Depuis à peine quelques minutes, une dizaine de vétérans détestaient leur vie, torturés sur la glace par des tests de conditionnement physique. Le camp d’entraînement du Canadien était bel et bien amorcé. La nouvelle est alors tombée, brutale : Joel Edmundson sera à l’écart du jeu pour une durée « indéterminée » en raison d’une blessure au dos.

Mis à jour le 22 septembre
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le défenseur s’est blessé plus tôt cette semaine, lors d’une séance de patinage, après être entré en collision avec Nick Suzuki. Ce dernier en a été quitte pour une blessure au « bas du corps » qui le force à deux semaines de repos. Or, pour Edmundson, aucune date de retour n’a pour le moment été avancée.

C’est le vice-président exécutif des opérations hockey du Canadien, Jeff Gorton, qui a donné les détails de cette anecdote lors d’une entrevue à la radio en fin de journée, soit plusieurs heures après que l’organisation se fut contentée d’évoquer une laconique blessure au « bas du corps ».

Des journalistes ont demandé à l’entraîneur-chef Martin St-Louis si le dos avait été atteint et si cette blessure était liée à celle, similaire, qui avait privé Edmundson des deux tiers du calendrier l’année dernière. Dans les deux cas, St-Louis a préféré ne pas s’avancer, faute de « détails » suffisants.

Visiblement, son patron Jeff Gorton possédait ces détails, car il les a tous fournis, sur les ondes de TSN 690, à l’animateur Mitch Melnick. Le dirigeant a affirmé ne pas s’inquiéter pour Suzuki. Quant à Edmundson, il a confirmé que le choc avait réveillé une « ancienne blessure », ajoutant toutefois qu’il se sentait « mieux aujourd’hui qu’hier » et souhaitant un retour « à court terme » de son patineur.

Si elle devait s’allonger, son absence aurait des impacts considérables à deux égards.

D’une part, sur le plan personnel. À l’exacte même date, l’an dernier, le Canadien diffusait la même nouvelle à propos du défenseur, à la différence qu’à l’époque, la nature de sa blessure n’avait pas été précisée du tout – entre nous, qu’apprend-on du « bas du corps » ? Dans tous les cas, une réévaluation « au jour le jour » s’était plus tard transformée en convalescence à très long terme. Il n’avait disputé son premier match de la saison que le 12 mars.

D’autre part, l’impact sur le plan collectif est indéniable. Il était déjà acquis que la défense du CH serait inexpérimentée cette saison, avec en place seulement quatre vétérans ayant disputé 245 matchs ou plus dans la LNH. Au bilan de la fin de la dernière saison, le directeur général Kent Hughes savait bien que de jeunes défenseurs auraient leur chance en 2022-2023, mais il avait explicitement exprimé le souhait qu’ils ne forment pas la moitié de l’unité. Le gestionnaire devra toutefois s’y résoudre si trois postes à temps plein doivent être pourvus.

En l’absence d’Edmundson, Michael Matheson devient le seul arrière établi dans la LNH qui soit disponible sur le flanc gauche. La porte s’ouvre donc toute grande pour Kaiden Guhle, qui n’a encore jamais joué dans la LNH, et pour Jordan Harris, riche d’une expérience de 10 matchs.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Michael Matheson

Plus vieux qu’eux à 27 ans, Corey Schueneman voit également ses chances augmenter d’amorcer la saison à Montréal. On pourrait aussi se rabattre sur Madison Bowey, qui se destinait sans conteste au Rocket de Laval, mais dont l’expérience de 158 matchs dans la LNH pourrait soudain se révéler payante.

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Si Michael Matheson croyait que ses débuts avec le Canadien se dérouleraient en toute quiétude, il peut tout de suite changer ses plans.

On blague, bien sûr, car ce Montréalais connaît bien son nouveau club. Il n’empêche, celui qui n’a été que le quatrième défenseur des Penguins de Pittsburgh en matière de temps de glace au cours des deux dernières saisons verra pas mal plus d’action qu’auparavant. Martin St-Louis, d’ailleurs, a déjà annoncé que « beaucoup de minutes » l’attendaient.

