En 2008, le Québécois Carl-Olivier Bone a pris part à ses premiers Jeux olympiques en voile. Treize ans plus tard, à l’âge de 40 ans et après avoir traversé une longue dépression, il est de retour sur son voilier et naviguera sur les eaux de Tokyo.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Si beaucoup de parents québécois inscrivent leurs enfants au hockey ou au soccer, ceux de Carl-Olivier Bone, eux, ont plutôt décidé de l’inscrire à la voile, au Club de yacht de Beaconsfield, à Montréal.

« Au début, je n’ai pas trop aimé ça, raconte le principal intéressé. Je voulais arrêter pour être juste avec mes amis d’école, mais mes parents ne m’ont pas laissé lâcher. »

À l’âge de 14 ans, quand il a commencé à faire de la compétition, celui que tout le monde appelle Oliver depuis qu’il est jeune est tombé amoureux du sport, se souvient-il. Il aimait la combinaison entre l’effort physique et celui, mental, de « jouer aux échecs sur l’eau, contre les autres bateaux ».

Au fil des années, le jeune Oliver s’est perfectionné dans le sport jusqu’à prendre part à ses premiers Jeux olympiques en 2008, à Pékin. Là-bas, il a terminé en 29e et dernière place de l’épreuve 470 hommes.

« En tant qu’athlète, ce n’était pas une très belle expérience, mais comme personne, c’était incroyable », relate-t-il.

PHOTO FOURNIE PAR VOILE CANADA

Carl-Olivier Bone

À son retour au Québec, il a appris qu’il souffrait d’une dépression.

« C’était un problème que j’avais depuis longtemps, raconte-t-il. La casserole a débordé. C’est après les Jeux olympiques que ça a vraiment tapé fort. »

Difficulté à se lever le matin, à manger, à vivre… Bone a décidé de prendre sa retraite de la voile en 2011, au moment où la dépression était à son plus fort.

« Il n’y a pas de joie, relate-t-il. Ce sont des pensées noires. Ce sont des difficultés à être avec des amis, à travailler, tout ça… »

Avec l’aide de ses parents, de ses amis, de son médecin de famille et d’un psychologue, le natif de Beaconsfield a réussi à s’en sortir. En 2017, il allait mieux, dit-il. Aujourd’hui, l’athlète accepte de parler ouvertement de cette période de sa vie. Pour aider ceux qui sont affectés par des problèmes de santé mentale.

« C’est toujours un sujet tabou, déplore-t-il. Même avec la journée de Bell cause… Tout le monde dit : “Viens me parler si tu as un problème, je vais t’aider !” Le lendemain, il n’y a plus de discussion. On ne ferait jamais ça avec d’autres maladies.

« Il faut aussi en parler parce qu’on n’a pas d’aide du gouvernement. On a de l’aide si on se casse le bras. On va voir le docteur, on se fait guérir. Mais si le cerveau est cassé, c’est à toi de trouver de l’aide. C’est toi qui es fou, c’est ton problème. »

Le retour

La voile aura aussi eu son rôle à jouer dans la guérison d’Oliver Bone. Pendant sa dépression, il s’est lancé dans le coaching. En fait, ce n’est pas tant le sport que les gens qu’il côtoyait qui l’auront aidé.

« Il y avait de la passion pour la vie, dit-il. Ce n’est pas nécessairement le sport, mais c’était de voir des gens être passionnés par ce qu’ils faisaient. »

Pendant des années, Bone a travaillé avec différents équipages, dont celui de Jacob et Graeme Saunders. Il a entraîné le duo jusqu’aux Jeux olympiques de Rio, en 2016, sans toutefois les y accompagner. Puis, tranquillement, le goût de la compétition lui est revenu.

À l’été 2019, il a proposé à son ancien élève Jacob Saunders de faire équipe avec lui. Ensemble, ils tenteraient de se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo – à peine un an avant leur tenue !

Je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ? Le pire qu’il arrive, c’est qu’on a dépensé un peu d’argent, on s’est amusés, on a vu de vieux amis et on a fait de la compétition à un haut niveau. Ce n’est pas un mauvais résultat. Le mieux : on va aux Jeux olympiques.

Oliver Bone

Contre toute attente, le duo a réussi à se qualifier grâce à une bonne performance à la Coupe du monde de Miami, en janvier 2020. Ainsi, à l’âge de 40 ans, Oliver Bone représentera de nouveau le Canada aux Jeux olympiques. Quand on dit que l’âge n’a pas d’importance !

« Je suis excité ! », lance celui qui habite désormais à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

La participation

Oliver Bone et Jacob Saunders se sont qualifiés pour les Jeux olympiques seulement six mois avant l’évènement, qui devait avoir lieu en juillet 2020.

Puis est arrivée la pandémie. Ils ont donc eu plus de temps que prévu pour se préparer, mais avec le confinement et les mesures de santé publique, ils n’en auront pas eu de facile. En raison des règles sanitaires, Bone a dû déménager d’Halifax à Chester afin de pouvoir s’entraîner avec son partenaire.

« J’ai toujours mon appartement à Halifax, explique le Québécois. Les parents de Jacob avaient un petit appartement dans le sous-sol. Mon chien et moi, on s’est relocalisés. On est ici pour s’entraîner. »

Les deux hommes aimeraient évidemment bien performer dans la capitale japonaise, mais leur objectif est avant tout d’avoir du plaisir. Surtout qu’ils n’auront pas eu autant de temps que leurs adversaires pour se préparer.

Si on finit premiers, excellent. Si on finit derniers, excellent. On y va pour faire de notre mieux avec le temps qu’on a et on va voir ce que ça donne comme résultat.

Oliver Bone

À Tokyo, comme c’était le cas à Miami, Oliver Bone et Jacob Saunders utiliseront un bateau qui leur est prêté par le duo américain composé de Stu McNay et de David Hughes.

« C’est vraiment grâce à eux qu’on peut tout faire ça, lance-t-il. Moi, je ne pourrais pas acheter un bateau et l’équipement. »

Ni jouer aux échecs sur les eaux de Tokyo.