Ébranlé par sa déconvenue aux Jeux de Tokyo, le jeune plongeur montréalais Cédric Fofana s’interroge toujours sur les circonstances qui l’y ont conduit.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Cédric Fofana ne garde pas qu’un mauvais souvenir des Jeux olympiques de Tokyo. Même sans spectateurs, la cérémonie d’ouverture a été une expérience inoubliable avec ses amis plongeurs. Les longs moments d’attente lui ont permis de fraterniser avec nul autre que Félix Auger-Aliassime, avec qui il partage un parcours similaire entre Montréal et Québec.

La suite a été moins agréable. La compétition comme telle a été un véritable cauchemar. Trahi par ses nerfs, le spécialiste du 3 m n’a jamais été en mesure de plonger à la hauteur de ce qui lui avait valu une qualification surprise à 17 ans.

Après un premier plongeon moyen, théoriquement son plus facile, le plus jeune membre masculin de l’équipe olympique canadienne s’est effondré. Ses genoux ont littéralement flanché à son quatrième essai. Il a fait un plat sur le dos et surtout obtenu une note de 0. Il a terminé bon dernier des qualifications, loin de l’avant-dernière place.

« On peut le dire : il n’y a rien qui était à la hauteur », confie Fofana qui, deux mois plus tard, ne comprend toujours pas ce qui a pu se passer ce jour-là dans la capitale japonaise.

Le plongeon raté – un trois et demi renversé – est « la goutte qui a fait déborder le vase ». Un mois plus tôt, à Toronto, il avait pourtant réussi la même figure avec brio, obtenant même deux notes parfaites de 10 dans le cadre des préliminaires des sélections olympiques canadiennes.

À la surprise générale – et un peu à la sienne –, Fofana a remporté cette compétition devant le vétéran François Imbeau-Dulac et le jeune Thomas Ciprick, qui avait qualifié le pays en février à la Coupe du monde de Tokyo.

Malgré sa victoire sans appel, il s’est un peu senti comme un intrus. Comme si la direction de Plongeon Canada n’avait pas prévu qu’il puisse réaliser l’exploit.

J’étais un peu arrivé là comme un négligé. On dirait que j’ai comme pris tout le monde par surprise. Ça aussi, j’ai trouvé ça dur. Je me disais : c’est sûr que je n’étais pas nécessairement celui qu’on pensait [voir aller aux Jeux]. En même temps, ils savent ce que je suis capable de faire. C’est un peu blessant.

Cédric Fofana

Malgré tout, Fofana a continué de bien plonger durant son stage de préparation et à son arrivée à Tokyo. À quatre jours de son épreuve, il a appris que son entraîneur César Henderson devait quitter la bulle olympique. Il l’a très mal pris. L’adolescent avait été prévenu, mais il croyait que son coach pourrait au moins revenir pour la compétition, ce qui n’était pas le cas.

« J’ai assez pleuré quand il me l’a dit. Oh boy, ce n’était pas drôle ! […] Je ne pouvais plus m’arrêter. Je pense que j’ai pleuré pendant deux heures. »

Seul plongeur canadien qui s’est exécuté aux JO sans la présence de son entraîneur titulaire – Arturo Miranda s’en est occupé –, Fofana a gardé en tête un conseil récurrent d’Henderson : « Le coach ne fait pas l’athlète. »

« Je ne dis pas que j’aurais fait mille fois mieux [avec lui], mais j’aurais au moins eu un petit quelque chose de mon côté pour m’aider », analyse-t-il avec le recul. L’absence de son entraîneur lui est restée sur le cœur. Les explications qu’il a reçues – une question d’accréditation – ne l’ont pas convaincu.

Le jour de la compétition, les nerfs de Fofana ont craqué à la présentation des athlètes.

Je ne pouvais presque plus respirer. J’étais nerveux, ça n’avait pas de bon sens. Dès le premier plongeon, on aurait dit que j’essayais de me gérer. Ça ne marchait pas.

Cédric Fofana

Tout s’est effondré en quatrième ronde. Ses orteils ont râpé la planche quand il a glissé à la fin de son saut d’appel, ce qui a causé une abrasion toujours apparente deux mois plus tard.

