Après Mark Spitz, Matt Biondi et Michael Phelps, la natation américaine espère avoir trouvé son nouveau monarque : Caeleb Dressel.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Le nageur de 24 ans, déjà double champion olympique en 2016 à Rio (en relais), pourrait s’imposer dans six ou même sept épreuves à Tokyo, un exploit qu’il a déjà réalisé aux Mondiaux de 2017.

Maintenant âgé de 35 ans, Phelps ne sera pas des Jeux pour la première fois depuis 1996 et plusieurs autres vétérans – Ryan Lochte, Anthony Ervin et Nathan Adrian – ont aussi tiré leur révérence. C’est donc sur les épaules de Dressel que repose la tâche de mener une équipe américaine particulièrement jeune, avec pas moins de 11 nageurs de moins de 20 ans.

Avec sa compatriote Katie Ledecky, le spécialiste des sprints est le seul véritable candidat à une récolte de médailles parmi les Américains. Et l’absence de profondeur du côté masculin pourrait lui compliquer la tâche dans les relais.

« Le départ des vétérans laisse un vide immense, c’est évident, a reconnu le spécialiste des sprints. Nous allons tous devoir apprendre vite et tenter d’en faire un peu plus chacun.

« Et les prédictions me concernant ne me dérangent pas. Je comprends l’intérêt des amateurs pour ma carrière, mes performances, celles de mes coéquipiers, et j’apprécie le soutien du public lors des compétitions. »

Pour moi, le plus important est de nager plus vite. Tout ce qui ne m’aide pas à nager plus vite est sans intérêt.

Caeleb Dressel

Et il nage vite.

Depuis deux ans, Dressel a enregistré les temps les plus rapides dans ses trois disciplines de prédilection, le 50 m et le 100 m style libre et le 100 m papillon. À Tokyo, il pourrait aussi prendre part au 200 m style libre, en plus des relais.

Le Floridien est le seul nageur actif ayant franchi la barre des 47 secondes (46,96 s) au 100 m libre, à seulement 0,05 s du record établi par le Français Alain Bernard et égalé par le Brésilien Cesar Cielo, à l’époque des maillots complets qui ont été interdits depuis.

Et il a frappé un grand coup, au début du mois de juillet, lors des sélections américaines à Omaha, en réussissant le meilleur temps de l’année au 50 m libre, 21,29 s, le samedi matin en manche préliminaire. Le lendemain soir, en finale, il est descendu à 20,05 s, montrant de façon éclatante qu’il avait les moyens de s’attaquer à plusieurs records du monde à Tokyo.

« J’aime choisir mes moments », a-t-il raconté après sa victoire au 100 m libre, sa première des sélections.

« J’étais très excité et il y avait beaucoup d’émotions emballées dans cette performance. Tous les combats, les efforts que nous avons dû faire pendant la pandémie et les quarantaines, les difficultés à trouver des piscines pour s’entraîner. C’était plus qu’une simple course. »

Celui qui a déjà arboré un tatouage représentant un immense aigle et un drapeau américain sur son épaule gauche – remplacés depuis par une créature mythique – a connu une progression inhabituelle, un peu en marge des autres nageurs d’élite. Ce n’est qu’à l’Université de la Floride qu’il est devenu une vedette.

En 2012, à 15 ans, il était lui-même dans les gradins du CHI Center à Omaha pour suivre les sélections américaines pour les Jeux de Londres et encourager Phelps et ses idoles.

« Je n’oublierai jamais avoir été un ado de 15 ans dans ces gradins, a-t-il rappelé à la foule après sa victoire au 50 m libre. En ce moment, d’autres ados de 15 ans sont là et ils pensent peut-être : “La prochaine fois, je vais battre ce punk.” S’il vous plaît, faites-le ! Je n’ai pas envie de nager toute ma vie. »

Ses exploits

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Caeleb Dressel aux sélections américaines en juin dernier

– Double médaillé d’or aux Jeux de Rio (relais 4 x 100 m libre, relais 4 x 100 m quatre nages).

– 12 médailles d’or et deux médailles d’argent aux Mondiaux de 2017 et 2019.

– Ses sept titres aux Mondiaux de 2017 à Budapest égalaient un record de Michael Phelps.

– Détenteur de quatre records du monde – 100 m papillon (bassin long et bassin court), 50 m libre (bassin court), 100 m quatre nages (bassin court).

Ses ambitions olympiques

PHOTO JEFF ROBERSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Caeleb Dressel sera le favori de l’épreuve de 100 m papillon.

Détenteur du record de monde du 100 m papillon, Dressel sera le grandissime favori de cette épreuve à Tokyo. Sa tâche s’annonce plus compliquée en style libre, même s’il a été le plus rapide cette année aussi bien sur 50 m que sur 100 m. Ces courses sont tellement courtes, tellement disputées, qu’elles se jouent souvent à la photo d’arrivée. Bien qu’il n’ait pas pris part à la finale des sélections américaines, Dressel devrait aussi participer aux trois relais masculins et au relais mixte. Sur papier, il pourrait donc s’approcher des records de Phelps (huit médailles d’or à Pékin), mais devra compter sur l’appui de ses équipiers.

Ses rivaux

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Cody Simpson

L’Australien Kyle Chalmers, champion du 100 m libre à Rio, devrait être le principal adversaire de Dressel dans l’épreuve phare de la natation. L’Américain s’était imposé de justesse aux Mondiaux de 2019. Bien rétabli après une intervention chirurgicale à une épaule, Chalmers a dominé les sélections australiennes et sera le meneur d’une équipe qui entend bien bousculer les Américains. Sur 50 m, la liste des prétendants est plus longue, mais le Français Florent Manaudou devrait être sur le podium.