(Toronto) Tom Brady. Phil Mickelson. Jaromir Jagr. Roger Federer. L’entraîneur Tom Johnson énumérait ces légendes du sport sur lesquelles l’âge ne semble pas avoir d’emprise, ou si peu. Bientôt, il faudra peut-être ranger son protégé Brent Hayden dans cette catégorie.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Après une pause de natation de sept ans – et une prolongation imprévue de 12 mois –, le nageur de Mission, en Colombie-Britannique, a réussi son pari. À 37 ans, il retournera aux Jeux olympiques.

« Je vis les plus beaux moments de ma vie en ce moment », a lancé Hayden, encore essoufflé et surtout très ému en sortant de l’eau après sa victoire in extremis au 50 m libre des Essais olympiques canadiens, lundi soir à Toronto.

Tirant de l’arrière sur le jeune Josh Liendo, qui fait la moitié de son âge, l’ancien champion mondial du 100 m est revenu de l’arrière pour toucher au mur le premier. Son temps : 21,82 s. Le deuxième de sa carrière. À 9 centièmes de sa marque nationale établie en 2009 dans des combinaisons aujourd’hui bannies.

Hayden, qui devient ainsi le plus vieux nageur olympique canadien de l’histoire, a manifesté sa joie en laissant prendre son crâne chauve par son voisin de couloir, Liendo, qui a lui aussi réussi le chrono de qualification (21,90 s).

Pendant l’entrevue d’après-course, il a pu voir sur l’écran géant sa femme Nadina, de qui il est séparé depuis un mois en raison de la fermeture de la piscine au centre national de Vancouver pour de la maintenance. C’est la première qui a cru au retour de son mari, entrepris en 2019 lors d’un séjour au Liban, son pays d’origine. Son souhait : retrouver l’amour de son sport après une fin de carrière marquée par des blessures au dos et des enjeux de santé mentale.

« C’est un rêve qui devient réalité en ce moment », a commenté Hayden, qui s’était retiré en 2012 après sa médaille de bronze au 100 m libre aux JO de Londres.

Je sais que ça sonne cliché. Je suis olympien pour la quatrième fois ! Je peux ajouter cela à la liste, alors que je croyais qu’elle était terminée.

Brent Hayden

Il a ensuite félicité Liendo, 18 ans, sans qui il n’en serait « peut-être pas là ». « Je lui lève mon chapeau. Je trouve qu’il a été fantastique. Je ne sais pas si j’aurais réussi à faire 21,80 s sans lui. J’avais l’impression qu’il me tirait. Il a eu un excellent départ. Il est né après que je me suis qualifié dans ma première équipe nationale. Je ne pouvais demander une meilleure histoire que celle-là. »

« Parlons du Sasquatch ! », a blagué Johnson avec La Presse en faisant référence à l’ancien surnom d’Hayden.

Aux yeux du coach, son protégé s’avère un « catalyseur » pour la natation masculine canadienne en reconstruction depuis deux cycles olympiques.

« C’est générationnel jusqu’à un certain point, a dit le Montréalais d’origine. Il y a des gars plus vieux. Tu veux les Corey Perry dans ton équipe. Il y a de la place pour tous ces gars-là. »

Déjà vainqueur du 100 m papillon dans un temps record, l’Ontarien Liendo mène une nouvelle génération avec Finlay Knox, qualifié au 200 QNI lundi, et Cole Pratt, qui sera lui aussi à Tokyo au 100 m dos. Markus Thormeyer et Yuri Kisil, qui étaient à Rio en 2016, ont également profité du retour de Hayden, a ajouté Johnson.

PHOTO FRANK GUNN, LA PRESSE CANADIENNE

Joshua Liendo

« La chose la plus importante pour moi est l’être humain qu’il est devenu, a souligné l’entraîneur. D’un garçon qui a eu des problèmes, des défis et quelques excentricités, il a juste continué de se développer. Il est un homme d’affaires [dans le vêtement], un porte-parole, il est éloquent, empathique et inclusif avec tous les autres. Quel bon gars et quelle belle histoire ! »

Johnson a parlé du sport moderne, comment les plus vieux athlètes entretiennent leur corps, sont sensibles au repos, savent quand s’arrêter. Il a suggéré la lecture du livre Play On, qui traite de ces sujets.

« Brent s’est toujours tenu debout. Quand il est fatigué, il le dit : je n’en peux plus. Il plie, mais ne casse pas. Intuitivement, tu sais qu’il dit vrai. C’est tellement mieux pour un entraîneur. »

Johnson, qui entraîne depuis près de 50 ans, est d’autant plus impressionné que Hayden n’a pratiquement pas fait de compétitions depuis un an, lui qui carbure aux signaux de départ et aux objectifs à court terme.

