Un sympathique débat fait rage depuis quelques jours dans les médias: qui est le meilleur espoir du Canadien?

Mis à jour le 15 janv. 2019
Mathias Brunet LA PRESSE

Pour certains observateurs, comme l'ancien DG Craig Button, analyste à TSN et spécialiste du repêchage, ou l'ancien recruteur du Canadien et fondateur du magazine spécialisé McKeen's, Grant McCagg, Alexander Romanov doit figurer en tête de liste, devant Nick Suzuki et Ryan Poehling.

D'autres, comme David St-Louis, du site HabsEOTP, placent Suzuki en tête, suivi du joueur par excellence au Championnat mondial junior, l'Américain Ryan Poehling. St-Louis voue une grande estime au défenseur Josh Brook, qu'il place même devant Romanov dans son classement personnel.

Cette discussion est rafraîchissante. Il y a quelques années à peine, une telle conversation n'aurait pas duré très longtemps. Nikita Scherbak, qui venait de connaître une première saison modeste dans la Ligue américaine malgré ses habiletés naturelles, figurait à l'unanimité en tête de liste. Suivi de Michael McCarron, dont la progression montrait enfin certains signes encourageants à sa dernière année dans les rangs juniors. Noah Juulsen, dont on savait le potentiel offensif limité, complétait le top 3 avec ensuite, sans ordre précis, Charles Hudon, Zachary Fucale, Martin Reway.

Scherbak, comme McCarron, les deux premiers sur la plupart des listes, n'avaient pourtant jamais été retenus par leurs pays respectifs pour le Championnat mondial junior.  

Cette fois, non seulement les principaux candidats au titre de meilleur espoir du Canadien y ont participé, mais la plupart ont dominé.

Le DG Marc Bergevin laissait d'ailleurs supposer lors de son bilan de mi-saison que le téléphone avait sonné à plusieurs reprises après ce championnat, mais qu'il avait vite mis fin aux espoirs de ses interlocuteurs d'obtenir Poehling, Suzuki ou Romanov.

Il est bien difficile, à l'heure actuelle, d'identifier le meilleur. Le développement des jeunes comporte trop de variantes. À l'aube du repêchage, par exemple, on qualifiait Filip Zadina d'espoir proche de la LNH et Jesperi Kotkaniemi d'espoir à long terme.

Il aurait été logique de croire que Kotkaniemi ait obtenu 20 points en 30 matchs, avec une fiche de -10, dans la Ligue américaine, et que Zadina amasse 22 points à ses 47 premiers matchs dans la LNH, au quatrième rang des compteurs chez les recrues.

Le contraire s'est produit. Il a fallu attendre de voir la réaction de ces jeunes joueurs au contact de la Ligue nationale avant de tirer des conclusions.

Voir Romanov dominer ainsi les autres défenseurs au Championnat mondial junior à seulement 18 ans demeure hautement impressionnant, comme son jeu avec la meilleure équipe de la KHL, le CSKA Moscou. Sa robustesse, sa vitesse, mais aussi des aptitudes offensives qui commencent à se développer, permettent de croire qu'il solidifiera le top 4 du Canadien dans deux ans.

Nick Suzuki demeure un joueur hyper créatif. Il doit néanmoins améliorer son explosivité. La créativité s'enseigne difficilement. La vitesse peut toujours augmenter. Voilà un joueur qui pourrait s'épanouir avec des joueurs de talent dans la LNH.

Suzuki a huit points en trois matchs depuis son arrivée à Guelph, pour porter son total à 53 points en 33 matchs cette saison dans la Ligue junior de l'Ontario. On ne flirte pas avec les 100 points trois années de suite dans les rangs juniors sans avoir un talent sûr.

Ryan Poehling représente un espoir plutôt sûr pour la Ligue nationale. Son gabarit, sa compréhension du jeu, son efficacité en défensive devraient lui permettre de jouer un rôle important chez le Canadien ces prochaines années. Seul point d'interrogation, son plafond offensif. Il faut être prudent avant de le comparer à Ryan Getzlaf. Il vient de connaître un très bon tournoi, mais il ne «brûle» pas la NCAA non plus avec 17 points, dont trois buts, en 18 matchs.

Un ou deux de ces joueurs parmi Poehling, Suzuki, Romanov, Brook ou encore Jesse Ylonen pourraient vous décevoir. Un autre viendra vous surprendre. Il y a toujours des surprises et des déceptions, d'année en année.

En 2012, bien peu d'observateurs avaient placé Brendan Gallagher parmi les quatre premiers espoirs de l'équipe. Alex Galchenyuk, Jarred Tinordi et Nathan Beaulieu, parce qu'ils avaient été repêchés en première ronde, figuraient devant lui sur la majorité des listes. Gallagher constituait un modeste choix de cinquième ronde. Il était même devancé par Sebastian Collberg sur certaines listes.

Aujourd'hui, Gallagher est le meilleur buteur du CH. Il a 136 buts en 453 matchs en carrière, contre 115 buts pour Galchenyuk en 453 rencontres lui aussi. Tinordi est désormais un joueur de Ligue américaine, Beaulieu s'accroche à un poste de sixième défenseur à Buffalo tandis que Collberg a connu une courte et décevante carrière... dans la Ligue américaine.

Avant qu'il ne connaisse un camp d'entraînement épatant l'an dernier, Victor Mete, choix de quatrième ronde du Canadien en 2016, n'attirait guère l'attention. William Bitten, un attaquant repêché une ronde avant lui, était même plus hautement considéré par plusieurs.

Mete, 20 ans seulement, consolide de match en match son poste à la gauche du premier duo de défenseurs du Canadien avec Shea Weber. Il s'agit de moins en moins d'une solution temporaire. Le choix de première ronde du CH l'année précédente, Noah Juulsen, poursuit sa progression dans la Ligue américaine pendant ce temps (quoiqu'il soigne une blessure à l'heure actuelle).

Puisqu'il faut se mouiller: Nick Suzuki devrait devenir le meilleur producteur de points parmi le lot. Sans être un joueur dominant offensivement, Poehling vaudra son pesant d'or. Romanov ne deviendra pas un second Duncan Keith, mais il solidifiera le top 4 à compter de 2020.

Et s'il faut identifier une surprise à la Gallagher ou Mete, je mettrais un p'tit deux sur un choix de troisième ronde en 2018, Jordan Harris, 18 ans, déjà membre de la première paire de défenseurs à Northeastern, dans la NCAA, avec le Montréalais Jeremy Davies.

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