La plongeuse Meaghan Benfeito était loin de s’imaginer le parcours qui l’attendait quand, avec sa partenaire Roseline Filion, elle s’est soudainement retrouvée sous le feu des projecteurs aux championnats du monde des sports aquatiques à Montréal en 2005.

Marc Delbès La Presse Canadienne

Seize ans plus tard, la vétérane de l’équipe canadienne de plongeon, qui se prépare à vivre ses quatrièmes Jeux olympiques, à Tokyo, avoue que la médaille de bronze acquise à la tour de 10 m synchro de cet évènement a marqué un tournant pour elle.

« Roseline et moi, nous sommes entrées dans la compétition sans savoir à quoi nous attendre, se remémore-t-elle. Nous étions toutes jeunes — elle avait 16 ans, et Filion 18 ans. C’était nos premiers championnats du monde. On ne s’attendait pas à grand-chose, surtout pas à gagner une médaille.

« Je pense que c’est là que je me suis dit : “Je suis peut-être bonne, j’ai peut-être une carrière dans le plongeon”, ajoute-t-elle en riant de bon de cœur. À partir de ce moment-là, je n’ai jamais baissé les bras. J’ai toujours travaillé plus fort pour atteindre mes objectifs. C’est pour ça que je suis encore là aujourd’hui. »

Quand elle décrit les qualités de sa bonne amie, Filion parle notamment de sa « très grande force de caractère et de sa passion pour son sport ».

N’empêche que la carrière de la triple médaillée olympique n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Au début de 2017, à la suite de la retraite de Filion, elle a vécu une sorte de deuil qui l’a amenée à se remettre en question.

« J’ai beaucoup pleuré, j’ai perdu ma zone de confort, avoue-t-elle. Ç’a été difficile de perdre la personne avec qui je m’entraînais tous les jours depuis une douzaine d’années, celle qui était devenue comme mon autre moitié, la personne avec laquelle je parlais le plus, à qui je pouvais dire n’importe quoi et qui n’allait pas me juger. »

Réunie à l’Albertaine Caeli McKay, de 10 ans sa cadette, pour poursuivre la compétition en synchro, Benfeito avoue qu’il lui a fallu une période d’adaptation pour créer une nouvelle complicité avec sa coéquipière.

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Caeli McKay et Meaghan Benfeito

« J’avais mis ça au clair dès le départ avec Caeli que je ne la comparerai pas à Roseline. Mais il fallait mettre le temps nécessaire pour créer notre propre relation. Il reste que je ne pouvais pas avoir les mêmes conversations, car nous n’avons pas vécu les mêmes affaires », explique Benfeito.

« Ç’a été difficile, mais dès que nous avons eu cette conversation, un ou deux mois avant les Championnats du monde de 2017, nous avons développé une complicité incroyable. Caeli me permet de m’améliorer, elle est plus grande, elle saute plus haut que moi, donc ça me permet de travailler encore plus fort », ajoute-t-elle.

Après avoir raté leur première occasion d’assurer la place du Canada aux Jeux de Tokyo à la tour de 10 m synchro en terminant au pied du podium aux Championnats du monde de 2019 en Corée du Sud, la pandémie de COVID-19 est venue brouiller les cartes pour les deux plongeuses.

Il leur aura finalement fallu patienter presque 22 mois pour qu’elles confirment la place du Canada à cette épreuve. Et elles l’ont fait de belle façon en remportant la Coupe du monde disputée à Tokyo, début mai, en l’absence des Chinoises.

Le défi, les Chinoises

Double médaillée de bronze à Rio, Benfeito n’avait pas envisagé au départ de compléter tout un autre cycle olympique.

« Je pensais en avoir fini en 2016, mais je suis encore là et heureuse de l’être », dit-elle.

« Il y a des journées où je me dis que j’aurais dû tourner la page. Mais en même temps, il y a encore des choses que je veux accomplir, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai continué », poursuit-elle.

