(Buffalo) Juraj Slafkovsky n’a peut-être pas eu droit à une invitation au restaurant comme Shane Wright et Logan Cooley, mais le Canadien fait néanmoins ses devoirs.

Publié le 2 juin
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Le grand ailier slovaque, répertorié meilleur espoir européen par la Centrale de recrutement de la Ligue nationale, a eu droit mercredi à une entrevue officielle avec le Tricolore au camp d’évaluation de la LNH. Jusqu’ici, rien d’inhabituel : les joueurs rencontrent souvent plus d’une vingtaine d’équipes lors de cet évènement.

C’est plutôt la suite qui est intrigante. « Plus tard en soirée, ils m’ont texté pour me demander si on pouvait se rencontrer. On s’est rencontrés pendant environ une heure », a raconté Slafkovsky, en entrevue avec La Presse dans un hall d’hôtel, jeudi matin.

Pas de souper, donc, « il était trop tard ! », raconte le jeune homme. Mais l’initiative l’a néanmoins flatté. « J’ai fait comme : “Wow, c’est bien.” J’étais content de leur parler une autre heure. On a parlé de la façon dont ils me voient, dont je vois mon jeu. »

Kent Hughes et Jeff Gorton y étaient, de même que quelques membres de l’équipe de recrutement. Évidemment, une équipe qui s’apprête à obtenir le tout premier choix fait ses recherches. Hughes et Gorton se sont par exemple rendus en Finlande en mai pour le Championnat du monde, où jouait Slafkovsky.

« À un certain moment, je me suis dit : “Ils connaissent tout sur moi. Pourquoi veulent-ils me parler ?” », lance Slafkovsky en riant.

PHOTO FOURNIE PAR NHL.COM

Juraj Slafkovsky

Par exemple, ils savaient à quel endroit sur la patinoire je me fais frapper le plus souvent. Donc je me suis dit : “Mais comment savent-ils ça ?” Ça m’a fait réaliser que c’est vrai que je me fais souvent frapper là. J’étais content de l’apprendre !

Juraj Slafkovsky

Les esprits fins affirmeront que c’est à Turku – là où il joue depuis trois ans – qu’il se fait frapper le plus souvent. Mais plus sérieusement, Slafkovsky s’est fait dire que c’était en sortie de zone, lorsqu’il reçoit une passe d’un défenseur, qu’il est le plus vulnérable à une mise en échec.

Ce genre de commentaire, dans un processus d’entrevue, est parfois une façon de voir comment le candidat répond à la critique. Impossible de savoir comment il a réagi sur le coup, mais jeudi matin, 12 heures après les faits, il semblait plus ravi que froissé. « Je vais faire attention à tout ce qu’ils m’ont dit ! », a-t-il lancé.

Un compliment de Caufield

C’est bien connu, que Shane Wright soit le meilleur joueur de cette cuvée 2022 ne fait pas nécessairement l’unanimité. En l’absence d’un Connor McDavid, d’un Rasmus Dahlin au sein de ce groupe, d’autres noms émergent, et Slafkovsky en fait partie.

Ses performances sur la scène internationale, contre des adultes, l’ont notamment aidé à grimper dans les classements. Il a inscrit sept buts en sept matchs aux Jeux olympiques, puis trois buts et six passes en huit sorties au Championnat du monde. Dans les deux cas, c’était cependant contre des adversaires de qualité très variable.

Ses statistiques à Turku, en première division finlandaise, sont toutefois moins impressionnantes. Il a dû se contenter de 10 points (5 buts, 5 passes) en 31 matchs en saison, puis à 7 points en 18 matchs en séries.

Quoi qu’il en soit, la simple évocation de son nom au premier rang, et le fait qu’il est ailier, a mené les plus fervents partisans à imaginer un trio Caufield-Suzuki-Slafkovsky. Ce dernier est officiellement étiqueté comme un ailier gauche, mais se dit à son aise sur les deux flancs.

Ces hypothèses se sont rendues à Slafkovsky. « J’ai aussi vu que des gens n’étaient pas d’accord ! C’est correct, c’est ça, Montréal. On ne fait pas toujours l’unanimité. Mais ça ferait un trio pas mal fou [a pretty sick line].

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Cole Caufield et Nick Suzuki

Je pense que je suis le plus gros des trois. Ils ont besoin de quelqu’un de plus costaud pour récupérer les rondelles. Et eux sont vraiment des joueurs d’habiletés. Ça ferait une bonne combinaison !

Juraj Slafkovsky au sujet de Cole Caufield et Nick Suzuki

Slafkovsky ne connaît pas Nick Suzuki personnellement, mais il se souvient avoir affronté Cole Caufield au Championnat du monde junior, dans la bulle à Edmonton, en janvier 2021. Slafkovsky n’avait alors que 16 ans et était le plus jeune joueur des Slovaques.

« On perdait comme 4-1, on est arrivés face à face pour une mise en jeu en zone neutre. Il m’a dit quelque chose du genre : “Tu pourrais devenir un bon joueur.” »

Avait-il un compliment à adresser au petit ailier droit en retour ? « Non, j’étais juste surpris qu’il me connaisse ! »

Une vieille âme

Juraj Slafkovsky a peut-être 18 ans, mais pour bien des raisons, il ne fait pas son âge.

D’abord, il mesure 6 pi 4 et pèse 218 lb. « Mon père est plus grand que moi. Mon arrière-grand-père mesurait plus de 2 m. C’est assez grand. Et ma mère mesure 1,82 m ou 1,83 m. Elle était nageuse. C’est un bon bagage génétique ! »

Ensuite, il a du vécu. C’est en 2018, à 14 ans, qu’il a quitté sa Slovaquie natale, d’abord pour l’Académie Red Bull, en Autriche, puis pour la République tchèque, avant d’aboutir dans la structure de Turku.

« J’ai visité l’Académie Red Bull, c’était vraiment une belle installation, donc j’y ai été. Sauf que la ligue n’était pas très forte, on jouait contre des équipes de Hongrie. Je voulais un plus grand défi et je ne voulais pas retourner à la maison. J’ai eu la chance d’aller en République tchèque pour finir l’année, mais je savais que j’irais ensuite en Finlande. »

C’est un chemin typique pour les joueurs de Slovaquie. D’ailleurs, le dernier choix de premier tour né en Slovaquie, Marek Zagrapan (Buffalo, 13e rang, 2005), s’était développé en Tchéquie, puis dans la LHJMQ. C’est ce qui fait dire à Gerry Johannson, l’agent de Slafkovsky, que son client est « une vieille âme ».

« Mes parents ne m’ont pas suivi. Ils venaient me voir de temps en temps pour quelques matchs, mais ils n’habitaient pas avec moi. J’ai appris à m’occuper de moi. C’est ce que je voulais, devenir plus mature et être prêt pour la vraie vie ! »

La vie deviendra encore plus vraie à partir du 7 juillet. Reste à voir si le prochain chapitre s’écrira à Montréal, au New Jersey ou en Arizona.