Oui, honte. Pas honte à l'équipe canadienne junior, mais à ceux qui ont réagi à la défaite devant la Finlande comme si leur vie en dépendait.

Mis à jour le 3 janv. 2019
Mathias Brunet LA PRESSE

Honte aussi à ceux qui ont suggéré sur Twitter au capitaine Maxime Comtois, 19 ans, de se suicider après avoir raté son tir de punition en prolongation. Mais les réseaux sociaux, on le sait, permettent parfois aux humains de montrer leurs facettes les plus sombres...

Les nombreuses réactions à cette défaite de 2-1 en quarts de finale du Championnat mondial junior contre les Finlandais prouvent aussi notre manque de respect envers l'adversaire.

Le Canada n'est plus seul depuis longtemps. À chaque année, la Russie, la Suède, la Finlande, les États-Unis, parfois même la République tchèque et la Suisse ont des chances de l'emporter.

La Finlande a du mérite. Elle devait composer avec l'absence de deux de ses joueurs de premier plan retenu dans la Ligue nationale: Jesperi Kotkaniemi, évidemment, mais aussi, surtout, le défenseur Miro Heiskanen.

Celui-ci a déjà 19 points en 41 matchs cette saison avec les Stars de Dallas et il joue presque 23 minutes par rencontre en moyenne. Aucun défenseur n'aurait eu un aussi gros impact sur un pays à ce championnat.

C'est sans oublier l'absence de Kristian Vesalainen, un attaquant de puissance de 6 pieds 4 pouces et 207 livres, premier choix des Jets de Winnipeg en 2017, 10 points en 13 matchs à Jokerit, dans la KHL, après avoir entamé la saison à Winnipeg. Vesalainen a refusé l'invitation de la Finlande.

Le Canada déplorait l'absence de deux joueurs, Michael Rasmussen, des Red Wings de Detroit, et Robert Thomas, des Blues de St. Louis, sans oublier les blessés Gabriel Vilardi et Alex Formenton. Thomas peut se comparer à Kotkaniemi à certains égards, mais Heiskanen n'a pas d'égal.

Parlant de déception, et puisque nous ne sommes pas la seule nation de hockey au monde, la Suède a aussi perdu en quarts de finale, 2-0 aux mains de la Suisse, largement négligée.

Il faudra se demander si en Suède on remettra en cause le modèle de développement de l'élite comme certains risquent de le faire ces prochains jours ici. Les Suédois renonceront-ils au programme qui leur a permis de produire les Rasmus Dahlin, Elias Pettersson, Gabriel Landeskog, Victor Hedman, Erik Karlsson, Filip Forsberg, William Karlsson, William Nylander, John Klingberg et compagnie pour adopter le modèle suisse? Vous connaissez la réponse.

La République tchèque a été défaite 3-1 hier par les États-Unis de Ryan Poehling et du gardien Cayden Primeau, deux espoirs du Canadien.

Les attentes étaient grandes pour ce pays avec le retour des jeunes surdoués Martin Necas, Filip Zadina et Martin Kaut, trois choix de première ronde. Les trois jouaient dans la Ligue américaine depuis cet automne. Sixième choix au total en 2018 derrière Rasmus Dahlin, Andrei Svechnikov, Kotkaniemi, Brady Tkachuk et Barrett Hayton, Zadina a constitué une amère déception avec une aide en cinq matchs. Leur gardien en était à son troisième tournoi. Malgré leur expérience, la République tchèque s'est classée septième.

Le Canada, lui, termine donc le tournoi au sixième rang, derrière la Suède, après avoir remporté l'or l'année précédente et l'argent en 2017 sous la gouverne de Joël Bouchard et Dominique Ducharme. L'équipe canadienne a aussi été écartée du podium en 2013, 2014 et 2016.

Ce n'était pas la cuvée du siècle du côté canadien. Un seul joueur de la formation de 2018 était de retour, Maxime Comtois. L'attaque a été timide. L'équipe a compté 14 buts contre le Danemark en match d'ouverture, mais seulement 10 lors des quatre autres rencontres.

L'espoir du Canadien, Nick Suzuki, a terminé le tournoi avec trois aides en cinq matchs, et une fiche de +3. Il en laisse plusieurs sur leur appétit, quoique contrairement à plusieurs de ses coéquipiers, il n'a pas profité du match contre le Danemark pour gonfler ses statistiques personnelles.

Parlant du Danemark, entamer un tournoi avec une victoire de 14-0 peut être sournois. Il faut un travail méticuleux des entraîneurs pour maintenir le niveau de concentration et de rigueur nécessaires.

Il n'y a pas eu nécessairement de relâchement puisque le Canada a subi des défaites très honorables de 2-1 contre la Russie et la Finlande. Mais l'incapacité de marquer au moment opportun a fait mal.

Le rabrouement public de l'entraîneur Tim Hunter à l'égard de son jeune surdoué Alexis Lafrenière n'a pas eu l'effet escompté non plus. À la lumière de cet incident, il est permis de se demander comment Hunter a géré ses autres dossiers en privé avec ses ouailles.

La suite sera intéressante pour les partisans du Canadien. Demain, la Russie affronte les États-Unis en demi-finale. Cayden Primeau, un choix de septième ronde en 2017, sera sans doute le gardien partant lors de ce match. Poehling, premier choix du Canadien en 2017, n'a pas obtenu de point contre la République tchèque, mais il demeure le meilleur compteur du tournoi à ce jour avec huit points en cinq matchs.

Choix de deuxième ronde en 2018, Alexander Romanov, 18 ans, a joué plus de 23 minutes contre la Slovaquie en quarts et ajouté deux aides. Il est non seulement le meilleur compteur chez les défenseurs au Championnat mondial junior avec sept points en cinq matchs, mais il est à un point du meneur Poehling. Sa fiche de +10 le place en tête du classement.

Dans l'autre demi-finale, un autre choix de deuxième ronde en 2018 du CH sera à l'oeuvre, le rapide Jesse Ylonen, quatre points en cinq matchs pour la Finlande.

Il y aura au moins un espoir du Canadien en finale, sinon deux ou trois.

- - -

À LIRE 

Guillaume Lefrançois, encore lui, a fait un travail de moine et a compilé les statistiques de Jesperi Kotkaniemi par tranche de mois. On y remarque une amélioration notable au chapitre de l'efficacité lors des mises en jeu. Il faut lire aussi les commentaires très positifs à son endroit de la part de l'entraîneur Claude Julien. Le Canadien affronte les Canucks d'Elias Pettersson ce soir.