Le Canadien de Montréal a congédié son entraîneur-chef Dominique Ducharme, mercredi. Après le directeur général Marc Bergevin et son bras droit Trevor Timmins, Ducharme devient la troisième figure connue de l’équipe à perdre son poste depuis le début de la saison.

Mis à jour le 9 février
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

L’équipe a confirmé la nouvelle, d’abord révélée par TVA Sports, dans un communiqué publié mercredi après-midi. On y précise par ailleurs que les entraîneurs adjoints Luke Richardson, Alex Burrows, Trevor Letowski, Éric Raymond, Éric Gravel et Mario Leblanc demeurent en poste, et que le remplaçant de Ducharme serait nommé plus tard dans la journée.

Dans la même note, le nouveau directeur général du CH, Kent Hughes, a indiqué avoir « considéré qu’il était dans [l’]intérêt de l’équipe de procéder à un changement à ce stade-ci de la saison ». Il s’agit, de fait, de la première décision d’impact prise par Hughes depuis son entrée en poste il y a quelques semaines.

Le premier mandat de Dominique Ducharme comme pilote d’une équipe de la LNH se conclut donc après seulement 83 matchs étalés sur deux saisons. Sa fiche combinée est de 23 victoires, 46 défaites et 14 revers en prolongation ou en tirs de barrage.

Cette performance est plombée par la campagne de misère que connaît actuellement le CH, l’une des pires de sa longue histoire. Coincé au dernier rang du classement général, le club n’a gagné que 8 de ses 45 matchs cette saison, et seulement 2 de ses 22 derniers.

Les dernières défaites ont toutefois été particulièrement douloureuses. Au cours des cinq derniers matchs, le Tricolore a été dominé 33-12 au chapitre des buts. À l’évidence, le cœur n’y était plus. La dernière rencontre sous la direction de Ducharme aura été celle de mardi soir, une dégelée de 7-1 aux mains des Devils du New Jersey.

Le bilan de l’entraîneur québécois en saison est néanmoins nuancé par le parcours inattendu de son équipe au cours des dernières séries éliminatoires. Alors qu’il se dirigeait vers une élimination rapide au premier tour contre les Maple Leafs de Toronto, le CH a non seulement remporté trois matchs de suite pour surprendre ses vieux rivaux de la Ville Reine, mais il a aussi par la suite éliminé coup sur coup les Jets de Winnipeg et les Knights de Vegas, en route vers une première participation à la finale de la Coupe Stanley en 28 ans. Le Tricolore s’est finalement incliné en cinq rencontres contre le Lightning de Tampa Bay.

Succès

Dominique Ducharme, 48 ans, a d’abord fait sa marque en connaissant du succès comme entraîneur dans les rangs juniors. En 2013, il a remporté la Coupe Memorial avec les Mooseheads d’Halifax, dont l’attaque était alors animée par Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin.

Il a ensuite mené l’équipe canadienne à deux finales consécutives du Championnat mondial junior. Une défaite crève-cœur en tirs de barrage contre les États-Unis a valu la médaille d’argent à sa troupe en 2017, mais il a pu prendre sa revanche en 2018 et est rentré à la maison avec l’or au cou.

L’été suivant, l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal, Claude Julien, en a fait l’un de ses adjoints. Cette collaboration a duré deux saisons et demie, soit jusqu’au congédiement de Julien, en février 2021. Le CH avait amorcé en lion la campagne 2020-2021, raccourcie à 56 matchs en raison de la pandémie de COVID-19, mais avait rapidement perdu son erre d’aller. Jugeant que son équipe avait besoin d’une « nouvelle voix », Marc Bergevin avait alors promu Ducharme comme entraîneur-chef.

Sous sa direction, l’équipe a connu une fin de saison en dents de scie, minée notamment par une enfilade de blessures : 15 victoires, 16 défaites et 7 revers en prolongation ou en tirs de barrage.

Les séries venues, toutefois, les astres se sont alignés et le Tricolore a connu ses meilleurs moments depuis la nomination de Ducharme.

Ce dernier a par ailleurs dû s’isoler du reste du club pendant quelques jours après avoir contracté la COVID-19 au début de la demi-finale contre les Golden Knights. Son adjoint Luke Richardson avait pris la relève jusqu’à la fin de la série, et Ducharme avait retrouvé son poste en finale.

Chute

La chute qu’a connue le Canadien au cours des derniers mois constitue certainement du jamais-vu dans la LNH, voire dans le sport professionnel.

Sur le plan de l’effectif, la saison morte a été courte, mais dévastatrice pour la direction du club. On a appris que la carrière du défenseur Shea Weber était probablement terminée, un état de fait qui s’est confirmé depuis. Le joueur de centre Phillip Danault a signé un contrat avec les Kings de Los Angeles et l’ailier Corey Perry, avec le Lightning de Tampa Bay. Le joueur de centre Jesperi Kotkaniemi a accepté une offre hostile des Hurricanes de la Caroline. Et le gardien Carey Price a subi une opération à un genou qui devait lui permettre d’amorcer la saison à temps ; nous voilà au début du mois de février et il n’a toujours pas disputé un match.

D’autres absences de taille ont été déplorées. Joel Edmundson, membre important de la défense de l’équipe, n’a pas joué de la saison, blessé au dos. Paul Byron, dont la touche offensive n’est plus celle qu’elle était, mais qui demeure un vétéran apprécié dans l’équipe, a raté les 43 premiers matchs.

Pour combler tous ces départs et ces absences, Bergevin a acquis des joueurs de remplacement qui ont eu des impacts mitigés. Les blessures et la COVID-19 ont affecté toute l’équipe à un moment ou à un autre : seul Nick Suzuki a disputé en entier les 44 premières rencontres du calendrier.

Les défaites se sont accumulées, encore et encore. Le 28 novembre, Geoff Molson, président et propriétaire de l’organisation, a montré la porte à Bergevin et à Timmins. Jeff Gorton a d’abord été embauché à titre de vice-président aux opérations hockey, puis Kent Hughes a accepté le poste de directeur général.

Au cours de son premier point de presse, Gorton avait affirmé qu’il prévoyait garder Dominique Ducharme en poste au moins jusqu’à la fin de la saison. Mais au-delà des défaites et de la dégringolade au classement, des indices laissaient entrevoir une fin de règne accélérée, et ce, même si l’entraîneur-chef a en poche un contrat encore valide pour deux autres saisons après celle-ci.

Les contre-performances ont commencé à se succéder à un rythme accéléré. L’effort déployé n’était plus celui d’un groupe engagé. Le message, à l’évidence, ne passait plus.

Ainsi se termine donc l’étrange règne de Dominique Ducharme, qui n’aura jamais eu l’occasion de diriger l’équipe pendant une saison complète, encore moins pendant une saison dite « normale ».