(Tokyo) Le 200 mètres libre est l’une des plus belles épreuves de la natation. Une rencontre entre le sprint et le demi-fond. Un mariage entre la vitesse pure, l’endurance et le cœur.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Cela tombe bien, Penelope Oleksiak possède toutes ces qualités.

Dans ce qui était annoncé comme le deuxième duel entre Ariarne Titmus et Katie Ledecky, la nageuse canadienne s’est invitée à la fête. Elle en est repartie avec un cadeau historique : une médaille, la sixième de sa carrière aux Jeux olympiques, un sommet canadien pour les sports d’été, à égalité avec les patineuses Cindy Klassen et Clara Hughes (qui était aussi cycliste).

« C’est vraiment bizarre », a réagi Oleksiak, médaille de bronze au cou, au sujet de son nouveau fait d’armes. « C’est assurément fou. Je ne pense pas avoir eu le temps de le réaliser encore. Je ne pense pas que ça va arriver avant demain après-midi. »

Peu familière avec le 200 m libre, Oleksiak a « littéralement pensé perdre connaissance à cause de la nervosité ». Dans la chambre, elle s’est ressaisie en se rappelant qu’elle avait encore trois autres épreuves pour faire ce qu’elle aime le plus au monde, gagner des médailles.

Dure épreuve

La Torontoise de 21 ans ne s’est donc pas présentée sur le bloc sur la pointe des pieds. Elle a réalisé le meilleur départ des huit finalistes pour ensuite virer première après une longueur. Le ton était donné. Tandis que l’Australienne Titmus, future médaillée d’or, amorçait sa remontée, Oleksiak s’est accrochée à ses voisines de couloir, la Chinoise Yang Junxuan et la Hongkongaise Siobhan Haughey.

PHOTO ATTILA KISBENEDEK, AGENCE FRANCE-PRESSE

La Canadienne Penny Oleksiak, l'Australienne Ariarne Titmus et la Hongkongaise Siobhan Haughey

Quatrième avec 50 mètres à faire, la Canadienne a senti l’acide lactique lui tomber dans les jambes comme une chape de plomb.

« C’était assez évident. Au dernier virage, j’ai poussé et je n’ai réussi à faire que deux battements de jambes. J’ai eu à respirer à la première traction. Ça faisait vraiment mal. »

Sur les 25 derniers mètres, je respirais à chaque deux tractions. Chaque fois, je m’en voulais de respirer dans les 25 derniers mètres de la course !

Penelope Oleksiak

Tandis que l’Américaine Ledecky, plus grande nageuse de distance de l’histoire, bloquait un peu (5e), Oleksiak a pu revenir sur Yang pour toucher au mur en 1 min 54,70 s, un record personnel, mais à trois dixièmes de la marque nationale de Taylor Ruck.

Titmus (1 min 53,50 s) a gagné l’or et Haughey (1 min 53,92 s), l’argent. Épuisée, Oleksiak n’a à peu près pas réagi après avoir arrêté le chrono, lançant casque et lunettes sur le bord avant de se détacher les cheveux.

« J’ai touché le mur et j’ai vu la lumière à côté de mon nom, mais honnêtement, je m’en fichais ! J’étais juste : mes jambes me tuent en ce moment ! »

Sérieuse préparation

Sixième aux derniers Mondiaux de 2019, elle a gagné confiance en son 200 m libre en s’y consacrant sérieusement dans la dernière année.

« C’est une course vraiment dure, stratégique, dure à nager. Je voulais vraiment une médaille, mais je savais que ce serait une course très difficile. Toutes ces filles nagent en 1 min 53 s, 1 min 54 s. J’ai réussi mon meilleur temps [en séries] il y a deux jours en 1 min 55 s. »

Je savais que ça allait être toute une bagarre. J’étais juste contente d’en faire partie, j’imagine, aussi bizarre que ça puisse paraître.

Penelope Oleksiak

Sur le podium, elle a regardé Titmus, pour qui elle était émue. L’Australienne de 20 ans signait sa deuxième victoire des Jeux après celle au 400 m libre devant Ledecky. Trois quarts d’heure après cette finale, l’Américaine a replongé au 1500 m pour remporter, sans surprise, sa première médaille d’or à Tokyo.

« J’adore les Jeux olympiques, a souligné Oleksiak. Ils sont tellement le fun. Juste de savoir que toute la planète regarde, c’est complètement fou. »

Entièrement satisfaite de cette médaille de bronze, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le 100 m libre (demi-finales jeudi matin), dont elle est tenante du titre, et les relais 4 X 200 m libre (finales jeudi) et 4 X 100 m quatre nages sont encore à son programme.

« Jeudi après-midi, je vais probablement être dans le lit et absorber tout ça. » Ce sera alors le temps pour la Canadienne la plus décorée aux Jeux olympiques de perdre connaissance.

Les favoris affichent leurs couleurs

Le 100 m libre masculin (finale jeudi matin) s’annonce passionnant. L’Américain Caeleb Dressel a réussi le meilleur temps de la première vague demi-finale mercredi : 47,23 s. L’athlète du Comité olympique russe Kliment Kolesniko a répliqué dans la vague suivante avec 47,11 s, un record d’Europe, à deux dixièmes du record mondial de Cesar Cielo réalisé en combinaison en 2009. Sans surprise, aucun Canadien n’a atteint la finale, mais le jeune Josh Liendo, 14e, a poursuivi sa progression avec une marque personnelle de 48,19 s. Yuri Kisil a suivi en 48,31 s.