Au-delà des exploits sur les courts, l'année 2013 aura mis en lumière les lacunes du système de contrôle antidopage sur les circuits de tennis professionnels. Pendant ce temps, la Coupe Rogers a entamé une période de transition, animée par les jeunes vedettes canadiennes Milos Raonic et Eugenie Bouchard. Que nous réserve 2014 dans le monde du tennis ?

Mis à jour le 27 déc. 2013
Michel Marois LA PRESSE

Au-delà des exploits des grandes vedettes, la dernière saison de tennis a mis en évidence les lacunes du système de contrôle antidopage sur les circuits féminin et masculin. Les suspensions controversées du Croate Marin Cilic et du Serbe Victor Troicki ont suscité bien des commentaires.

L'«affaire» Troicki a même divisé l'opinion des ténors masculins. Rappelons que le Serbe a écopé une suspension de 18 mois, réduite ensuite à 12 mois par le Tribunal d'arbitrage du sport, quand il a refusé de se soumettre à un contrôle sanguin le 15 avril dernier pendant le tournoi de Monte-Carlo.

Le joueur a prétexté qu'il ne se sentait pas bien et qu'il n'avait pas été avisé des conséquences potentielles de son refus par la représentante de l'Agence mondiale antidopage (AMA) déléguée pour réaliser le test. Novak Djokovic, compatriote et ami d'enfance de Troicki, a sévèrement critiqué l'ensemble du processus.

«Quand on est choisi pour un contrôle, les représentants de l'AMA sont censés nous indiquer clairement les règles et nous expliquer à quelles conséquences graves nous nous exposons si nous ne faisons pas le test...», a déclaré le numéro deux mondial, en marge de la finale de la Coupe Davis, le mois dernier.

«À présent, l'idée de subir un contrôle me rend nerveux. Je n'ai plus confiance en eux. Je n'ai plus confiance en ce qui se passe. Pour moi, c'est une injustice et une honte totale qui montrent une nouvelle fois que le système ne fonctionne pas.»

Les autres vedettes du circuit masculin ont été moins «clémentes» envers Troicki. «Je suis vraiment désolé pour Viktor, parce que je crois en lui à 100%, mais il savait qu'il devait se plier au contrôle antidopage quand les autorités le lui demandaient», a insisté Rafael Nadal, à Londres, pendant la finale du Masters.

Roger Federer a été encore plus sévère, non seulement envers Trocki - dont il a dit que la sanction était méritée -, mais aussi à l'égard de tout le système antidopage du tennis. «Je suis désolé, si on nous réclame un échantillon, il faut le fournir, peu importe à quel point nous nous sentons mal, a souligné le vétéran suisse. Refaire le test le lendemain [comme le demandait Troicki] ne veut plus rien dire à mes yeux, car qui sait ce qui a pu se passer entre-temps.

«En fait, nous ne sommes pas assez contrôlés, a asséné Federer. J'ai l'impression que j'étais davantage contrôlé dans le passé. En 2003 ou 2004, ça devait être 25 fois par an. Depuis, ça a nettement diminué. L'an dernier, j'ai gagné Rotterdam, Dubaï et Indian Wells sans être contrôlé. Ça ne va pas...»

Des tests trop rares

Novak Djokovic ne rappelait-il pas lui-même, au début de l'année en Australie, qu'il n'avait pas subi de contrôle sanguin depuis plusieurs mois, alors pourtant qu'il était numéro un mondial! Et l'Américain Mike Bryan avait révélé de son côté qu'il n'avait jamais subi de contrôle sanguin hors compétition.

Ces tests hors compétition, les seuls qui permettent vraiment de traquer les tricheurs, restent d'ailleurs extrêmement rares au tennis. La Fédération internationale de tennis (ITF), qui supervise le programme antidopage pour l'ATP et la WTA, n'a administré que 166 contrôles sanguins en 2012, dont seulement 63 hors compétition.

En comparaison, la Fédération internationale d'athlétisme a fait réaliser 3947 tests sanguins, dont plus de la moitié hors compétition. Et en cyclisme, il y a plus de 4000 tests hors compétition chaque année.

