(Tokyo) Maude Charron n’a pu faire autrement que d’avoir une pensée pour Christine Girard quand elle a réalisé que la médaille d’or à la compétition d’haltérophilieétait à sa portée, mardi soir, au Forum International de Tokyo.

Marc Delbès La Presse Canadienne

La Rimouskoise a été couronnée championne olympique des Jeux de Tokyo dans la catégorie des 64 kg et elle a pu goûter à son moment de gloire sur le podium.

C’est un plaisir que Girard n’a pas connu puisque sa médaille d’or lui a été remise six ans plus tard à la suite de la disqualification pour dopage des deux haltérophiles qui avaient terminé devant elle.

« Quand je suis retournée derrière la scène alors que j’étais première, mais seulement d’un kilo, je ne voulais pas me mettre trop de pression, mais je me suis dit, ‘il faudrait bien que je gagne ça pour elle’. Il me semble qu’on est dû pour en gagner une en réel. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

La médaille d’or de Charron est aussi un peu beaucoup l’affaire de son entraîneur Jean-Patrick Millette, qui a élaboré la stratégie victorieuse. Ce dernier a comparé l’haltérophilie à une partie d’échecs et il a eu ce commentaire savoureux : « Les échecs c’est moi, les muscles c’est elle. »

Plus sérieusement, sa stratégie a porté ses fruits.

« L’objectif de Maude, c’était de réussir les barres, le mien était de la situer par rapport à la concurrence, a commenté Millette, encore tout fébrile au moment de rencontrer les journalistes. La compétition était plus relevée qu’on le pensait. Il a fallu faire quelques petites stratégies pour bluffer les autres. Et on a réussi. »

Certes, le premier épaulé-jeté raté à 128 kilos a fait peur au clan Charron, mais comme l’a bien souligné Millette, « personne n’est plus solide que Maude pour se relever ».

Elle a ensuite réussi la même charge à son deuxième essai et c’est à ce moment que Millette a su que la première marche du podium était en vue.

« On ne lui a pas dit parce que la compétition n’est pas finie tant qu’on n’a pas fait les six levers. »

Pour sa dernière barre à l’épaulé-jeté, Charron avait visé avant le début de la compétition de battre le record national de 134 kg.

« En ratant mon premier essai, c’était plus difficile d’y arriver. Quand Jean-Patrick m’a dit que mon dernier essai, c’était pour l’or, je lui ai demandé si c’était à 135 kg quand il m’a répondu, "non c’est 131 kg" j’ai dit parfait, c’est juste plus facile », a lancé Charron en riant.

Charron a finalement triomphé en totalisant 236 kg -105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté. Elle a devancé l’Italienne Giorgia Bordignon (232) et Chen Wen-Huei de Taïpei (230).

Un regret

Charron avait pour objectif d’offrir sa meilleure performance à Tokyo, peu importe le résultat.

« Venir ici, c’était déjà une victoire en soi. N’importe quel athlète rêve d’aller un jour aux Olympiques. Moi petite fille, j’ai changé de sport — elle a d’abord rêvé d’aller aux Jeux comme gymnaste. J’ai trouvé une autre façon d’y aller. Toute la semaine, je me disais, tu es gagnante, tu es une Olympienne, peu importe ce qui arrive dans la compétition. Ça m’a enlevé un gros stress. »

« Nous n’avons pas parlé de médaille pendant toute notre préparation, a pour sa part indiqué Millette. Nous savions ce qu’on pouvait faire, mais surtout il fallait réussir ce qu’on avait à réussir. On savait que si elle faisait ses barres, la médaille est une conséquence de sa performance.

« Maude est quelqu’un de très solide dans sa tête, très constante. Pour faire une analogie avec la boxe, elle est arrivée ici à 8-0. Ça veut dire qu’elle a fait huit compétitions internationales pour arriver ici, et elle a réussi ses objectifs à chaque fois. Elle offre la meilleure progression tous athlètes confondus en haltérophilie. »

Outre Girard, l’haltérophile de 28 ans avait également une pensée affectueuse pour Serge Chrétien, son entraîneur de la première heure qui l’a recrutée alors qu’elle faisait du CrossFit.

« Serge a écrit à mon coach quelques minutes avant le début de la compétition pour me transmettre le message qu’il y a quelqu’un qui te dit, en Gaspésie, travaille fort. C’était un peu son slogan à lui. Il y a un peu de lui dans cette médaille d’or. En fait, un peu de tous les entraîneurs qui m’ont aidé dans mon parcours. »

M. Chrétien lui a d’ailleurs écrit un beau poème sur le doute qui lui a servi d’inspiration.

Radieuse avec sa médaille d’or autour du cou, Charron avait toutefois un regret.

« Je suis super contente, mais en même temps un peu triste. J’aurais aimé que ma famille et mes amis soient ici avec moi. Je sais qu’ils ont suivi tout ça à distance. Veut, veut pas, c’est une petite déception. Mais ce sont des Jeux qui vont passer à l’histoire, les premiers en période de pandémie. »

Millette avait d’ailleurs un souhait à émettre.

« Cette médaille d’or marque l’histoire. C’est une belle succession après Christine. C’est la preuve que nos filles au Canada sont capables. J’espère qu’il va y avoir plusieurs petites filles au Canada qui vont avoir regardé ça et qui vont avoir envie d’essayer. Et soyez assurés que je vais être là pour les entraîner. »