Il y avait des jours en février où la lumière du soleil était rare, la température à l’intérieur de l’aréna Farquharson à London, en Ontario, descendait sous les cinq degrés Celsius et Damian Warner se demandait s’il allait pouvoir continuer.

Lori Ewing La Presse Canadienne

Forcé de s’entraîner dans le bâtiment vieux de 66 ans en raison de la pandémie de COVID-19, Warner s’échauffait sur le tapis roulant incurvé dans une tente chauffée par un radiateur. Mais quand il quittait la chaleur de la tente et qu’il enlevait ses mitaines pour s’entraîner au lancer du disque ou au saut à la perche, le meilleur décathlète au monde perdait la sensation de ses doigts et ses orteils.

« Vers la fin du mois de janvier, il commençait à faire froid et par la suite, il commençait à faire très, très froid, a affirmé l’entraîneur de Warner, Gar Leyshon. Pendant tout le mois de février, on gelait. Un jour, il a eu des problèmes avec ses pieds au saut à la perche. Il n’avait aucune sensation alors il m’a dit qu’il ne pouvait plus continuer, que ce n’était pas un entraînement pour remporter la médaille d’or. Je lui ai dit qu’il n’avait aucun autre choix. »

Les histoires d’athlètes olympiques canadiens pourraient remplir un livre volumineux sur la persévérance et la créativité, et le chapitre de Warner serait parmi les plus incroyables, qu’il monte ou non sur la plus haute marche du podium à Tokyo.

L’histoire racontant les longues heures de Warner à Farquharson, un aréna qui était sur le registre de London pour une possible démolition il y a plus d’une décennie, a pris une tournure heureuse lorsque son fils Theo est né le 11 mars. Ensuite, lors de son premier décathlon depuis 2019, il a effacé son record canadien en mai, établissant le quatrième meilleur pointage de l’histoire du décathlon.

« Je crois que lorsque quelqu’un te retire quelque chose que tu aimes, ou qu’il y a des obstacles t’empêchant de faire ce que tu aimes, ça rend toujours ça plus excitant quand tu peux finalement le faire, a déclaré Warner à propos de son record canadien. C’était un peu surprenant si on considère ce que nous venions de vivre. Tant que je suis en santé et que j’ai du plaisir, les résultats semblent suivre. Je crois que c’est ma recette du succès. »

L’Ontarien de 31 ans a terminé au troisième rang des Championnats du monde de 2019 à Doha, au Qatar. Plusieurs ont qualifié ce résultat de décevant, mais peu savaient que Warner prenait part à la compétition malgré deux blessures aux chevilles.

Le report des Jeux olympiques en raison de la pandémie de COVID-19 a été une bénédiction, car ça lui a permis de guérir complètement. La pandémie a cependant amené d’autres problèmes, comme trouver un endroit où s’entraîner.

Persévérance et frustration

Pendant une partie de golf, l’automne dernier, Scott Stafford, le directeur général des parcs et loisirs de London, a suggéré l’aréna Farquharson. En trois semaines, Warner et ses entraîneurs Leyshon et Dennis Nielsen ont transporté de l’équipement pour qu’il s’entraîne dans plusieurs disciplines.

Warner et son équipe aimaient bien les installations d’entraînement jusqu’à ce que les efforts deviennent plus difficiles pendant les journées sombres de février.

« Il lui fallait endurer et il l’a fait, a mentionné Nielsen. Mais il y avait des journées au cours desquelles nous n’étions pas à notre mieux. Nous étions fâchés, déprimés et frustrés parce que Damian s’entraînait à cet endroit et en regardant sur Instagram, d’autres décathlètes et Kevin Mayer [le détenteur du record du monde] s’entraînaient à un endroit chaud et tropical. C’est comme si la COVID-19 n’avait pas existé pour certaines personnes. »

Ils sont passés à travers le mois de février et s’ils avaient besoin de voir la lumière au bout du tunnel, la naissance de Theo ne pouvait arriver à un meilleur moment.

« Theo a été la catalyseur de beaucoup des bonnes choses qui sont arrivées cette année », a dit Leyshon.

Les deux entraîneurs ont indiqué que Warner est dans la meilleure disposition mentale qu’ils aient vue. Le décathlète l’a montré lors d’un voyage à Gotzis pour participer à l’Hypo-Meeting, où ils ont dû changer de vol à Toronto après qu’Air Canada eut déclaré qu’ils ne seraient pas autorisés à traverser la Suisse.

Ils ont plutôt voyagé en Allemagne, où des organisateurs sont venus les chercher dans une camionnette et les ont conduits de l’autre côté de la frontière vers l’Autriche.

Warner a été extraordinaire et il a obtenu un sixième titre en carrière à l’Hypo-Meeting, établissant des sommets mondiaux en décathlon à l’épreuve du 110 mètres haies et au saut en longueur. Son saut a abaissé un record canadien vieux de 30 ans.

PHOTO DIETMAR STIPLOVSEK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Damian Warner a établi un sommet mondial en décathlon à l’épreuve du saut en longueur à l’Hypo-Meeting, en mai dernier.

Leyshon et Nielsen anticipent que Warner remporte la médaille d’or aux Jeux de Tokyo en décathlon. Les athlètes doivent participer au 100 mètres, au saut en longueur, au lancer du poids, au saut en hauteur, au 400 mètres, au 110 mètres haies, au lancer du disque, au saut à la perche, au lancer du javelot et au 1500 mètres en seulement deux jours. Le gagnant est non officiellement considéré comme le « meilleur athlète au monde ».

Bien que Gotzis a été fantastique, Warner a laissé de la place pour l’amélioration au lancer du poids, au lancer du javelot, au 400 mètres et au 1500 mètres.

Mayer est le plus susceptible de défier Warner en tant que détenteur du record du monde.

« C’est un bon compétiteur. J’ai toujours peur de ce qu’il peut accomplir, a récemment noté Mayer à propos de Warner. Gotzis n’était pas une surprise pour moi. Je savais qu’il était capable de réussir. Chaque fois que nous commençons un décathlon et qu’il est mon adversaire, je veux faire de mon mieux pour le battre. C’est très bien d’avoir des adversaires comme ça. Nous allons nous rendre meilleurs à Tokyo. »

Le décathlon se déroulera les 4 et 5 août, au Stade olympique.