Le judoka français pourrait devenir à Tokyo le premier triple champion olympique chez les poids lourds

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Aucun athlète n’a été aussi dominant que le judoka français Teddy Riner au cours des 10 dernières années. Invaincu entre septembre 2010 et février 2020, une période au cours de laquelle il a remporté 154 victoires et notamment 2 titres olympiques et 8 championnats du monde, ce colosse de 150 kg reste peu connu à l’extérieur de la France.

Chez lui, il est toutefois une immense vedette. Natif de la Guadeloupe, élevé à Paris, il raconte être venu au judo pour canaliser son agressivité. Révélé en 2007 quand il a remporté les mondiaux à Rio de Janeiro, à tout juste 18 ans, Riner a « détrôné » son compatriote David Douillet, une autre légende du judo.

Son palmarès exceptionnel, son physique imposant et sa personnalité attachante font de lui un favori des médias et des commanditaires.

Derrière ses airs d’ourson débonnaire – on le surnomme Teddy Bear –, Riner est un ogre. Il aime intimider ses rivaux et n’hésite jamais à les écraser sur les tatamis. Le Français n’a subi que deux défaites en carrière dans les compétitions internationales.

La deuxième en février 2020 au Grand Prix de Paris face au Japonais Kokoro Kageura, à quelques mois des Jeux de Tokyo, a évidemment été un véritable choc, mais l’arrivée de la pandémie est venue bouleverser tous les plans. De retour à la compétition en janvier au Masters de Doha, Riner a montré qu’il fallait à nouveau compter sur lui en s’imposant en finale devant le Russe Inal Tasoev, numéro 3 mondial.

Interrogé par les médias français sur la fin de son « invincibilité », le champion s’est expliqué.

Si je suis honnête, il y a quand même une part de soulagement. Ce qui m’intéresse, ce sont les trois titres olympiques. J’ai perdu un combat, je me suis remis au boulot.

Teddy Riner

Plus compliqué, il a maintenant 32 ans et le report des Jeux a beaucoup retardé sa préparation. À 2,04 m (6 pi 8 po), il a tendance à prendre du poids rapidement et le confinement en famille – avec sa femme Luthna et leurs deux jeunes enfants, Eden et Isis – n’a pas facilité les choses.

Depuis quelques mois toutefois, Luthna veille au grain, et, après la victoire de Doha, Teddy a multiplié les camps avec les meilleurs judokas français. En entrevue à la télé française, il a expliqué : « Tout est programmé pour le jour J. Avec le report d’un an, ça fait un moment qu’on essaie de tenir, de garder la forme, le poids, la condition physique et son meilleur judo. C’est une plus grande course contre la montre, mais la finalité est tellement belle qu’on est prêt à tout pour aller chercher cette belle médaille.

« Avoir la chance de pouvoir aller aux Jeux olympiques, c’est déjà extraordinaire. Avec ou sans famille présente, il va falloir réaliser cet objectif et l’objectif est très clair : gagner l’or, le ramener à la maison et ensuite, seulement ensuite, profiter.

« Ce sont mes quatrièmes Jeux olympiques, je connais déjà l’esprit des Jeux, c’est quelque chose à vivre quoi qu’il arrive. Même si c’est différent, il y aura quand même de l’ambiance dans le village olympique et de belles histoires. On aura le temps plus tard, quand tout sera à nouveau calme, de pouvoir fêter comme il se doit les médailles. »

Ses exploits

PHOTO THOMAS COEX, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Teddy Riner à l’entraînement à Paris

  • Champion olympique des +100 kg à Londres (2012) et Rio (2016), médaillé de bronze à Pékin (2008)
  • Huit fois champion du monde (2007, 2009, 2010, 2011, 2013, 2014, 2015, 2017)
  • Cinq fois champion d’Europe, quatre titres en Masters, six titres en Grand Chelem, six titres en Grand Prix
  • Officier de l’Ordre national du mérite (2016), chevalier de la Légion d’honneur (2013)

Ses ambitions olympiques

PHOTO THOMAS COEX, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« Tokyo, c’est pour l’histoire de mon sport », affirme Teddy Riner.

Personne n’a remporté trois titres olympiques chez les poids lourds et Teddy Riner serait seulement le deuxième judoka à réussir l’exploit après le Japonais Tadahiro Nomura, champion chez les super-légers (moins de 60 kg) en 1996, 2000 et 2004. Le Français est conscient de l’enjeu. « Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu autant faim, a-t-il raconté en entrevue à Europe 1. Tokyo, c’est pour l’histoire de mon sport, c’est une belle aventure. Ramener la médaille, ça serait extraordinaire pour moi. Et puis, terminer ma carrière de sportif de haut niveau à Paris [aux Jeux de 2024], ce serait l’apothéose. Mais chaque chose en son temps. »

Ses rivaux

PHOTO ATTILA KISBENEDEK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Tamerlan Bashaev et Kokoro Kageura

Curieusement, Riner n’aura pas à affronter Kokoro Kageura, celui qui a mis fin à ses 10 ans d’invincibilité en 2020. Le Japonais, troisième mondial, a raté sa sélection au profit de son compatriote Hisayoshi Harasawa, deuxième mondial. Ce dernier est toutefois champion du monde en titre et devrait s’avérer un redoutable concurrent, tout comme le Russe Tamerlan Bashaev, premier mondial.