« Ce n’est pas la même chose de faire des essais de temps avec tes partenaires d’entraînement quotidiens. On le voit à Montréal avec 2500 personnes dans les gradins. Quel changement ça fait ! »

Peut-il faire mieux aux Jeux olympiques de Tokyo ? « Il le doit, a répondu Johnson. Il veut être dans le coup. Je crois qu’il devra passer sous les 21,50 s pour être de la finale. À partir de là, tout peut arriver. Intuitivement, c’est tellement un bon racer. Il va s’élever au niveau de la compétition. »

Il aura une dernière chance de le montrer.

De la fatigue pour Harvey

Pratiquement qualifiée pour ses premiers JO après sa cinquième place de la veille au 200 m libre, ce qui devrait lui donner un poste dans le relais, Mary-Sophie Harvey n’a pas réussi son pari d’ajouter une épreuve individuelle à son programme. La Montréalaise de 21 ans a pris le quatrième rang au 200 m quatre nages individuel remporté par la favorite Sydney Pickrem. « C’est sûr que c’est décevant, une autre quatrième place, a commenté celle qui avait conclu au même rang au 100 m dos. Ça semble être ma place de prédilection pour l’instant. C’est un peu frustrant. » Après sept courses pour un total de 1400 mètres entre les câbles, elle a décidé de s’accorder une journée de repos mardi, de faire l’impasse sur le 200 m papillon et de tout miser sur le 400 QNI de mercredi.

Brown fait le show

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Eric Brown

Relégué à la vague plus lente, samedi midi, Eric Brown a réussi un record québécois qui est passé un peu inaperçu au 400 m libre. Son temps de 3 min 53,66 s, 41 centièmes de mieux que Nathan Beaudin-Bolduc, lui a permis de se classer au quatrième rang au total. Le représentant du club de Pointe-Claire a remis ça avec brio lundi soir, remportant le 1500 m libre grâce à un autre record provincial, menant la course de bout en bout. Même s’il était relativement loin du temps de qualification olympique de 15 min 00,99 s, son chrono de 15 min 19,69 s a fait tomber la référence de 15 min 24,66 s qui appartenait à Philippe Guertin depuis 2015. À 18 ans, le Montréalais a un bel avenir devant lui. « C’est tout un racer », a louangé son entraîneur Martin Gingras, aux anges avec son adjoint Philip Garverick dans les gradins. Leur enthousiasme – il fallait voir Gingras faire tourner une serviette – compensait un peu l’absence de spectateurs. Une telle performance devrait valoir à Brown une belle bourse d’études aux États-Unis, où il compte se diriger dans un an.

Deux sprints à saveur québécoise

Les Québécois étaient bien représentés dans les deux finales du 50 m, sans pour autant avoir de véritables candidats au temps de qualification A. Sarah Fournier, du CNQ de Québec, s’est le plus distinguée avec une deuxième place, à plus d’une demi-seconde de la gagnante et sélectionnée pour les JO, l’Ontarienne Kayla Sanchez (24,68 s). Katerine Savard a terminé quatrième, devant Roxane Lemieux, de Boucherville. Chez les hommes, la moitié des 10 partants provenaient du Québec. Mehdi Ayoubi s’est classé cinquième devant Spencer Bougie et les frères Philippe et Raphaël Marcoux, originaires de la Beauce.

McIntosh ajoute le 800 m libre à son programme olympique

PHOTO FRANK GUNN, LA PRESSE CANADIENNE

Summer McIntosh

Au moment d’écrire ces lignes, sur la terrasse du Centre sportif panaméricain de Toronto, une adolescente de 14 ans, accompagnée de sa mère, écoute l’entraîneur Ben Titley faire le bilan de sa victoire au 800 m libre, où elle a titillé le record canadien de Brittany MacLean, debout dans les gradins pour l’encourager. Summer McIntosh est la nouvelle perle de la natation canadienne, et Titley semble en prendre un soin jaloux. Difficile de croire qu’aux Essais olympiques de 2016, elle se prenait en photo avec Penny Oleksiak sur le bord de la piscine. Elle avait 9 ans. « Je ne me serais jamais imaginé faire partie de l’équipe cinq ans plus tard, a-t-elle souligné lundi. Mais il y a un an et demi, c’était mon objectif. » La suite s’annonce passionnante.

CE MARDI

100 m libre, où Oleksiak et Hayden partiront favoris, 200 m papillon, où Savard tentera le grand coup sans son amie Mary-Sophie Harvey, et 200 m brasse