En point de presse, Matheson a salué le « défi » que représentait cette chance de jouer « un plus grand rôle qu’à Pittsburgh ».

Il y a plusieurs joueurs à ce camp qui cherchent à obtenir des rôles plus importants : je fais partie de ce groupe.

Michael Matheson

Même s’il est le dernier arrivé, il souhaite mettre son expérience au service de ses jeunes coéquipiers. Dans la Ligue midget AAA et plus tard dans les rangs universitaires, il a été capitaine de son équipe, a-t-il rappelé. « C’est important pour moi de parler avec les jeunes, de les aider. »

Page blanche

Plus que jamais, en l’absence d’Edmundson, la défense du Canadien apparaît comme un canevas vierge. Les deux joueurs qui ont le plus d’ancienneté au sein de l’équipe, David Savard et Chris Wideman, n’ont disputé qu’une saison à Montréal. Matheson vient tout juste de débarquer. Leurs futurs partenaires, on l’a déjà mentionné, amorcent à peine leur carrière professionnelle – à l’exception de Schueneman, qui n’a toutefois disputé que 24 matchs dans la LNH.

Cette escouade est également dirigée par Stéphane Robidas, qui fait lui-même ses premiers pas à ce titre.

Même avec des gars qui sont là depuis 10 ans, avec un nouvel entraîneur, c’est toujours différent.

Michael Matheson

Matheson prévient d’emblée les observateurs : « Ce ne sera pas parfait tout le temps. »

En tant que groupe, « on est jeunes, on sera emballés, on travaillera fort, mais ce ne sera pas parfait ».

« Ce sera important de s’entraider, a-t-il dit. C’est facile d’être heureux et emballés quand tout va bien, mais c’est dans les moments où ça va moins bien que c’est le plus important. »

Martin St-Louis en appelle donc au « leadership » de tous ses joueurs. « Tu n’es pas obligé d’être un défenseur pour aider un jeune défenseur », a-t-il résumé.

Avant même que son entraîneur n’en parle, Brendan Gallagher avait tenu le même discours. Il promet qu’il ne lâchera pas ses jeunes camarades d’une semelle.

Comme attaquant, je veux pousser ces gars-là. Je veux batailler le plus possible contre eux. Le début de la saison arrivera vite, et des gars devront se démarquer, montrer qu’ils sont prêts à saisir leur chance. Le camp est fait pour ça. La compétition interne pousse tout le monde à travailler sans relâche et à être responsable.

Brendan Gallagher

Il ne prendra personne en pitié, dit-il. « C’est la LNH : si tu es là, on s’attend à ce que tu puisses faire le travail. On ne placerait pas ces jeunes-là dans cette situation si on ne croyait pas en eux. Alors il faut les pousser, encore et encore. »

Tôt ou tard, souligne le vétéran, « ils devront jouer de grosses minutes en zone défensive contre Sidney Crosby ou Connor McDavid ». « Quand ça arrive, tu dois être prêt », a-t-il répété.

Sang et eau

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La journée de jeudi a été consacrée à une série de tests de rapidité et de conditionnement physique.

Martin St-Louis avait annoncé qu’il s’attendait à ce que ses joueurs affichent une forme physique irréprochable dès le début du camp d’entraînement. Il les a rapidement poussés au bout d’eux-mêmes. La journée de jeudi a été consacrée à une série de tests de rapidité et de conditionnement physique. L’épreuve phare plaçait les joueurs en situation de poursuite, dans une mise en place rappelant le patinage de vitesse courte piste. Chris Wideman a d’ailleurs avoué avoir désormais « beaucoup de respect » pour les experts de cette discipline. Le défenseur faisait partie du premier groupe à s’exécuter. À ses côtés, Brendan Gallagher et Mike Hoffman, entre autres, semblaient espérer qu’on les achève. « On était contents que ce soit fini », a ricané Gallagher. St-Louis a indiqué s’être inspiré de son ex-entraîneur John Tortorella dans l’élaboration de cet exercice. « C’est un test mental, a-t-il ajouté. De la manière dont on est programmés, les humains, quand ça fait mal, notre tête nous dit d’arrêter. J’aime ce test, car il nous permet de voir comment tu es capable de gagner la bataille dans ta tête. »