(Granby) Championne de Roland-Garros chez les juniors, la jeune Québécoise Leylah Annie Fernandez jouit d’une nouvelle popularité. Mais c’est d’abord pour gagner qu’elle passe autant de temps sur les courts. Et elle en redemande.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Nous sommes le 9 juillet. La scène se déroule à Saskatoon.

Leylah Annie Fernandez s’incline au terme d’un long duel de trois manches devant la Mexicaine Marcela Zacarías, une joueuse pourtant très loin dans son rétroviseur au classement mondial.

Après la rencontre, malgré le soleil et la chaleur, elle retourne sur le court d’entraînement. Pendant presque deux heures, elle travaille sans relâche, pour sortir de son système cette défaite qui lui laisse un goût amer.

Puis la semaine dernière, à Gatineau, Fernandez a eu sa revanche contre Zacarías, qu’elle a vaincue en deux manches. Deux jours plus tard, elle remportait le tournoi, son premier championnat chez les professionnelles.

« C’est très rare de voir une fille aussi jeune passer autant de temps sur le court », constate Sylvain Bruneau, entraîneur responsable du programme féminin chez Tennis Canada.

Dès qu’elle arrive, elle est extrêmement compétitive. Il n’y a pas beaucoup de joueuses ici qui sont travaillantes comme elle.

Sylvain Bruneau

« Ici », c’est à Granby, où Leylah Annie Fernandez participe actuellement au Challenger qui s’y déroule chaque année. L’étoile junior, actuellement classée 372e au classement WTA, a fait son entrée dans le tournoi en simple hier en disposant assez facilement de la Canadienne Petra Januskova, 848e raquette mondiale, en deux manches de 6-2 et 6-3.

De toute évidence supérieure à sa rivale, elle est demeurée concentrée pendant tout le match, commettant très peu de fautes directes.

La veille, elle avait gagné son premier match en double avec sa partenaire Ariana Arseneault. Fernandez avait également décroché les grands honneurs en double à Gatineau la semaine dernière, cette fois avec Rebecca Marino.

Mine de rien, c’est beaucoup de tennis pour Fernandez, 16 ans, qui en est encore à ses premiers pas chez les pros après avoir remporté le tournoi de Roland-Garros junior le mois dernier à peine. Loin de s’en contenter, elle en redemande.

« Je me sens en forme, je n’ai pas de blessure, je ne suis pas fatiguée, énumère la jeune fille. Je mets beaucoup de temps à l’entraînement pour courir, améliorer mon endurance. Je suis prête pour ces longues semaines, à jouer deux matchs par jour. »

Sylvain Bruneau est d’accord : « Il faut qu’elle joue des matchs pour que le métier rentre. Après, il faudra doser, mais en ce moment, c’est parfait. Je suis très à l’aise qu’elle joue en double aussi. »

Phénomène

Au tour suivant, Fernandez affrontera une tout autre pointure en Nao Hibino. La Japonaise de 24 ans, principale tête de série à Granby, pointe en ce moment au 135e rang mondial, mais s’est déjà hissée au 56e échelon par le passé. Après une saison difficile sur la terre battue et sur le gazon, elle retrouve le ciment, sa surface de prédilection.

Hibino a avoué hier ne connaître Fernandez « que de nom ». « Mais tout le monde ne me parle que d’elle ! », s’est-elle esclaffée.

PHOTO SARAH-JÄDE CHAMPAGNE, FOURNIE PAR LE CHALLENGER DE GRANBY

Leylah Annie Fernandez occupe le 372e rang au classement de la WTA.

De fait, la Québécoise surfe sur une toute nouvelle notoriété auprès du public de la province. Hier après-midi, les gradins étaient remplis de curieux venus la voir en action. Sitôt le match conclu, alors qu’elle n’avait pas encore bouclé son sac de sport, des spectateurs sont venus la trouver sur le court pour prendre des photos ou demander des autographes. Et la scène s’est répétée chaque fois que Fernandez déambulait sur le site du Challenger et croisait des amateurs.

Chaque fois, patiemment, elle a acquiescé à leur demande avec le sourire.

En entrevue, elle explique qu’elle s’accommode bien de ce surcroît d’attention, mais elle rappelle que c’est avant tout pour gagner qu’elle se présente au boulot.

« C’est un honneur de recevoir cette reconnaissance, et c’est à moi de le redonner aux gens en jouant au tennis, en leur montrant combien le tennis peut être beau à regarder », dit-elle.

Mon père me dit toujours que les gens ne viennent pas seulement pour me voir moi, mais aussi pour voir mon adversaire. Je dois bien jouer, donner un bon spectacle.

Leylah Annie Fernandez

En Hibino, elle croisera une joueuse largement mieux classée qu’elle. À Gatineau, toutes les joueuses qu’elle a vaincues étaient exclues du top 300, à l’exception de Françoise Abanda, 260e, qui a toutefois été contrainte à l’abandon.

Qu’à cela ne tienne, Fernandez ne compte aucunement se laisser intimider.

« Je m’entraîne régulièrement avec Sofia Kenin [28e mondiale], et j’ai déjà affronté Markéta Vondroušová [19e] en Fed Cup. Je connais ce niveau. Je sais qu’il y aura plus de balles retournées, que je vais devoir me battre. Je ne peux pas contrôler mon adversaire, c’est moi qui dois bien gérer le match. »

Encore une fois, Bruneau voit dans ce duel une occasion de progresser pour sa jeune protégée.

« Elle a besoin de se frotter contre des joueuses de ce calibre-là, des filles classées 150e, 100e. Dans une bonne journée, elle est capable de les battre. C’est dans ces matchs qu’elle va voir ce qui lui manque, prendre les informations importantes et hisser son tennis vers le haut. »

Fernandez disputera deux matchs aujourd’hui. D’abord en simple contre Hibino, puis en double, alors que qu’Arseneault et elle affronteront l’Américaine Elizabeth Halbauer et la Néo-Zélandaise Erin Routliffe.

Retour en force d’Abanda Quelques jours après avoir déclaré forfait en demi-finale à Gatineau, la Québécoise Françoise Abanda a renoué avec la compétition hier à Granby. Malgré deux débuts de manches lents qui l’ont chaque fois placée en retard 0-2, elle s’est prestement débarrassée de l’Américaine Ingrid Neel en deux manches identiques de 6-2. Incommodée depuis un bon moment par des blessures à l’épaule et au pied qui l’ont forcée à rater quelques mois d’activités, Abanda s’est déclarée satisfaite de sa performance, et ce, alors qu’elle se dit encore « en convalescence ». « Je ne me sens pas encore 100 % à l’aise. C’est jouable pour l’instant, mais je ne sais pas jusqu’à quand. Je frappe bien la balle, mais j’ai hâte de régler mes problèmes physiques pour me sentir libre et servir comme je veux. » Au tour suivant, Abanda retrouvera l’Américaine Sachia Vickery.