Consumée par son désir d’être la meilleure et aveuglée par un traumatisme survenu lors des Jeux olympiques de PyeongChang en 2018, la patineuse courte piste Kim Boutin était devenue une machine.

Publié le 28 janvier
Alexis Bélanger-Champagne La Presse Canadienne

La Sherbrookoise âgée de 27 ans a brillé à Pyeonchang. Elle a gagné une médaille d’argent et deux de bronze lors des épreuves individuelles.

Son expérience a toutefois été noircie par des menaces de mort sur les réseaux sociaux après sa première médaille, en raison de sa promotion sur le podium au détriment d’une patineuse sud-coréenne à la suite d’une décision des juges.

Ayant peu de temps pour surmonter cette épreuve, Boutin est restée prise dans la noirceur pendant plusieurs années.

« J’étais démotivée. Je ne savais plus à quoi m’accrocher pour continuer à progresser, a raconté Boutin lors d’un récent entretien virtuel avec La Presse Canadienne. Je suis allée m’entraîner aux Pays-Bas (en 2019) et j’ai dit haut et fort que je voulais gagner. C’est devenu une obsession dans ma manière de travailler.

« Mais l’équilibre dont j’avais besoin pour ma santé mentale, je n’arrivais pas à l’avoir. »

Boutin a enchaîné les bons résultats sur le circuit de la Coupe du monde, devenant notamment imbattable sur 500 mètres en 2019-20. Mais elle savait que quelque chose clochait.

« J’ai appris beaucoup de choses, je me suis poussée à l’entraînement. J’ai atteint mon apogée, mais j’étais à la limite de ma forme physique et mentale, a-t-elle admis. Je n’étais plus bien là-dedans. »

Pour retrouver le plaisir sur la glace, Boutin a dû surmonter son traumatisme, changer son approche et retrouver son humanité.

Elle a consulté une psychologue spécialisée en trauma. Boutin, qui poursuit des études en éducation spécialisée, a également fait du bénévolat en garderie pendant quelques semaines avant le début de la pandémie de COVID-19.

« J’avais besoin d’un équilibre. Je ne suis pas que la performance, a souligné Boutin. Dans ma façon d’être rigide à l’entraînement, je perds un peu de qui je suis. Je suis très compétitive quand je m’investis autant dans un projet. Ça me fait oublier que j’ai aussi un côté social qui est très fort.

« J’ai besoin de cette énergie positive pour me régénérer. J’ai un côté plus artistique. J’aime faire de la peinture. J’aime le côté créatif des enfants. Pour moi, ça me permet d’évacuer, d’être moi-même avec les gens. Et c’est mon approche par rapport à tout maintenant. Je veux garder une étincelle de créativité. »

Boutin avait l’habitude de vite s’installer en tête de peloton lors des courses et de tirer le train jusqu’à la fin. Avec le nouvel entraîneur de l’équipe canadienne de courte piste, Sébastien Cros, elle a appris qu’il y avait d’autres façons de gagner une course.

« Je n’acceptais pas que mon corps soit en moins bonne forme certaines journées et que je pouvais perdre à cause de ça, a admis Boutin. Maintenant, j’ai compris qu’une course pouvait être tactique.

« Il y a quelque chose d’agréable d’arriver dans une course, de réussir un dépassement au bon moment et de finir en force. […] Et ça permet de s’en sortir même si tu es fatiguée ou moins forte cette journée-là. »

Vaincre la colère

Tout au long de son évolution, Boutin a dû comprendre qu’elle ne pouvait pas gagner chaque course. Elle a aussi réalisé qu’elle devait surmonter la colère en elle.

« J’ai réalisé que la colère était la définition de mes émotions, a-t-elle admis. Quand je n’ai pas la réponse que je souhaite, je suis fâchée. Je suis exigeante — envers moi-même, mais en état de stress, je peux aussi le devenir envers les autres. C’est ce que j’aime le moins de moi.

« C’est pour cette raison que ça venait autant me chercher de perdre. Je me disais que j’avais mis tellement d’effort. Pour surmonter ma colère, j’ai dû accepter que je n’étais pas une machine, que le cycle des choses va faire en sorte qu’il va y avoir d’autres personnes qui travaillent fort qui vont gagner. »

En raison de son côté compétitif, Boutin craignait auparavant qu’une approche moins « extrême » allait signifier un déclin au niveau de ses performances. Aujourd’hui, elle réalise qu’elle a tout à gagner en étant défiée par ses coéquipières à l’entraînement.

Après une autre pause au cours du printemps 2021, c’est donc avec une mentalité différente et un plaisir retrouvé que Boutin a renoué avec la compétition cet automne. Elle est montée à quatre reprises sur le podium lors des épreuves individuelles.

Boutin se présentera donc à Pékin gonflée à bloc, mais aussi avec le sourire aux lèvres.

« Je suis tellement fière du processus accompli, a-t-elle dit. Ma victoire à mon dernier 500 mètres aux Pays-Bas (cet automne), c’est ma victoire !

« C’est la victoire de mon processus. Et là, c’est de tout mettre en place, parce que je serai prête physiquement et mentalement. C’est excitant ! Allons voir ce qui va se passer ! »

Les épreuves de patinage de vitesse courte piste commenceront le 5 février avec notamment la présentation des qualifications au 500 mètres dames et de la finale du relais mixte. Le patinage de vitesse courte piste est aussi à l’horaire les 7, 9, 11, 13 et 16 février.