Il est parti comme il est arrivé : au terme d’interminables rumeurs et tractations entre l’Impact et San Lorenzo. Entre ses débuts et la résiliation de son contrat lundi, séparés de presque six ans, Nacho Piatti a cependant été le personnage central de tous les moments marquants de l’équipe. Il est arrivé comme le sauveur, au cœur d’une saison misérable ; il est parti en tant que figure emblématique du Bleu-blanc-noir.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Les moments fantastiques qu’il nous a permis de vivre et de partager grâce à ses exploits sur le terrain resteront enracinés à jamais dans l’histoire de ce club, tout comme son statut d’un des plus grands joueurs ayant porté le maillot de l’Impact », a d’ailleurs souligné le propriétaire Joey Saputo, lundi soir.

En 135 rencontres de saison régulière, l’Argentin a inscrit 66 buts et délivré 35 passes décisives. Dis autrement, cela donne un but ou une passe décisive toutes les 113 minutes de jeu. Entre 2016 et 2018, il a fait preuve d’une belle constance avec des saisons à 17, 17 et 16 buts.


Mais Piatti, c’était davantage que des statistiques, aussi impressionnantes soit-elles. Piatti, c’était une accélération sur son côté gauche, des crochets pour repiquer au centre et une frappe du droit qui mystifie les gardiens adverses. Piatti, c’était la perspective d’un geste de grande classe à chaque touche de balle. Et Piatti, c’était le nom que chaque entraîneur écrivait en gros dans le plan de match et qui faisait souvent la différence – notamment en contre-attaque – malgré une attention particulière.

« L’Impact est un club que j’aime beaucoup, c’est un club magnifique. Je me sens un peu triste de partir parce que j’y ai passé beaucoup d’années, a raconté Piatti dans une vidéo fournie par l’Impact. J’aime beaucoup ce club qui va rester dans mon cœur. Mais c’est le temps de retourner à la maison avec ma famille qui m’attend là-bas. Il n’y a rien contre le club ou le président. »

Le joueur désigné, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe, a eu le don de faire pencher la balance lors des rendez-vous majeurs. « C’est un joueur des grands moments », l’a déjà qualifié Mauro Biello. Il se suffit de repenser à ses performances des séries, en 2015 et 2016, ou lors de l’épopée en Ligue des champions. « Encore maintenant, je ne peux pas dormir à cause de cette finale, a d’ailleurs souligné Piatti avec un brin d’exagération. On menait 1 à 0 à la mi-temps [du match retour] et on était 45 minutes de jouer contre Barcelone [au Mondial des clubs]. »

Une dernière saison difficile

La saison 2019 a été la seule ombre sportive de son passage à Montréal. Mais il la doit à un mauvais tacle du défenseur d’Orlando City, Ruan, au mois de mars. Il a ensuite effectué huit petites apparitions en saison régulière, mais a tout de même contribué au titre de champion canadien. « J’ai tout fait pour jouer, a-t-il indiqué au début du camp d’entraînement. J’ai fait deux fois des infiltrations et j’ai même joué avec beaucoup de douleur. Je voulais aider l’équipe, j’ai essayé jusqu’à la fin, mais mon genou n’était pas bien. »

La fin de saison, justement, a été celle d’un fossé grandissant entre l’Impact et l’Argentin qui avait « oublié » de participer au bilan d’après-campagne. À ce moment-là, il n’avait déjà plus tout à fait la tête au Québec.

Heureux des conditions montréalaises au fil des années, Piatti a toujours mal vécu l’éloignement. Cela s’est vu, dès 2015, lorsque son père a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) après une intervention chirurgicale. « Je suis très loin de l’Argentine, pratiquement à une journée de distance en avion. Quand c’est arrivé à mon père, je ne pensais plus jamais le voir vivant, expliquait-il alors à La Presse. C’est difficile et bizarre parce que ça te reste dans la tête, le fait d’être loin et de ne pas pouvoir le voir. »

Cette saison, la distance aurait été encore plus difficile à vivre puisque sa conjointe et leur bébé, né cet hiver, sont restés en Argentine. « Nous avions décidé collectivement, et en discutant avec Nacho l’année dernière, qu’il serait de retour à Montréal en 2020, mais en raison de sa situation personnelle, il nous a fait part au début du camp d’entraînement de son désir de retourner en Argentine pour poursuivre sa carrière de joueur tout en étant près de sa famille », a fait écho le directeur sportif, Olivier Renard.

Un mauvais moment

À moins de casser la tirelire, les bonnes affaires sont très rares au cours de l’hiver. Il est déjà difficile de remplacer un joueur comme Piatti en temps normal, ce sera mission impossible d’ici le début de saison marqué par la Ligue des champions. Il est donc dommage que l’aventure ne se soit pas terminée l’automne dernier ou que les deux parties conviennent d’un compromis d’une demi-saison.

À l’interne, Lassi Lappalainen, blessé, ne sera pas la solution du début de saison. Romell Quioto, acquis du Dynamo de Houston, est celui qui devrait remplacer Piatti sur le côté gauche. Ballou Tabla peut autant jouer dans le couloir droit que dans le couloir gauche orphelin des coups de génie de Piatti.

« Je vais revenir à Montréal pour visiter et voir les matchs, a promis Piatti qui était déjà en route vers l’Argentine lundi. Je vais être un partisan. »