Bianca Andreescu est venue à quelques points d'un premier titre en tournoi WTA, hier à Auckland, en Nouvelle-Zélande et, comme toutes les jeunes joueuses ambitieuses du circuit, elle a d'abord montré sa déception après une défaite de 6-2, 5-7 et 1-6 devant l'Allemande Julia Goerges.

Mis à jour le 7 janv. 2019
Michel Marois LA PRESSE

«Je crois avoir dominé en première manche et même en deuxième, a-t-elle souligné en point de presse. Mais à 5-4, elle a commencé à y aller davantage pour ses coups et a repris confiance. J'essayais de ne pas penser à l'issue du match, d'oublier un peu le pointage, mais c'est sûr que dans ma tête, je me disais: "Oh, mon Dieu, je ne suis qu'à un jeu de gagner!" Je crois que cela a contribué à renverser la situation en sa faveur...»

À 18 ans, à sa première grande finale, la Canadienne n'a pu stopper le retour de Goerges, 14e mondiale et championne en titre de la Classique ASB, qui s'est servie de toute son expérience pour se sortir d'une situation délicate. Après avoir laissé échapper la deuxième manche, Andreescu a visiblement été rattrapée par la fatigue des derniers jours.

La Canadienne a en effet joué huit matchs en neuf jours, puisqu'elle a dû passer par les qualifications. Dans le tableau principal, celle qui était 153e mondiale a épinglé Timea Babos (59e), Caroline Wozniacki (3e), Venus Williams (39e) et Sue-Wei Hsieh (28e) avant de tomber devant Goerges. Aujourd'hui, elle se retrouve aux portes du top 100 (107e).

«C'est un peu décevant [de perdre en finale], mais je ne peux me plaindre, a reconnu Andreescu. J'ai joué les qualifications, personne ne me voyait aller aussi loin. Je suis vraiment fière d'être restée forte mentalement, d'avoir tenu ma place jusqu'en finale.

«Je vais probablement repenser à ça [la fin de la deuxième manche] pendant quelques jours, mais je ne veux pas me plaindre. Je viens de vivre une semaine extraordinaire, j'ai battu plusieurs des meilleures joueuses du monde et je suis vraiment fière de moi. Mon jeu a évolué, du premier match que j'ai joué ici en qualifications jusqu'à la finale, et j'espère pouvoir garder ce niveau dans mes prochains tournois.»

Un gros travail dans l'ombre

Tout au long de la semaine, c'est une jeune entraîneuse blonde qu'on a vue aux côtés d'Andreescu à Auckland. Il s'agit de Virginie Tremblay, une spécialiste de la préparation physique.

Sylvain Bruneau, responsable de l'élite féminine à Tennis Canada, rappelle que la joueuse a été blessée l'année dernière, ratant notamment la Coupe Rogers (au stade IGA) et le Challenge Bell (à Québec). «Nous avons jugé que c'était essentiel pour Bianca d'avoir toujours un préparateur physique avec elle, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. Elle a travaillé avec d'autres membres de notre équipe, mais Virginie l'a suivie au cours des derniers mois.»

Andreescu s'est d'ailleurs vite remise au boulot l'automne dernier et elle est revenue au jeu à la mi-octobre. «Elle a pu jouer cinq tournois Challenger en fin de saison et elle a très bien fait avec 18 victoires en 21 matchs, deux titres et deux demi-finales, raconte Bruneau. Nous sommes ensuite allés en Floride, avec quelques joueuses, pour notre camp hivernal et elle a été encore plus impressionnante. Nous avons organisé une douzaine de matchs d'entraînement et elle n'a pas perdu une seule manche!

«Elle m'a alors dit qu'elle ne s'était jamais sentie aussi bien sur un court et j'avais un petit pressentiment qu'elle était prête pour une bonne saison en 2019. C'était quand même difficile de prédire qu'elle battrait Wozniacki et Venus Williams.»

Virginie Tremblay, qui est à Tennis Canada depuis un peu plus de deux ans, s'est donc retrouvée aux premières loges pour partager cette semaine de rêve avec Andreescu. Au téléphone, elle n'en revenait toujours pas: «On pensait juste à se qualifier et là, elle est allée en finale après avoir remporté tous ces matchs, dont ceux contre Wozniacki et Venus Williams.

«C'est évidemment un peu surprenant, mais c'est vraiment beau de la voir aller dans tout ça. Plus que tout, je constate qu'elle a gardé son humilité. L'autre jour, elle était tout emballée à l'idée de jouer contre l'une des soeurs Williams!»

Tremblay croit qu'Andreescu a tout ce qu'il faut pour continuer de progresser cette saison. «C'est une fille forte, puissante, mais aussi très souple, avec une grande amplitude dans ses mouvements, explique-t-elle. À l'échauffement, elle fait le grand écart. Cette semaine, elle était partout sur le terrain et je pense que ça surprenait toutes ses adversaires.

«Elle a les qualités physiques et le jeu pour évoluer à ce niveau, avec les meilleures. Cette semaine, elle a acquis la confiance qui lui faisait peut-être encore un peu défaut. Il ne faut pas oublier qu'elle n'a encore que 18 ans, comme Félix [Auger-Aliassime], et c'est bien de constater qu'ils sont tous les deux très matures pour leur âge, tout en restant très humbles.»

Désormais plus connue, Andreescu a souligné hier: «C'est très excitant, je ne le nierai pas. Mais j'essaie de garder les pieds sur terre, de rester humble et d'utiliser cette nouvelle popularité à mon avantage.»

Et maintenant?

Andreescu aura justement besoin d'une bonne dose d'humilité au cours des prochains jours alors qu'elle devra disputer les qualifications des Internationaux d'Australie. Ses performances à Auckland sont survenues bien après la date limite pour la sélection des joueuses admises directement au tableau principal du tournoi du Grand Chelem.

«Ce sera difficile pour elle, avec la fatigue physique et mentale, a souligné Sylvain Bruneau. Et elle ne jouera plus sur le court central, contre des vedettes établies, mais sur un court annexe anonyme au milieu de joueurs et de joueuses peu connus. À cause de ses succès, elle sera maintenant attendue de pied ferme par toutes ses rivales. Mais ça fait aussi partie de son apprentissage, et ce sera un bon test pour elle.»

«Mon dos est un peu douloureux, mais je vais faire de mon mieux pour récupérer et être prête pour les qualifications. J'espère pouvoir me qualifier, gagner quelques matchs et améliorer mon classement vers l'objectif que je me suis donné, soit d'être dans le top 50 d'ici à la fin de l'année», a précisé Andreescu.

Sylvain Bruneau rappelle qu'Andreescu ne doit pas brûler les étapes. Mais «je ne doute pas qu'elle sera bientôt dans le top 100, avec Eugenie [Bouchard], et elles vont toutes deux profiter de cette émulation. Et cela va aussi motiver les autres filles qui ont le potentiel pour les rejoindre, Rebecca [Marino], Katherine [Sebov], Françoise [Abanda]...»

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Bianca Andreescu en bref

Née le 16 juin 2000 à Mississauga, en Ontario

Ses parents sont d'origine roumaine

Son idole est la numéro un mondiale Simona Halep, de Roumanie

1,65 mètre, droitière avec un revers à deux mains

Entraîneurs: Sylvain Bruneau, Nathalie Tauziat

Préparateur physique: Virginie Tremblay

Fiche chez les professionnelles: 

- 88 victoires, 34 défaites

- Cinq titres ITF en simple, trois titres ITF en double

- Quatre sélections en Fed Cup, huit victoires, trois défaites