La planchiste québécoise Annie Guglia n’a finalement pas obtenu son billet pour Tokyo. « Honnêtement, j’ai braillé pendant deux-trois jours », souffle-t-elle en entrevue avec La Presse, lundi.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Mais maintenant qu’elle a absorbé le gros du choc, l’athlète parvient à retirer beaucoup de positif des quatre dernières années et se dit motivée pour l’avenir.

La planche à roulettes fera son entrée dans le programme olympique aux Jeux de Tokyo, en juillet prochain. Comme il s’agit d’un sport d’essai, il n’y a pas de délégation par pays. Seuls les planchistes qui parviennent à se classer dans le top 20 mondial pour chacune des quatre épreuves, tant chez les femmes que chez les hommes, peuvent y prendre part.

Guglia, une pionnière dans le sport au Québec et une des meilleures planchistes féminines de street au pays, était pressentie pour être du lot. Jusqu’à récemment, elle se trouvait en 18e position. Puis, les choses ne se sont pas passées comme prévu à la Dew Tour, qui avait lieu en Iowa en mai.

« J’ai mal skaté, ça arrive, relate-t-elle. Ça faisait un an et demi qu’on n’avait pas eu de compétition. Au Canada, on a l’hiver. Avec la pandémie… J’ai vraiment trouvé ça dur, la dernière année, de garder le même rythme. Parallèlement, dans d’autres pays, il y a des gens pour qui ça allait super bien. Mais ce n’est pas une excuse. »

Après la Dew Tour, la femme de 30 ans a dégringolé au 25e rang du classement mondial. Elle a bien fait aux Championnats du monde à Rome, en Italie, au début du mois de juin, réussissant à remonter au 23e rang, mais ce fut insuffisant pour obtenir son billet d’avion vers Tokyo.

C’est un deuil. Je ne m’attends pas à revenir de quelque chose qui a pris quatre ans à bâtir en deux jours. Et j’étais toute seule en Italie. Ç’a été difficile. Mais j’ai reçu un bon soutien.

Annie Guglia

La Montréalaise ne le cache pas et l’a même écrit dans une publication sur son compte Instagram la semaine dernière : elle considère sa non-qualification comme un échec. Un échec positif, toutefois.

« Un échec, ça ne veut pas dire que c’est négatif. Tu te relèves. En skate, on est habitués. Pour apprendre un truc, tu vas tomber 600 fois peut-être. Tu es habitué de tomber et de te relever. »

« C’était vraiment le fun, le processus de qualification, poursuit-elle. J’ai fait des choses que je ne pensais jamais faire dans ma vie, j’ai poussé mon skating plus loin que je pensais. Même si je ne me rends pas aux Jeux, le chemin est un peu tracé pour les futures filles, ou gars, qui vont vouloir se rendre aux Jeux. Ultimement, ça reste une expérience hyper positive. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Annie Guglia en action au Parc olympique

Année difficile

Questionnée sur l’année qui vient de passer, Annie Guglia lance d’entrée de jeu : « Honnêtement, ç’a été terrible. » Et pas seulement sur le plan sportif.

« Surtout les quatre mois d’hiver, de me lever et d’aller skater au TAZ sans coach, personne avec moi… Je n’avais pas d’amis avec qui je pouvais skater, j’habitais seule. C’était dur de me motiver. À un certain point, je me disais : “Pourquoi je fais ça ? Je n’ai pas le goût d’y aller. Ça ne sert à rien” », se souvient-elle.

Mais finalement, j’ai réussi à me recentrer sur [ce] pourquoi je fais du skate. Je fais ça parce que j’aime ça. C’est là que j’ai réalisé que tout ce que je vis, c’est positif.

Annie Guglia

L’année pandémique lui a d’ailleurs permis plus que jamais de grandir personnellement, croit-elle.

« Je pense que c’est la raison numéro un pour laquelle le côté performant n’a pas levé autant que je l’aurais voulu : j’ai passé trop de temps à grandir personnellement. J’ai réalisé plein de choses par rapport à moi. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Annie Guglia considère sa non-qualification olympique comme un échec positif.

Paris 2024 ?

Avant de savoir qu’elle ne prendrait pas part aux prochains Jeux olympiques, Annie Guglia était catégorique : pas question de refaire un cycle olympique jusqu’en 2024. « J’étais écœurée, je trouvais ça difficile », se souvient-elle. Mais dans les derniers jours, sa façon de penser a grandement évolué.

« Je vois ça plus relax. J’ai fait une publication sur Instagram et j’ai eu des centaines de messages de gens qui me disaient : même si tu ne te qualifies pas, ma fille a commencé à skater parce qu’elle t’a vue à la télé. Toute la visibilité que j’ai eue, ç’a eu un impact sur plein de jeunes de manière positive. Ce n’est pas juste par rapport à moi. On dirait que ça me fait me sentir mieux. »

Pour les prochains mois, Guglia souhaite poursuivre son implication au sein de la communauté de planche à roulettes, trouver des façons d’initier le plus de jeunes au sport. Pour le reste, elle n’a pas de plan précis.

Les Jeux, c’était évidemment la chose la plus importante dans ma vie dans les quatre dernières années, mais ce n’est pas non plus la finalité. C’est ce qui est cool d’être arrivée là-dedans aussi tard : je sais qu’il y a autre chose. Le skate, pour moi, c’est bien plus grand que les Jeux.

Annie Guglia

Donc, Paris 2024 ?

« À suivre… »