Comme les Québécoises Marie-Michèle Gagnon et Laurence St-Germain, la skieuse Valérie Grenier verra sa place dans l’équipe olympique confirmée ce vendredi. La Franco-Ontarienne raconte son retour supersonique de deux fractures subies le 11 décembre.

Publié le 21 janvier
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le 11 décembre, Valérie Grenier est passée par-dessus ses skis lors d’un entraînement à Livigno, en Italie. Ses genoux ont fait une hyperextension et elle est tombée dans la neige en criant de douleur.

« Aussitôt que je suis tombée, j’ai vraiment paniqué, a-t-elle raconté plus tôt cette semaine. Je m’attendais au pire et je n’en revenais juste pas que ce soit arrivé. J’étais frustrée et dans le déni. »

Le slalom géant des Jeux olympiques de Pékin était dans moins de deux mois. Grenier s’apprêtait à disputer le cœur de la saison de Coupe du monde.

À peine relevée, une course contre la montre s’est amorcée pour la skieuse de 25 ans. Son physiothérapeute et elle ont roulé trois heures pour rallier une clinique sur le point de fermer. Le technicien à l’imagerie par résonance magnétique n’était pas très optimiste. « Not good », a-t-il constaté dans son anglais rudimentaire.

Le duo a reçu un CD. Encore fallait-il pouvoir le lire. Le tandem canadien a conduit une heure et demie dans les Dolomites avant de recevoir l’appel d’un médecin de l’équipe italienne. Il était dans la même ville où la skieuse venait de passer l’examen… Les deux ont donc rebroussé chemin pour le rencontrer.

À première vue, la blessure ressemblait à des fractures aux plateaux tibiaux. Son pronostic : huit semaines avant un retour. Mais il a quand même recommandé à l’athlète de se soumettre à un tomodensitogramme pour obtenir une évaluation plus précise.

Avant de se rendre dans une clinique de Saint-Moritz, le lendemain, Grenier a « prié » pour que sa blessure se limite à des contusions. Après des heures d’attente ce dimanche-là, elle a eu accès à un orthopédiste suisse. Son diagnostic est tombé comme un coup de massue : fractures.

Je pleurais. J’étais juste dévastée. Je n’en revenais pas. C’était les 48 pires heures de ma vie.

Valérie Grenier

Heureusement, l’orthopédiste de l’équipe canadienne s’est montré plus optimiste après un examen à distance.

« J’ai réalisé que c’était peut-être moins grave que je pensais, que j’allais être capable de revenir plus tôt. C’est certain que ç’a été vraiment difficile parce que je manquais les deux courses de Courchevel et sûrement celle de Lienz. C’était le pire moment pour me blesser, même s’il n’y en a jamais de bon. Je l’ai accepté tout de suite et j’ai fait tout le travail pour revenir. »

Une habituée

À son corps défendant, la représentante du club de Mont-Tremblant est habituée aux réadaptations. Elle a subi deux opérations pour soigner des douleurs chroniques aux chevilles qui l’ont ennuyée pendant des années. Elle est repassée deux autres fois sous le bistouri après une quadruple fracture à une jambe essuyée sur une chute à l’entraînement aux Championnats du monde de 2019.

Cette fois, le temps pressait. Malgré ses blessures, elle a pu poursuivre l’entraînement en salle et le vélo stationnaire. Des séances en piscine lui ont permis d’exécuter les mouvements plus dynamiques qui sollicitaient ses genoux.

Grenier a pu compter sur la présence de son amoureux, venu la visiter en Europe avec l’espoir de la voir courir pour la première fois. À Killington, en novembre, la course avait été annulée à cause du vent… Ce sera donc pour une prochaine fois.

À Noël, soit deux semaines après sa chute, la Franco-Ontarienne est montée sur les skis pour la première fois. À la surprise générale, elle était dans le portillon de départ pour la Coupe du monde de Kranjska Gora, en Slovénie, le 8 janvier.

« Je ne m’étais pas beaucoup entraînée après ma petite blessure, mais on dirait que je n’ai pas arrêté d’y croire. J’ai gardé la confiance et suis restée positive. Rendue à la course, c’est comme si tout était normal, que j’avais tout oublié. Ça a vraiment aidé. Je ne me suis pas retenue. »

Huitième après la manche initiale, elle a pris la tête par une demi-seconde à son second passage. Son avance a tenu jusqu’à ce que les trois dernières partantes la délogent. Quatrième, un record personnel en géant, elle a raté son premier podium en Coupe du monde par sept centièmes.

Ça a pincé sur le coup, mais après, c’était juste : wow ! Je ne peux pas être trop déçue. Ça me démontre que ça s’en vient, que je fais de bonnes choses. C’est extrêmement encourageant.

Valérie Grenier

Mardi, Grenier a reçu un courriel lui confirmant qu’elle était officiellement qualifiée pour ses deuxièmes Jeux olympiques. En 2018, elle avait pris le sixième rang du combiné, un sommet pour le ski alpin canadien à PyeongChang.

« Quand je pensais aux Jeux ces dernières années, c’est exactement comme ça que je voulais me sentir. Comme si j’y allais pour le podium. Le dire est une chose, mais je n’étais pas certaine d’être rendue là. Voir que je suis à ce niveau-là, c’est très encourageant ! »

Une dernière Coupe du monde

Valérie Grenier disputera une dernière épreuve de Coupe du monde avant les Jeux olympiques, mardi à Kronplatz, en Italie. « Il n’y a plus de qualifications olympiques comme telles, mais ça permet de démontrer où tu es rendue avant les Jeux. L’année passée, j’étais sortie du parcours, mais ça allait vraiment bien avant que ça arrive. Je sais que je pourrais bien faire si je me rends jusqu’en bas. J’ai très hâte. » Jeudi, la native de Saint-Isidore a remporté une épreuve FIS à Pozza di Fassa. Devant un plateau plus faible qu’une Coupe d’Europe, elle a nettement devancé la Suissesse Vanessa Kasper (+ 1,26 s) et sa jeune compatriote Cassidy Gray (+ 1,47 s). La Québécoise Sarah Bennett, 20 ans, a pris le huitième rang. Troisième après une manche, Mikaela Tommy, de l’Outaouais, n’a pas terminé la seconde. Les Canadiennes s’aligneront pour un autre géant prévu au même endroit ce vendredi. Pour Grenier, il s’agit d’une façon de retrouver ses sensations de course après avoir raté trois épreuves importantes en décembre.

Équipe olympique

La composition de l’équipe olympique canadienne sera dévoilée par communiqué ce vendredi. Les Québécoises Marie-Michèle Gagnon, 23e de la descente d’entraînement à Cortina jeudi, et la slalomeuse Laurence St-Germain, 8e du dernier slalom de Schladming, formeront le quart du contingent féminin.