien Lareau est prêt à apporter sa pierre à l’édifice. Retourner pour servir.