L’équipe médicale a appliqué un bandage pour arrêter le saignement. Le bandage ne tenait pas… Son plongeon le plus difficile s’en venait, le quatre et demi avant.

« Mes genoux venaient de lâcher avec un saut d’appel. Je paniquais. Je ne peux pas sauter au maximum, c’est sûr que ça va relâcher. Je pensais au fait que si j’avais deux plongeons manqués, j’étais disqualifié. Je ne peux quand même pas être disqualifié à mes premiers Jeux. »

PHOTO FRANCOIS-XAVIER MARIT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Cédric Fofana après un plongeon à Tokyo, lors des rondes préliminaires des Jeux olympiques.

Son sort ne s’est pas amélioré, ou si peu. Il a pleuré une minute ou deux à la fin de l’épreuve, consolé par l’Italienne d’origine québécoise Sarah Jodoin Di Maria. Il a répondu aux questions des journalistes avec un rare aplomb dans les circonstances.

Fofana a quitté le Centre aquatique de Tokyo avec l’intention de mettre cette contre-performance derrière lui. Au même moment, le directeur technique de Plongeon Canada (DPC), Mitch Geller, qualifiait sa prestation de « gênante » dans une entrevue à La Presse. Il en attribuait la faute à la fédération, se reprochant de ne pas avoir suffisamment bien préparé ce jeune athlète très talentueux.

Fofana a lu les articles. « Celui-là m’a vraiment marqué parce que je sais que je n’ai pas fait ce qui était attendu de moi. Mais le fait qu’il a dit que c’était embarrassant, ça a joué. […] Même moi, j’étais très déçu après. Et tu vas dire que c’est embarrassant… C’est comme si tu retournais le couteau dans la plaie et que tu tournais vraiment. »

Il a demandé à un ami de lui envoyer une vidéo de son plongeon maudit. Il n’en a rien appris. « Est-ce que j’aurais pu changer quelque chose qui aurait fait en sorte que [ça n’arrive pas] ? Finalement, je ne sais vraiment pas ce qui s’est passé. J’étais bien placé. C’est juste que mes genoux ont vraiment lâché. »

La force du mental

Fofana a rencontré Geller et la directrice des opérations Penny Joyce il y a quelques semaines. Le directeur technique a admis qu’il aurait « dû choisir d’autres mots » à Tokyo, rapporte le plongeur. Geller a néanmoins réitéré la nécessité de revoir la technique de l’athlète pour le rendre plus régulier sur les planches.

Le principal intéressé convient qu’il a des points techniques à améliorer, mais croit qu’une autre facette doit avant tout être abordée.

« C’est un peu la game mentale qui n’est pas nécessairement présente. Le manque d’expérience et tout. J’ai la même technique que j’avais aux Essais olympiques et j’ai fait mon meilleur score. Ce n’est pas en un mois que ma technique va changer de A à Z. »

Je comprends que j’ai des affaires techniques à travailler. C’est sûr, on le voit tous. Mais c’est peut-être plus mental que technique, la grosse partie du changement à faire.

Cédric Fofana

Pour le moment, Fofana est un peu dans le néant. Le centre d’entraînement de DPC à l’Institut national du sport du Québec, où il s’entraîne depuis 2017, est sur pause dans le cadre d’une restructuration post-olympique. L’entraîneur d’origine chinoise Hui Tong vient d’être embauché pour succéder à Arturo Miranda. Actuellement installé en Australie, il n’entrera en fonction à temps plein qu’au début de janvier.

D’ici là, le jeune homme, qui a eu 18 ans le mois dernier, a suivi Henderson au club CAMO, au complexe sportif Claude-Robillard, où il est retourné à l’eau il y a deux semaines. Si son souhait se réalise, il participera aux Championnats du monde juniors de Kiev, du 2 au 9 décembre. En 2018, il avait remporté le bronze au 3 m chez les 14-15 ans, une première canadienne depuis Alexandre Despatie.

Fofana pense encore à sa déconvenue olympique, mais il refuse de se laisser abattre. « Je me tape moins sur la tête que quand c’est arrivé. »

Les Jeux de Paris se profilent dans moins de trois ans. « J’ai une envie de me racheter. Je suis un peu amer face à ce qui s’est produit en 2021. »