« Tout le monde a la grosse banane en ce moment. C’est le fun. »

Publié le 17 mai
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Mathieu Choinière et son équipe ont raison de sourire.

Le CF Montréal est premier au classement de la conférence de l’Est. Il est invaincu en huit matchs en MLS. Une séquence au cours de laquelle il est allé chercher six victoires, dont trois de suite.

Évidemment, avec encore 23 matchs à jouer, on est loin du défilé au centre-ville. Mais il reste que, pour une équipe qui, en début de saison, n’avait comme objectif que de se qualifier pour les séries éliminatoires, l’exploit est de taille.

Tellement que certains experts de la ligue, comme Matthew Doyle, commencent à parler du CF Montréal comme étant un prétendant pour le Supporters’ Shield, trophée donné à la meilleure équipe de la saison.

Pas mal pour un club dont les mêmes analystes prédisaient une année 2021 très laborieuse, avant de devoir se raviser au vu d’une course aux séries haletante.

Qu’en pensent certains des principaux intéressés ?

« C’est sûr que ça nous donne confiance », a estimé Mathieu Choinière mardi, avant l’entraînement au Centre Nutrilait. « On voit que le monde parle de nous. On veut juste continuer, être concentrés sur nous et s’améliorer. »

Le défenseur Kamal Miller croit quant à lui que « ce n’est pas la faute » aux experts, puisqu’ils « ne portaient pas trop attention à ce qui se passait sur le terrain » la saison dernière.

« Peut-être qu’ils sont finalement en train de se réveiller et voient ce qu’on est capables de faire en tant qu’équipe. »

« On peut se fixer des objectifs vraiment hauts »

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le défenseur Kamal Miller (à gauche)

Montréal est troisième dans le circuit au chapitre des buts marqués (22), et deuxième pour les passes (25).

Oui, la défense a connu un début de saison difficile, alors que l’équipe jouait aussi sur le front de la Ligue des champions. Ce qui noircit un peu le portrait du différentiel de buts : elle en a accordé 19, ce qui la place au 22e rang sur 28.

Mais depuis la victoire de 4-3 à Cincinnati le 2 avril, le CFM n’a accordé qu’un but par match, soit cinq, avant d’obtenir son premier jeu blanc, samedi dernier, à Charlotte.

« Notre corps défensif est un des meilleurs de la ligue, que ce soit à trois ou à cinq, juge Miller. On veut être les meilleurs au chapitre du différentiel de buts et des buts accordés. On n’y est pas encore. »

Qui plus est, même lorsqu’un pilier défensif comme Joel Waterman doit s’absenter parce que suspendu, un Gabriele Corbo peut le remplacer sans manquer une seule mesure.

« Tous les gars sont conscients qu’ils doivent être prêts à n’importe quel moment, souligne Miller. Peu importe qui entre en jeu, on ne s’attend pas à ce que notre niveau de jeu diminue. »

Mathieu Choinière croit quant à lui que « tout le monde connaît le système de jeu ».

On a une grosse profondeur. On sait que tout le monde peut jouer, on a confiance en tout le monde. Ça devient facile parce qu’on sait ce qu’on a à faire sur le terrain.

Mathieu Choinière

Une défense étanche, des buts qui viennent de partout, de jeunes vedettes comme Djordje Mihailovic qui s’imposent, des joueurs offensifs comme Joaquín Torres qui sortent du lot… Où se trouve donc le plafond pour cette équipe ?

« On est exactement où on doit être, a lancé Kamal Miller mardi. Peu d’équipes jouent comme nous. Il ne nous manquait que les jeux blancs et savoir comment jouer 90 bonnes minutes. Tout est en train de prendre forme. »

« Il n’y a pas [de plafond], indique Choinière. On peut se fixer des objectifs vraiment hauts. »

Un groupe uni, selon Nevio Pizzolitto

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Nevio Pizzolitto est aujourd’hui analyste pour la MLS.

Nevio Pizzolito, en plus d’être un ancien joueur de l’Impact, est aujourd’hui analyste pour la MLS. Il se présente au stade Saputo quelques fois par année pour y être les yeux et les oreilles de la ligue. Installé sur les lignes de côté, il analyse « l’environnement », soit la sécurité, les joueurs, il vérifie « si quelque chose ne va pas avec les alignements ».

Ce qui fait qu’il a une vue imprenable sur le cours du jeu. Quel constat fait-il de l’équipe de Wilfried Nancy ?

Au bout du fil, il parle d’emblée de « cohésion spéciale » autour du groupe.

« Tu le vois quand ils marquent et célèbrent des buts : ils se chérissent (hold each other dear). »

Kamal Miller avait le même propos mardi. « Quand quelqu’un marque, c’est comme si tout le monde marque. »

« C’est quelque chose qui a grandi depuis l’année dernière, explique Pizzolitto. Le noyau était bien, et on a ajouté des pièces qui nous ont aidés cette année. Des gars comme Kei Kamara. »

Mathieu Choinière et Kamal Miller sont d’accord.

« C’est un rassembleur, indique le Québécois au sujet du vétéran de la Sierra Leone. Il aime ça, être avec tous les gars et que tout le monde sourie. C’est ça qu’il apporte. Après, on sait que c’est un super joueur.

« Les vétérans font un excellent boulot pour inclure tout le monde et s’assurer que tous les joueurs sont bienvenus. Je donne le mérite à Kei, il se sert bien de son expérience pour nous aider à gérer certains moments durant les matchs. »

Pizzolitto encense aussi le travail d’Olivier Renard, qui a bâti une équipe « plus profonde que les dernières années ». Il parle aussi de celui de Wilfried Nancy, « qui inclut tout le monde ».

« Dans l’Est, on est assez fort, comme toutes les autres équipes. Philadelphie est fort, Orlando va bien maintenant. C’est une longue saison. »

Justement, y a-t-il des chances que tout s’écroule d’ici octobre, si une grave blessure devait survenir par exemple ?

« Même si on n’a pas très bien commencé la saison, on était dans chaque match. Ce n’est pas une question de chance, c’est une question d’ajustement. La profondeur est là. Je ne suis pas inquiet pour ça. »