Le trampoliniste de 20 ans avait fait le voyage au Japon dans l’espoir de participer à ses premiers JO

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

(Tokyo) Jérémy Chartier caressait un espoir un peu fou : être le tout dernier athlète choisi pour les Jeux olympiques de Tokyo. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) en a décidé autrement.

Convaincu qu’il méritait sa place dans la compétition de trampoline, réservée à un groupe sélect de 16 athlètes, Chartier a vu son rêve s’effondrer en plein milieu de la cérémonie d’ouverture, vendredi soir.

« C’est étrange parce que ça ne peut pas être un choc comme si ça venait de nulle part », a indiqué le trampoliniste quelques minutes après avoir appris la mauvaise nouvelle. « C’est sûr que c’était une immense possibilité. Ça reste choquant. »

Je ne sais pas comment réagir. Je suis juste, disons, fâché. En fait, je suis plus déçu.

Jérémy Chartier

Le Montréalais de 20 ans était à Yokkaichi, à cinq heures de route à l’ouest de Tokyo, où l’équipe canadienne de gymnastique s’est installée pour son stage préparatoire, il y a une dizaine de jours.

Chartier s’était joint au groupe en attendant le résultat d’un appel commun de Gymnastique Canada et du Comité olympique canadien devant le TAS, qui a reçu des plaidoyers écrits. Les deux organisations contestaient la décision de la Fédération internationale de gymnastique (FIG) d’accorder l’une des deux dernières places disponibles au champion panaméricain Angel Hernandez, de la Colombie.

Relégué

Selon l’interprétation canadienne, le trampoliniste québécois aurait dû obtenir un laissez-passer olympique en vertu de sa 14place au classement de Coupes du monde choisies depuis 2019.

Le champion mondial par groupes d’âge en 2016 et 2017 s’explique mal comment il a pu être relégué au 17rang.

« Le problème, c’est qu’on ne peut se fier à personne, a-t-il déploré. Sérieusement, j’ai l’impression que personne ne les a comprises, les règles. De la manière dont c’était écrit, c’était interprétable de plusieurs façons. La FIG les a lues d’une manière différente de la nôtre. […] Selon nous, elles ont été mal interprétées, mal exécutées. »

Regrettant ce qu’il considère comme « une injustice », Chartier ne remet pas en cause sa décision de voyager plus de 30 heures jusqu’au Japon dans l’espoir de disputer ses premiers JO.

Sent-il qu’il avait sa place dans le groupe des 16 ?

Sincèrement, si j’étais allé aux Jeux, je me serais senti comme un imposteur, c’est sûr et certain. Mais je sais que je suis relativement de calibre.

Jérémy Chartier

« J’ai réussi à être quand même constant durant toutes les Coupes du monde. Je n’ai vraiment pas fait mes meilleures performances, mais j’ai quand même démontré de la constance. Je pense qu’au minimum, j’ai mis mon nom sur la mappe. »

Préoccupation sanitaire

Médaillé d’or aux Jeux panaméricains de Lima, en 2019, Chartier n’a pu se rendre au Brésil pour disputer les championnats continentaux. Jugeant la situation sanitaire et hospitalière préoccupante, la fédération canadienne avait choisi de ne pas déléguer d’athlètes. L’incapacité d’assurer ses représentants était un facteur central dans la décision. Avant l’annonce du jugement du TAS, Chartier affirmait qu’il ne regrettait pas cette situation, conscient des risques auxquels il s’exposait.

Pour l’heure, il poursuivra l’entraînement à Yokkaichi avec ses coéquipières habituelles, Sarah Millette et Sophiane Méthot, qui agiraient à titre de substituts si la double championne olympique Rosie MacLennan ou Samantha Smith ne pouvaient s’aligner dans la capitale japonaise.

PHOTO FOURNIE PAR JÉRÉMY CHARTIER

Le trampoliniste Jérémy Chartier aux Championnats du monde par groupes d’âge, en 2017

Chartier attend toujours de savoir si la FIG l’autorisera à jouer ce rôle auprès des 16 compétiteurs masculins en lice. Il aurait alors le même statut que la planchiste Annie Guglia, qui devait partir de Montréal vendredi pour servir de remplaçante à l’épreuve de parcours de rue en skateboard.

En dépit de son jeune âge, Chartier refusait de se projeter jusqu’aux JO de Paris en 2024. « En ce moment, mon esprit est très ennuagé. Ça va prendre une pause de tout ça. Franchement, le choc est trop récent pour commencer à penser à dans quelques années. »

Il a suivi une partie de la cérémonie d’ouverture avant de se réfugier dans sa chambre. « Je ne suis plus vraiment dans l’ambiance ou le mood. »