(Zhangjiakou) « Ce jeune avance comme une fusée », s’est exclamé le commentateur du snowboard cross au sujet d’Éliot Grondin, le nouveau médaillé d’argent de l’épreuve. Le Québécois, le plus jeune de la compétition, a dominé toutes ses courses, de la séance de qualifications jusqu’à la finale, où il s’est fait dépasser pour la seule fois de la journée.

Mis à jour le 10 février
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Éliot Grondin, 20 ans, s’est réveillé jeudi matin avec un seul but en tête : pas celui de gagner une médaille, mais de s’amuser pendant la journée.

« C’est incroyable », a dit le jeune athlète le plus calmement du monde lorsqu’il s’est présenté devant les médias.

Avec mes entraîneurs, je m’étais dit que je serais celui qui gagnerait le concours de celui qui a le plus de fun et je pense que j’ai réussi.

Éliot Grondin

En plus de s’amuser, Éliot Grondin a dominé la journée. Il a terminé le premier à la séance de qualifications. Il a ensuite facilement pris les devants dans les huitièmes, les quarts et les demi-finales, toujours avec ses adversaires à ses trousses.

Les commentateurs à Genting Park, ont semblé obnubilés par l’aisance du planchiste sur le parcours. « Il est le commandant de la journée », se sont-ils exclamés. « Mais qu’est-ce qui le pousse dans le derrière ? », ont-ils lancé dans leur micro.

C’est l’Autrichien Alessandro Haemmerle, actuellement au deuxième rang du classement de la Coupe du monde de snowboard cross, qui a été le seul à réussir à dépasser Éliot Grondin, à mi-parcours, en finale. La médaille de bronze est allée à l’Italien Omar Visintin.

À la toute fin de la course en finale, le Québécois a quand même réussi à rejoindre son ami autrichien, tellement que la première et la deuxième position ont dû être départagées par la photo d’arrivée. Les officiels ont mis plusieurs minutes avant de déclarer Haemmerle vainqueur.

PHOTO BEN STANSALL, AGENCE FRANCE-PRESSE

Éliot Grondin (à droite) a été devancé de très peu par l’Autrichien Alessandro Haemmerle en finale du snowboard cross.

Je connais très bien Alessandro et ce n’est pas facile de le dépasser. Un coup qu’il te précède, ça prend beaucoup de travail. Et j’ai tout essayé […] Mais terminer deuxième après lui, c’est assez incroyable.

Éliot Grondin

Le planchiste de Sainte-Marie, en Beauce, aurait pu être déçu de passer aussi proche d’une médaille d’or. Il s’est plutôt dit honoré de partager le podium avec deux de ses idoles.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Éliot Grondin, Alessandro Haemmerle et Omar Visintin

« De partager le podium avec Alessandro et Omar, c’est fou ! Ce sont des idoles que je regardais courser quand j’étais tout petit. De partager un podium olympique avec eux alors que j’ai 20 ans, c’est inimaginable », a dit le planchiste.

« Il repousse les limites de notre sport »

Éliot Grondin s’est aussi confié sur son lien d’amitié avec le gagnant de la course. En novembre dernier, en quittant la piste de Genting Park où venait d’avoir lieu une Coupe du monde, le jeune planchiste a eu le cafard. Il se sentait loin de sa famille et seul dans sa chambre d’hôtel.

Ce n’est nul autre que son ami Alessandro Haemmerle qui l’a accueilli quelques nuits, chez lui.

« Alessandro, l’hiver, il est quasiment un grand frère pour moi, a expliqué Éliot Grondin. On passe beaucoup de mois en Europe loin de nos familles, loin de nos amis. On est tout le temps dans des hôtels à se promener. Avec la COVID, c’est sûr qu’on est plus enfermés. Donc cet hiver, en décembre, je commençais à trouver ça dur et il m’a invité chez lui deux soirs. On s’est fait à manger. Je me suis senti un peu plus chez moi. »

L’Autrichien a paru sincèrement touché que le Québécois le considère comme un grand frère. « En Europe, on est chanceux parce qu’on peut retourner à la maison plus facilement. Je savais qu’Éliot pouvait s’ennuyer de sa famille. J’ai voulu lui offrir un chez-soi pour un moment », a-t-il expliqué lorsque La Presse l’a accroché à la toute fin de la zone des médias.

Le médaillé d’or, qui se faisait presser par un bénévole olympique, a tout de même pris le temps de faire l’éloge de la recrue.

PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’Autrichien Alessandro Haemmerle, médaillé d’or du snowboard cross

Il ride tellement bien. II est tellement actif dans sa descente. Il pousse toujours. Il n’abandonne jamais. En fait, il repousse les limites de notre sport à un autre niveau.

Alessandro Haemmerle, médaillé d’or, au sujet d’Éliot Grondin

« Les vieux comme moi, nous devons tout faire pour le suivre », a dit le sympathique athlète de 28 ans, en riant.

Jeune sensation

Quand il avait 19 ans, Éliot Grondin est devenu le plus jeune homme médaillé de l’histoire des Championnats du monde en snowboard cross. Jeudi, il est devenu le plus jeune médaillé olympique en snowboard cross.

« Je n’étais pas au courant et honnêtement, je ne suis pas le genre de personne qui regarde ce genre de truc. L’âge dans ma tête importe peu. J’ai des buts et des objectifs et je veux les atteindre », a-t-il indiqué en conférence de presse.

Maëlle Ricker, médaillée d’or en snowboard cross et entraîneuse d’Éliot Grondin, a souligné que tout au long de la journée, le planchiste québécois n’avait jamais pu profiter de la draft des autres coureurs puisqu’il se trouvait toujours à l’avant du peloton. Elle s’est dite fière de la deuxième position de son protégé.

« Il a été incroyable ! Il a tellement d’énergie, tellement de puissance, il est tellement dynamique. C’est vraiment amusant de le voir rider », a déclaré Maëlle Ricker.

Jeudi, les autres Canadiens, Liam Moffat et Kevin Hill, ne sont pas parvenus à dépasser les huitièmes de finale. Ils sont arrivés respectivement 19e et 27e.