Dans leur bilan de fin d'année, le nouveau président de l'ATP, Chris Kermode, et la directrice générale de la WTA, Stacey Allaster, ont rappelé qu'on avait introduit le passeport biologique cette saison et qu'on augmenterait de manière significative les budgets alloués au programme antidopage. Ils doivent toutefois aussi faire preuve d'un peu plus de sérieux.

Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers, a récemment expliqué que seulement un tournoi sur trois est tenu de mener des contrôles. «Il y a un tirage au sort et nous sommes avisés à l'avance [on devine que les joueurs le sont aussi]. C'est une agence indépendante qui s'occupe de tout et nous n'avons qu'à fournir les locaux nécessaires aux prélèvements et au traitement des échantillons.»

Lapierre et son équipe ont été «chanceux» puisque des contrôles ont été menés en 2012 et en 2013 à la Coupe Rogers. À moins d'une refonte en profondeur du système, ils pourraient bien ne plus revoir les délégués de l'AMA avant plusieurs années...

Une nouvelle ère pour la Coupe Rogers

Eugène Lapierre ne pouvait imaginer un plus beau scénario, l'été dernier, à la Coupe Rogers. Avec deux Canadiens l'un contre l'autre dans une demi-finale, Rafael Nadal et Novak Djokovic dans l'autre, le directeur du tournoi tenait une affiche de rêve.

«Pour nous, 2013 a été une année de transition avec l'arrivée au sommet de nos jeunes joueurs canadiens, a expliqué Lapierre. Et tout indique que Milos [Raonic] et Vasek [Pospisil] sont là pour rester, et qu'il y en a d'autres qui arrivent derrière. C'est aussi le cas chez les filles, Eugenie [Bouchard] a bien fait à Toronto et sera très attendue l'été prochain au stade Uniprix.»

Montréal accueillera effectivement le tournoi féminin du 1er au 10 août 2014 et les 10 meilleures joueuses du monde se sont déjà inscrites au tournoi. Le défi sera toutefois encore de s'assurer que toutes ces dames se présentent bien à Montréal, à commencer bien sûr par la numéro un mondiale Serena Williams.

«J'ai vraiment fait mes devoirs l'été dernier pendant le tournoi féminin à Toronto, a raconté Lapierre. Notre complice P.K. Subban est allé faire promettre à Williams qu'elle serait à Montréal en 2014. Serena dit souvent qu'elle joue régulièrement à la Coupe Rogers, mais c'est toujours à Toronto.»

Williams n'a pas joué au stade Uniprix depuis 2000, quand elle a perdu en finale contre Martina Hingis. Elle a toutefois gagné trois fois le tournoi - en 2001, 2011 et 2013, toujours à Toronto - et sera la championne en titre l'été prochain... si elle est là!

Dans un autre ordre d'idées, la «virtualité» de la Coupe Rogers mixte a encore montré ses limites en 2013 alors que le tournoi féminin n'a guère suscité l'enthousiasme dans la Ville reine. «En fait, nous nous arrangeons toujours très bien à Montréal, que ce soit les femmes ou les hommes, a rappelé Lapierre. Mais il y a un problème quand les femmes jouent à Toronto, plusieurs Ontariens préfèrent aller à Montréal pour voir les vedettes masculines.»

Un retour à un calendrier décalé n'est pourtant pas prévu à court terme. «Le tournoi de Cincinnati réunit les hommes et les femmes juste après la Coupe Rogers et l'Association américaine de tennis (USTA) a beaucoup investi dans les installations là-bas», a souligné Lapierre.

«Je dis souvent à mes collègues américains qu'ils gagneraient à organiser les deux tournois dans des villes différentes pour faire progresser le tennis dans deux marchés, comme nous le faisons, mais cela n'est pas dans leurs plans pour l'instant...»

On parlait au début des succès canadiens et l'un des grands architectes de cette réussite, Michael Downey, président de Tennis Canada, vient de quitter son poste pour diriger le tennis britannique.

«Michael a mis en place une structure solide et je ne doute pas que nous allons continuer d'aller de l'avant pour plusieurs années», a assuré Lapierre, qui, soit dit en passant, n'est pas intéressé par la présidence.

«Je n'ai ni l'envie ni la personnalité pour occuper un tel poste, a-t-il assuré. J'ai encore beaucoup de travail à accomplir ici et cela me suffit amplement!»

PHOTO OZAN KOSE, AFP

Serena Williams