(Oyama) Derrière le médaillé d’or Richard Carapaz, le Canadien Michael Woods est venu bien près de réaliser son ambition de monter sur le podium aux Jeux olympiques de Tokyo, se classant cinquième d’une course très sélective.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Visage barbouillé de noir, Guillaume Boivin a enjambé la clôture pour féliciter Michael Woods, qui répondait aux questions de quatre journalistes canadiens.

« F… », a regretté Woods en acceptant l’accolade de son coéquipier. « On est dans le coup, man », a répliqué le Québécois.

Quelques minutes plus tôt, à 100 m du fil d’arrivée sur le circuit Fuji Speedway, Woods avait tout donné pour décrocher le cinquième rang de la course sur route des Jeux olympiques de Tokyo, en fin d’après-midi samedi.

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Michael Woods (à gauche) lors du sprint final

Voyez l’arrivée au sprint

L’athlète d’Ottawa faisait partie d’un groupe de huit coureurs qui se battaient pour l’argent et le bronze. Une minute plus tôt, l’Équatorien Richard Carapaz avait traversé la ligne fin seul après s’être débarrassé du jeune Américain Brandon McNulty (6e).

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Richard Carapaz

À ce moment-là, Woods n’avait pratiquement plus aucune chance de monter sur le podium, son grand objectif sportif de 2021.

À l’ombre du mont Fuji, caché par des nuages toute la journée, le grimpeur canadien a tenté sa chance chaque fois que la route s’élevait le moindrement. Ça n’a jamais tout à fait fonctionné.

Je n’ai aucun regret. Je ne suis donc pas déçu. J’ai fait tout ce que je pouvais. Cinquième, ce n’est pas mauvais. Mon but était une médaille. J’ai dit à mes amis que si j’avais la meilleure course de ma vie, je pouvais être dans le top 5. Et que si j’avais de la chance, je pouvais gagner une médaille. Je n’ai pas vraiment eu de chance, mais j’ai bien couru.

Michael Woods

Bien positionné par Boivin à l’avant-dernier passage sur la ligne, il a tout tenté dans le col de Mikuni, la pente la plus raide du parcours, dont le sommet était à moins de 20 km du finish. Le Canadien s’est détaché avec Tadej Pogačar, double vainqueur du Tour de France, et McNulty (6e), révélation de cette épreuve.

Mais un ogre du nom de Wout van Aert n’allait pas les laisser filer comme ça. Grand épouvantail de cette course avec Pogačar, le Belge s’est appliqué à boucher la majorité des écarts créés par ses adversaires. À part le Britannique Geraint Thomas, qui s’est encore abîmé sur une chute, les autres favoris étaient presque tous là : Bauke Mollema, David Gaudu, Adam Yates, Rigoberto Urán, Maximilian Schachmann.

Van Aert a joué son sprint à la perfection pour remporter la médaille d’argent, devançant d’une jante Pogačar, très heureux de cueillir le bronze après son maillot jaune parisien de dimanche dernier.

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De gauche à droite : Wout van Aert, Richard Carapaz et Tadej Pogačar sur le podium

« Je suis fier de ma course, a dit Woods. J’étais un des meilleurs grimpeurs. J’attaquais avec tout ce que je pouvais. Malheureusement, ce n’était pas ma journée. Je n’étais pas capable de gagner un sprint contre Wout van Aert. J’ai donc essayé d’attaquer plusieurs fois dans les dernières côtes, mais je n’étais pas capable d’éviter tout le monde. »

Comme il se doit, le cycliste de 34 ans a souligné la contribution de Boivin et d’Hugo Houle, qui se sont fait un point d’honneur de compléter les 234 km de l’épreuve disputée dans la touffeur et l’humidité. « Chaussettes de glace » et fluides régénérateurs n’ont jamais été aussi populaires.

« En haut de la montée du mont Fuji, c’est comme si on avait pris notre douche », a illustré Houle.

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Hugo Houle

Les deux Québécois ont été particulièrement utiles quand une chaussure de leur meneur a été endommagée dans l’incident qui a envoyé au sol Thomas et son compatriote Tao Geoghegan. Woods a évité la chute « de justesse », mais la roulette de serrage de son soulier a été esquintée quand l’Italien Giulio Ciccone l’a frôlé.

Le grimpeur canadien a dû procéder à deux changements de chaussures en plein mouvement, le temps de procéder à la réparation dans la voiture pilotée par le directeur sportif Steve Bauer.

Seul médaillé canadien à la course sur route masculine aux JO – argent à Los Angeles en 1984 –, Bauer ne cachait pas son admiration devant les efforts de Woods sur un parcours aussi exigeant et au sein d’un groupe aussi relevé.

« Dans le final, tu essaies évidemment de gagner une médaille, mais bien avant cela, dans la montée, il était dans les attaques, dans la chasse, dans les contre-attaques, a-t-il énuméré. Michael était toujours présent. Il a couru comme un gagnant, pas comme quelqu’un qui voulait finir deuxième. »

Aujourd’hui, [Woods] était avec les meilleurs. Sur ce parcours, sur ce terrain, avec ce niveau athlétique, il a fait un super effort.

Steve Bauer, directeur sportif de l’équipe canadienne, à propos de Michael Woods

Boivin, qui a terminé au 65rang, n’avait que de l’admiration pour son ami, dont la femme attend le troisième enfant du couple, un garçon qui sera prénommé Willy, dans les prochaines heures en Andorre. Le premier est mort à la naissance en 2018.

« Rien ne le dérange, a souligné Boivin. C’est un gars très spécial. Sur le vélo, il est évidemment talentueux et doué. Mais il est aussi très fort mentalement. »

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Guillaume Boivin

Houle (85e et dernier classé) lui a aussi tiré son chapeau : « Honnêtement, on n’a pas à être déçus. Il était venu pour une médaille, on ne se le cachera pas, mais compte tenu du nom des coureurs devant lui, il a fait une très belle course. »

Woods a révélé que sa femme, Ella, était « dilatée à quatre centimètres » et qu’un accouchement provoqué était prévu mardi. « Je rentre lundi, j’espère que le bébé m’attendra… »

Dans quelques années, il aura une belle histoire à lui raconter. La fois où papa s’est élevé parmi les grands, sur les pentes du mont Fuji.