Avant de partir dans la bulle de la Coupe du monde et des Championnats du monde aux Pays-Bas, l’hiver dernier, Laurent Dubreuil s’est littéralement enfermé chez lui avec sa famille pendant une semaine et demie.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le jour de l’An a été tranquille. « J’étais terrifié que ma saison prenne fin par malchance parce que je croiserais quelqu’un qui tousse à l’épicerie », a expliqué celui qui allait devenir champion du monde du 500 m en patinage de vitesse sur longue piste.

À l’époque, un vaccin contre la COVID-19 n’était pas encore disponible pour le grand public. Aujourd’hui adéquatement vacciné, Dubreuil ne peut imaginer qu’il pourrait côtoyer un athlète qui ne le serait pas aux Jeux olympiques de Pékin, qui s’ouvriront dans moins de 130 jours.

« Ce n’est même pas pour ma santé, a-t-il précisé. Si tu testes positif aux Jeux, tes Jeux sont finis. Ils ne te laisseront pas prendre le départ à la course. […] On va être avec d’autres gens dans les chambres. Personnellement, je n’ai aucune envie de passer proche de quelqu’un qui a plus de chances d’avoir le virus. »

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Laurent Dubreuil

Le Comité olympique canadien (COC) n’a toujours pas tranché sur la possibilité de rendre obligatoire la vaccination contre la COVID-19 pour participer aux Jeux de Pékin.

La semaine dernière, le Comité olympique et paralympique américain (USOPC) a annoncé qu’il forcerait tous ses athlètes à se faire pleinement vacciner pour prendre part aux Jeux olympiques et paralympiques de Pékin, qui s’ouvrent respectivement le 4 février et le 4 mars. La date butoir du 1er décembre a été fixée.

Dans la même veine, tous les athlètes et membres du personnel qui souhaiteront fréquenter les installations d’entraînement de l’organisation devront avoir reçu leurs deux doses d’ici au 1er novembre. Le USOPC a ouvert la porte à des exemptions médicales ou religieuses.

Pour le moment, le COC n’a pas mis en place une telle politique de vaccination obligatoire, mais réfléchit à la question. « Nous sommes engagés dans un processus visant à déterminer si les vaccins seront requis pour les Jeux de Beijing 2022 », a indiqué le chef de la direction et secrétaire général du comité, David Shoemaker, dans une déclaration transmise à La Presse lundi.

Notre décision sera dirigée par notre chef des services médicaux, d’autres responsables médicaux et en consultation avec notre commission des athlètes.

David Shoemaker, chef de la direction et secrétaire général du Comité olympique canadien

Dubreuil, qui doit montrer son passeport vaccinal pour pénétrer dans le nouveau Centre de glaces de Québec, souhaite que la vaccination soit exigée.

« Ça diminuerait [les risques]. Imagine les sports d’équipes comme le hockey. Ça en prend juste un qui le pogne, l’équipe complète est un contact rapproché et ils perdent trois matchs par défaut avant qu’ils puissent avoir un résultat négatif. J’espère que les gens iront se faire vacciner par eux-mêmes. Mais si ça prend une mesure comme ça pour protéger les gens et, de façon égoïste, nos saisons, je suis d’accord à 100 %. »

95 %

Recommandée – et facilitée au Québec –, la vaccination contre la COVID-19 n’était pas obligatoire pour les récents Jeux olympiques de Tokyo.

Des 371 athlètes de la délégation canadienne, 95 % étaient adéquatement vaccinés, avait précisé le COC à La Presse au début de la quinzaine. Cette proportion signifiait donc que près d’une vingtaine d’athlètes ne l’étaient pas.

Pour les Américains, 83 % des athlètes avaient reçu deux doses de vaccin avant leur arrivée à Tokyo. Le Comité international olympique (CIO) avait évalué que 80 % des résidants au Village des athlètes s’étaient prémunis de la même façon contre le nouveau coronavirus, sans que ce soit obligatoire. Globalement, le CIO a recensé 28 cas d’athlètes positifs durant les Jeux de Tokyo.

Pour l’heure, aucune mesure n’a été dévoilée sur la nécessité de se faire vacciner ou non pour participer ou assister aux Jeux de Pékin. Le CIO doit préciser les mesures à suivre dans la capitale chinoise dans un document préliminaire qui doit être publié le mois prochain.

« La sécurité est toujours une priorité pour Équipe Canada, a fait valoir M. Shoemaker. Nous avons récemment dirigé un groupe de 840 athlètes et membres du personnel aux Jeux olympiques de Tokyo 2020 qui est revenu au Canada sans signaler un seul cas positif. Nous comptons arriver au même résultat aux Jeux olympiques d’hiver. »

Du côté du Comité paralympique canadien, il n’est pas encore déterminé si la pleine vaccination sera exigée pour prendre part aux Jeux de Pékin. Les ententes avec les équipes doivent d’abord être finalisées.

« Toutefois, c’est notre objectif pour Pékin que tout membre de l’équipe, incluant entraîneurs et personnel de soutien, soit vacciné contre la COVID », a écrit le directeur général, communications et image de marque, Martin Richard.

Nos mesures pour Tokyo étaient strictes et élaborées, car notre priorité était la sécurité et la santé de nos athlètes.

Martin Richard, directeur général, communications et image de marque, au Comité paralympique canadien

À Tokyo, la première dose était obligatoire pour les athlètes paralympiques canadiens. Une deuxième injection était fortement recommandée, si disponible. Aucun cas de COVID-19 n’a été déploré au sein de l’équipe, qui comptait 200 personnes à Tokyo.

À l’Institut national du sport du Québec, au Parc olympique, « seules les personnes adéquatement vaccinées (2 doses depuis au moins 14 jours) peuvent accéder à nos installations », a fait savoir son porte-parole Jean Gosselin.

Les premiers Jeux panaméricains juniors, qui se dérouleront à Cali du 25 novembre au 5 décembre, exigeront que tous les athlètes âgés de 18 ans et plus soient vaccinés.

« La dure réalité est que cette pandémie est loin d’être terminée », a souligné la directrice générale du USOPC, Sarah Hirschland, dans une lettre obtenue par le New York Times.

« Cette étape augmentera notre capacité à créer un environnement sûr et productif pour les athlètes, les membres du personnel de l’équipe américaine, et nous permettra de rétablir la cohérence dans la planification, la préparation et le service aux athlètes. »