L’Américaine Simone Biles est la grande favorite pour le titre individuel en gymnastique et pourrait devenir la première athlète en 50 ans à défendre son titre.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Championne olympique à Rio, l’Américaine Simone Biles tente à 24 ans de devenir la première gymnaste à défendre son titre dans le concours complet individuel depuis la grande Věra Čáslavská en 1968.

Et ce n’est rien de moins qu’une place dans l’histoire de son sport qu’elle a en tête. Il y a quelques semaines, en route vers son septième titre aux Championnats américains (un record), elle portait un justaucorps orné d’une petite chèvre en strass, bien en vue, une référence au titre de « meilleure de tous les temps » (greatest of all times, ou GOAT, en anglais).

C’est d’ailleurs cette jeune Afro-Américaine souriante et déterminée que le réseau NBC a choisie pour être son « visage » des Jeux de Tokyo. Le diffuseur des Jeux aux États-Unis a investi plus de 1 milliard de dollars dans l’aventure, et ses dirigeants misent beaucoup sur Biles pour maximiser ses revenus publicitaires, la gymnastique étant traditionnellement l’un des sports les plus suivis pendant les Jeux d’été.

La gymnastique américaine se relève toutefois lentement du terrible scandale des sévices sexuels perpétrés notamment par l’ancien médecin de l’équipe nationale féminine Larry Nassar. Biles a été l’une des dizaines de gymnastes de haut niveau qui ont été victimes de ces agressions et de la négligence de la Fédération américaine.

« Tout ce que j’ai traversé avec la Fédération, retrouver l’amour du sport, être simplement Simone, cela a été un long chemin », a rappelé la championne après les sélections américaines, en juin. « Cinq ans plus tard, je retourne aux Jeux. Je suis vieille, j’ai l’impression d’avoir acquis beaucoup de sagesse au cours des dernières années et je veux juste que tout le monde reste calme et posé. »

Maintenant entraînée par les Français Cécile et Laurent Landi, cette « vieille âme » est aussi une formidable compétitrice. Invaincue au concours général depuis 2013, elle accumule les titres, mais aussi les exploits techniques. Des sauts et des figures portent déjà son nom, et elle en ajoute encore. Le 21 mai dernier, la gymnaste a réussi un saut inédit en compétition féminine, une variation d’un Yurchenko (double salto arrière en position carpée), que seuls quelques hommes avaient réussi avant elle.

Et ses exploits ne se limitent pas au sport.

Son parcours exceptionnel et sa personnalité flamboyante ont fait d’elle un exemple et une porte-parole pour les femmes de sa génération. En entrevue avec le quotidien USA Today, elle déclarait récemment : « C’est important de montrer aux femmes, particulièrement aux jeunes Afro-Américaines, que c’est OK de dire : “Oui, je suis bonne !”, “Oui, je peux réussir !” On ne voit que des hommes agir de cette façon, et ils sont admirés pour cela, alors que les femmes sont dénigrées si elles le font. »

Je crois que c’est bien et important de le dire, car lorsqu’une femme se rend compte qu’elle est bonne et confiante dans ce qu’elle fait, elle devient encore meilleure et peut réaliser des choses encore plus grandes.

Simone Biles

À 24 ans, Biles sera la gymnaste américaine la plus âgée à prendre part à des Jeux depuis 2004. À Tokyo, elle sera entourée d’adolescentes. Même si sa prestation était très imparfaite à la fin de juin aux sélections américaines, elle reste la grande favorite pour gagner au moins deux médailles d’or, dans le concours général et en équipe.

« Les Jeux de Rio se sont déroulés un peu dans un “brouillard” pour moi, tout est allé très vite, et je n’ai pas vraiment vécu l’expérience olympique. Cette fois, je veux vivre et apprécier chaque moment des Jeux. »

Et ses admirateurs devront aussi en profiter puisque, après cinq années de préparation exigeante, aussi bien en gymnase qu’à l’extérieur, Biles a laissé entendre qu’elle pourrait bientôt rendre sa retraite sportive.

Ses exploits

PHOTO WOLFGANG RATTAY, ARCHIVES REUTERS

Simon Biles aux Championnats du monde de gymnastique artistique à Stuttgart, en Allemagne, en octobre 2019

– Quatre titres olympiques (concours général, équipe, sol, saut, Rio 2016)

– Devenue en 2019 la gymnaste la plus médaillée de l’histoire en championnat du monde (hommes et femmes confondus), avec 19 titres (5 au concours général) en 25 podiums

– Sept titres aux championnats américains

Ses ambitions olympiques

PHOTO GRACE HOLLARS, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Simon Biles en action aux sélections américaines de gymnastique à St. Louis, en juin dernier

Seulement deux gymnastes, la Russe Larissa Latynina (1956-1960) et la Tchèque Věra Čáslavská (1964-1968) ont remporté deux titres olympiques consécutifs au concours général. Biles pourrait y prendre part à Tokyo. L’Américaine pourrait aussi approcher le record de neuf médailles d’or. Elle en possède déjà quatre, et six autres sont en jeu. En plus du concours général et de la compétition en équipe (les Américaines ont gagné en 2012 et en 2016), Biles devrait bien faire au saut et au sol. Il reste à trouver un autre appareil… Bien qu’elle ait évoqué la retraite, la gymnaste de 24 ans a raconté récemment que ses entraîneurs français l’encourageaient à poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux de 2024, à Paris, en se limitant à un rôle de spécialiste.

Ses rivales

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La Canadienne Ellie Black

Dominatrice depuis huit ans dans le concours général, Biles prend de l’âge et devra éviter les erreurs. En principe, ses principales rivales devraient être la Chinoise Tang Xijing, la Russe Angelina Melnikova et la Canadienne Ellie Black, qui avaient pris les deuxième, troisième et quatrième places aux Mondiaux de 2019, derrière elle. Sa compatriote Sunisa Lee, deuxième des sélections américaines, pourrait aussi se mêler à la lutte pour le podium.