Cinq ans après avoir mené Hilary Caldwell à une médaille de bronze à Rio, l’entraîneur montréalais Ryan Mallette contribue encore aux succès de l’équipe canadienne de natation à Tokyo.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

(Tokyo) Cinq ans après sa dernière entrevue avec La Presse, difficile de reconnaître Ryan Mallette. Surtout avec le masque.

« Je suis le même gars, juste un peu plus mince », affirme simplement l’entraîneur de natation de 41 ans, rencontré après les finales de jeudi au Centre aquatique de Tokyo.

Dans la dernière année, 14 nageurs et nageuses, dont Penny Oleksiak, Summer McIntosh et Kylie Masse, s’entraînaient sous sa direction et celle de Ben Titley, entraîneur-chef du Centre de haute performance – Ontario. En tout, 11 d’entre eux se sont qualifiés dans l’équipe olympique canadienne, composée de 26 membres.

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Penny Oleksiak

Toutes les médaillées à Tokyo font partie de leur groupe. « Ça va super bien, convient Mallette, ancien coach en chef du club de Pointe-Claire. Je ne sais pas si c’est mieux que ce qu’on avait espéré. Au centre, on a vraiment une culture de haute performance où tout le monde s’attend à avoir des résultats dans une compétition comme ça. Ça commence avec l’entraîneur-chef Ben Titley et tout le monde qui travaille avec lui. »

Le Montréalais d’origine a perdu pas moins de… 80 lb. Sa femme a eu un cancer du sein, ce qui a incité Mallette à transformer ses propres habitudes de vie. « Je l’ai fait pour la soutenir. Ça a tout changé pour moi. »

Sa femme est aujourd’hui en rémission. L’épreuve les a rendus plus fort. « C’est la vie. Ce n’est jamais facile et ce n’est jamais comme on le prévoit. C’est certain que ma femme et moi en sommes plus forts. Notre relation est meilleure sur tous les aspects : l’alimentation, le travail, le style de vie. Ma vie est meilleure à cause des changements qu’il a fallu faire. »

Le cancer lui avait déjà enlevé un ami et un collègue, l’entraîneur Randy Bennett. L’homme dont il était l’adjoint au centre de haute performance de Natation Canada, à Victoria, a succombé à un cancer du poumon en 2015. Le mentor du médaillé olympique Ryan Cochrane avait 51 ans.

Mallette a pris les commandes un an avant les Jeux olympiques de Rio, menant entre autres Hilary Caldwell à une médaille de bronze au 200 m dos dans la capitale brésilienne.

Une réorganisation des centres de la fédération a conduit Mallette à Toronto, où il est devenu l’associé de Titley.

Je suis l’adjoint de Ben. Je travaille avec tous les nageurs, dans la salle de muscu, la vidéo, durant les entraînements. Ben prend les décisions finales, mais il n’y a pas de séparation des tâches.

Ryan Mallette

D’une certaine façon, la pandémie a contribué à renforcer le groupe. La fermeture de toutes les piscines de la région de Toronto – à l’exception de celle du Centre sportif panaméricain de Scarborough – a provoqué une plus grande concentration des forces.

Masse, médaillée d’argent au 100 m dos, s’est amenée du Toronto Swim Club. Après sa saison universitaire à l’Université du Michigan, Maggie Mac Neil, championne olympique du 100 m papillon, a aussi pris la direction de Scarborough. Idem pour la finaliste du 200 QNI, Sydney Pickrem, qui est débarquée du Texas.

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Margaret Mac Neil

McIntosh, 14 ans, a donc fait ses classes dans cet environnement d’excellence. Originaire d’Etobicoke, celle-ci a perdu son entraîneur Kevin Thorburn, mort subitement l’an dernier.

À Tokyo, McIntosh ne se dit aucunement nerveuse. Elle attribue ce calme au soutien de ses coéquipières. « Je suis avec elles chaque jour, deux fois par jour, disait-elle après le relais en s’appuyant sur l’avant-bras d’Oleksiak. Elles m’inspirent tellement à devenir la meilleure que je puisse être. »

Titley a soigneusement préparé cette première expérience olympique de McIntosh. À la conclusion des essais de Toronto, le mois dernier, il s’était longuement assis avec la jeune fille et sa mère, la nageuse olympique Jill Horstead.

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Summer McIntosh

« Penny s’est illustrée à Rio parce que nous l’avons beaucoup protégée, avait expliqué Titley. Nous ne lui laissions pas faire d’interviews, sinon avec les filles du relais. »

Nous avons appris des choses au sujet de l’expérience de Penny. Je ne veux pas que cette enfant [McIntosh] ait à passer à travers ça. On met donc une stratégie en place pour la protéger, elle aussi. N’oublions pas qu’elle est deux ans plus jeune que Penny ne l’était aux Jeux olympiques.

Ben Titley

Selon Mallette, cette capacité de communiquer est l’une des grandes qualités de l’entraîneur d’origine britannique.

« Il a un rapport avec chaque nageur. S’il voit une chose avec laquelle il n’est pas d’accord, qu’un entraînement n’est pas assez rapide ou que quelqu’un ne semble pas dans son état normal, il fait tout de suite face à la situation. Il n’attend pas une semaine ou deux en espérant que ça se corrige tout seul. Chaque jour, il essaie d’avancer. Il est le meilleur au monde dans cet aspect du travail. »

L’ex-nageur Benoît Huot, qui a passé un an avec Titley en 2014 et 2015, témoigne d’une philosophie d’entraînement distinctive où chaque seconde compte.

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Kylie Masse

« Si une séance dure 120 minutes, tout est rodé au quart de tour, relève le multiple champion paralympique, analyste pour Radio-Canada à Tokyo. Il explique l’entraînement à tout le monde et quand ça part, c’est non-stop pendant deux heures. C’est explosif, ce sont généralement de courtes distances, selon tes épreuves, et il n’y a pas de temps de repos. Tu es constamment actif. »

Si Titley est exigeant, le « plaisir » est toujours au rendez-vous, assure Huot.

Mallette confirme : « Il a des attentes, c’est certain, mais je ne l’ai jamais vu fâché ou crier après un nageur. Il a une bonne relation avec tout le monde, mais il est clair dans ses attentes. Ce qu’il instaure, ce sont les habitudes d’un nageur qui veut gagner des médailles aux Jeux olympiques. »

Comme Oleksiak, que Mallette « trouve super forte mentalement ». « Elle avait des attentes après Rio et plusieurs choses nouvelles avec lesquelles composer dans sa vie quotidienne. Elle est venue ici avec un plan et elle voulait vraiment l’exécuter. Jusqu’à maintenant, elle a un focus que je ne lui ai jamais vu. Il lui reste de belles choses à faire. »

Comme devenir l’athlète olympique du Canada avec le plus de médailles dans son tiroir. La table est mise : le relais canadien 4 x 100 m quatre nages, sans trois de ses meilleurs atouts, a réalisé le meilleur temps des préliminaires, vendredi soir, un centième devant les Américaines. La finale sera disputée dimanche matin, dernière séance de natation à Tokyo.