Et elle évalue qu’elle s’est beaucoup améliorée depuis Rio, notamment au niveau de la constance de ses plongeons.

« Je m’en voudrais d’avoir abandonné et de ne pas avoir été jusqu’au bout. Est-ce que je peux faire mieux à Tokyo ? Je pense que oui. Est-ce que ça va arriver ? Je l’ignore. Je travaille fort pour améliorer mon résultat de Rio », mentionne Benfeito.

« J’ai toujours cette volonté de travailler fort, de corriger mes erreurs, de m’améliorer. Je veux battre les Chinoises — qui dominent la discipline depuis les Jeux de Pékin en 2008. Je ne veux pas qu’elles finissent toujours première et deuxième, je veux les déloger. Et c’est en travaillant fort que je vais y arriver », assure-t-elle.

Selon la principale intéressée, cette détermination lui vient de son éducation.

« Mes parents ne m’ont jamais poussé à faire ce que je fais. Mais quand ça devenait difficile, ils me disaient toujours de ne jamais abandonner, que c’est en travaillant fort qu’on atteint ses objectifs », raconte-t-elle.

« J’ai d’ailleurs toujours travaillé pour tout ce que j’ai eu dans ma carrière. À chaque compétition, je me suis battue pour me qualifier. C’est une récompense quand tu te qualifies, c’est ça qui fait que tu veux toujours travailler fort », résume-t-elle.

Le noyau familial

Outre la pandémie et le report des Jeux de Tokyo, la dernière année a été éprouvante d’une autre façon pour la plongeuse. Fin janvier, l’immeuble de 15 condos qu’elle occupait avec son conjoint, le footballeur Alexandre Dupuis des Alouettes de Montréal, a été complètement rasé par un incendie. Le couple a tout perdu, y compris les trois médailles de bronze olympiques de Benfeito.

Quatre jours plus tard, elle était de retour à l’entraînement à la piscine.

« Meaghan est capable de se relever rapidement d’un échec ou d’un évènement particulièrement difficile, soutient Filion. Elle a cette capacité à laisser rapidement de côté ce qui se passe pour aller à la prochaine étape. »

L’entourage de Benfeito l’a beaucoup aidée à passer à travers cette épreuve.

« Mon chum, mes parents, mes sœurs, mes coéquipières, mes entraîneurs, tout le monde a été d’un soutien incroyable. Ils me laissaient parler quand j’en avais besoin et pleurer quand j’en avais envie. Ça fait tellement de bien lorsque les gens autour de toi te laissent être toi-même », confie Benfeito.

Les liens familiaux ont toujours occupé une place prépondérante dans sa carrière. On est tricoté serré chez les Benfeito. Ses parents, Arthur Benfeito et Margarida Correia, étaient dans les gradins à ses trois précédentes participations aux Jeux olympiques. Cette fois, ils devront suivre son dernier tour de piste à distance, puisque les spectateurs étrangers ne sont pas admis à Tokyo en raison de la pandémie.

« Ma mère est très déçue, elle voulait vraiment aller à Tokyo », admet l’athlète.

Même si Benfeito sait déjà ce qu’elle a envie de faire une fois son maillot remisé, soit devenir éducatrice à la petite enfance, elle préfère pour l’instant se concentrer seulement sur le plongeon.

« Je vais prendre le temps de bien gérer après. Au moins, je sais ce que je veux faire et il va être important pour moi d’aller à l’école et de tout apprendre. Après ça, ce serait un rêve d’ouvrir une garderie avec mes sœurs — les jumelles Alicia et Chelsea, qui œuvrent déjà dans le domaine. Nous sommes tellement proches », conclut-elle.

Meaghan Benfeito prendra part à Tokyo à l’épreuve de 10 m synchro avec Caeli McKay, le 27 juillet, et à l’épreuve individuelle au 10 m, les 4 et 5 août.