Philippe Deschênes est fan du CF Montréal depuis une quinzaine d’années. Son boulot : graphiste à son compte. Quand il a vu le nouveau logo de l’équipe, jeudi, il a été déçu.

Publié le 19 janv. 2021
Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Le lendemain après-midi, pour le plaisir, il publiait sa propre création sur son compte Twitter avec le message : « J’avais du temps libre ce matin. Je laisse ça ici. »

La réponse ne s’est pas fait attendre dans la twittosphère. Quelque 2200 « J’aime » et près de 500 retweets.

« C’était une réaction à chaud de ma part. Honnêtement, c’était à moitié sérieux. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ça a suscité sur les réseaux sociaux. Ça m’a fessé en pleine face ! », lance Philippe Deschênes.

Le côté moins sérieux, on le comprend bien dans certains de ses commentaires autour de l’œuvre. Et il souligne par ailleurs qu’il n’a même pas pris le temps de s’assurer que l’orthographe était au point.

Néanmoins, l’éditorial, lui, est bien senti. Et pour le logo, l’idée de base était là.

IMAGE FOURNIE PAR PHILIPPE DESCHÊNES

Les logos imaginés par Philippe Deschênes, et ses déclinaisons.

« Il y avait une courte idéation, mais j’ai fait ça vraiment rapidement. J’avais déjà une certaine idée de ce que j’aimerais que le club représente. J’aurais voulu un blason ou une image de marque qui provoque la fierté. Mais il n’y a aucune finition dans ce que j’ai fait. Je l’ai mentionné, moi, je ne l’accepterais pas, ce logo-là ! admet-il. Je me demandais juste si ça irait au moins chercher un peu plus les gens. »

Il a eu sa réponse. Il se dit conscient que l’échantillonnage est mince sur Twitter. Mais ils semblent tout de même nombreux à avoir apprécié son travail.

« Et ce que j’ai remarqué, c’est que dans les commentaires, parmi les gens qui l’aimaient, il y en a qui étaient viscéralement opposés au rebrand à la base. Ça veut dire que si ton rebrand est réussi — et je ne dis pas que le mien l’est ! —, tu peux convaincre les gens. Si ton produit les interpelle. »

Au fil des réactions et des discussions, Philippe Deschênes a un peu peaufiné son épreuve initiale. En voici la version la plus à jour.

IMAGE FOURNIE PAR PHILIPPE DESCHÊNES

Le logo de Philippe Deschênes expliqué

Un mélange de décisions artistiques de sa part et de commentaires sur son compte Twitter.

« Il y a certaines choses que je n’aurais pas faites, mais que j’ai acceptées parce que ça semblait être populaire ! », note-t-il.

Oui au rebrand

Le graphiste insiste à maintes reprises au cours de l’entretien. Il le « martèle », pour reprendre son mot. Ses propos ne reflètent que sa perception, il n’a évidemment pas fait d’études de marché. Et il ne veut pas manquer de respect aux créateurs et à la direction.

« Ce n’est pas une attaque personnelle envers le travail des gens. Je ne questionne pas la qualification des gens impliqués là-dedans. Et l’effort, je sais qu’il est là, souligne-t-il. Je ne prétends pas avoir la vérité absolue. Je ne fais que partager mes impressions et ma passion. »

Et la nécessité du rebrand, lui, il y croyait.

« Ça fait des années que je le dis, je pense qu’il y a vraiment un problème à régler avec l’image de marque du club dans son marché. Ou dans des franges du marché. Donc, quand on a eu l’annonce qu’il y aurait un rebrand, j’étais content, enthousiaste. »

Parmi les partisans, une majorité n’était pas favorable au rebrand, mais il fallait s’y attendre, c’est normal. J’étais peut-être un des rares qui l’était.

Philippe Deschênes

Mais il n’a pas aimé ce qu’il a vu. Et il n’a pas changé d’idée depuis.

« Pour les partisans existants, c’est normal que la majorité ne soit pas contente parce qu’ils sont déjà attachés au brand. Un move comme ça, à mon avis, c’est pour essayer de percer un marché qui n’est pas conquis », avance Philippe Deschênes.

Quitte à froisser les conquis sur le coup « parce qu’ils ne sont juste pas nombreux », ajoute-t-il.

« Le problème avec le résultat, c’est que je ne suis pas sûr de quelle frange du marché est interpellée par ça. Qui est visé ? », se demande celui qui a eu comme clients des entreprises privées et parapubliques, en plus d’aider de petites entreprises dans la création de livres pour enfants.

PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB DE FOOT MONTRÉAL

Le logo du Club de Foot Montréal, anciennement l’Impact de Montréal

Philippe Deschênes est graphiste. Il n’a pas étudié en marketing, bien que son boulot l’amène à travailler conjointement avec les membres de ces services.

En contrepartie, il est amateur de soccer depuis bien longtemps. Ce qui fait qu’il a un point de vue plutôt ferme sur les récents changements. « Je vois ça avec les yeux de quelqu’un qui aime vraiment le football », plaide-t-il.

Il n’est pas le seul. Reste à voir si la tempête parmi les irréductibles se calmera dans les prochaines semaines.