À peine rentrée au pays, l’haltérophile médaillée d’or Maude Charron lance un message d’espoir aux jeunes qui vivent en région.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Être une athlète qui vit hors des grands centres, Maude Charron sait ce que c’est. « Je leur dis d’y croire », lance-t-elle comme message aux jeunes qui vivent en région et qui caressent un rêve olympique. « Je me suis souvent fait dire que je n’étais pas dans la bonne région ou dans le bon club pour atteindre ces objectifs », renchérit l’athlète originaire de Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent.

Mardi, Maude Charron a fait mentir tous ceux qui ne croyaient pas en elle. En compétition dans la catégorie des 64 kg, elle a levé 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté. Cette performance lui a valu la médaille d’or qui scintillait à son cou vendredi, en entrevue avec La Presse devant le Stade olympique, à Montréal.

Venir de Sainte-Luce a été une motivation pour aller chercher sa médaille, raconte l’athlète de 28 ans.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

En compétition dans la catégorie des 64 kg, Maude Charron a levé 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté.

Me faire dire que je ne suis pas capable, ça me motive encore plus.

Maude Charron

Cette année, la région du Bas-Saint-Laurent est bien représentée à Tokyo. En plus de l’haltérophile couronnée lors des Jeux, la Rimouskoise Camille Fiola-Dion sera à l’œuvre en natation artistique dès la semaine prochaine.

De retour au pays, Maude Charron a déjà des projets. Son cheval de bataille : développer l’haltérophilie hors des grands centres au Québec. Elle souhaite que sa médaille crée un engouement pour ce sport partout dans la province. Elle prévoit d’ailleurs faire une tournée des régions.

Une compétition presque comme les autres

Pour ses premiers Jeux olympiques, Maude Charron a eu droit à une édition atypique. « Je partais un peu avec une réserve, admet-elle. J’avais peur qu’on soit confinés dans nos chambres. » Mais en arrivant à Tokyo, ses craintes se sont dissipées, et elle a pu profiter de l’expérience d’une vie. « Je me sentais vraiment en sécurité », ajoute-t-elle au sujet des mesures sanitaires en vigueur.

L’haltérophile a pu goûter au plaisir de rencontrer des athlètes, toutes disciplines confondues. « On s’expliquait comment se passent nos compétitions respectives. C’est vraiment un rêve devenu réalité », conclut-elle au sujet de l’expérience à Tokyo.

La semaine avant sa performance, Maude Charron raconte qu’elle voulait garder les pieds sur terre. Durant cette période, elle s’est répété que c’était une compétition comme les autres. « Même quand j’ai gagné, j’avais encore cette mentalité. J’avais le réflexe de me dire que j’avais gagné une compétition normale, alors que ce n’était pas le cas », se rappelle l’athlète en riant. Elle commence tout juste à prendre conscience de l’ampleur de sa victoire.

Futur incertain

Une fois la poussière retombée, Maude Charron vise-t-elle les Jeux d’été à Paris, en 2024 ? « L’avenir est vraiment incertain », souffle-t-elle. L’athlète évoque, entre autres, le fléau du dopage qui touche cette discipline. Afin de lutter contre cette forme de tricherie, le Comité olympique international a décidé de réduire le nombre d’épreuves en haltérophilie lors des prochains Jeux.

À ce sujet, Maude Charron salue le travail que fait l’olympienne Christine Girard pour enrayer le dopage en haltérophilie. Cette dernière est un modèle pour elle. L’athlète de Sainte-Luce a d’ailleurs pu profiter des conseils de son idole avant la compétition. « En plus d’être une bonne athlète, c’est une bonne personne », souligne-t-elle.

Quoi qu’il en soit, Maude Charron sera présente aux Jeux de Paris. Si ce n’est pas en tant qu’athlète, ce sera en tant que touriste. Une façon pour elle de revivre Tokyo, mais entourée des siens.