Quelqu’un, quelque part, doutait-il encore de l’influence qu’a pu avoir Corey Perry dans le vestiaire du Canadien la saison dernière ?

Publié le 2 nov. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le vétéran de 36 ans, aujourd’hui membre du Lightning de Tampa Bay, a été l’une des premières personnes à entrer en contact avec Cole Caufield après que le jeune attaquant eut été cédé au Rocket de Laval, lundi.

Une relation évidente de mentorat s’était installée entre les deux coéquipiers, pendant les séries éliminatoires du printemps et de l’été derniers. À l’évidence, elle se poursuit malgré la distance.

Lui-même un ex-choix de premier tour, Perry a rappelé à Caufield que lui non plus n’avait pas eu de voie toute tracée vers la LNH. Après sa sélection par les Mighty Ducks d’Anaheim en 2003, il a disputé deux autres saisons complètes dans les rangs juniors – notamment en raison du lock-out qui a paralysé la ligue en 2004-2005. Et à sa saison recrue, même s’il avait amorcé la campagne à Anaheim, il a disputé 19 matchs dans la Ligue américaine. Il est devenu un joueur dominant chez les Pirates de Portland et n’a plus joué dans la Ligue américaine par la suite. Le voilà aujourd’hui, à 36 ans, avec plus de 1100 matchs et 800 points dans la LNH.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Cole Caufield et Corey Perry

Perry « est passé par les mêmes étapes, plusieurs gars aussi », a reconnu Caufield, mardi matin, après son premier entraînement avec le Rocket. « Il ne s’agit pas du tout de peser sur le bouton de panique. Je viens ici pour travailler. Je veux simplifier mon jeu. C’est un processus ; il faut y croire et en tirer le maximum. »

Plusieurs coéquipiers du Canadien ont aussi communiqué avec lui, a-t-il précisé.

Retrouver son jeu

Les vertus du travail acharné ont été omniprésentes dans l’allocution du jeune homme.

Il faut dire que le thème était tout indiqué. Après deux matchs à haut pointage suivis par deux jours de congé, et alors que le Rocket ne joue pas avant samedi, l’entraîneur-chef Jean-François Houle a planifié un entraînement exclusivement consacré aux batailles en groupes réduits (un contre un, deux contre deux, trois contre trois) et en espace restreint. Une longue séance de patinage à haute intensité a conclu l’heure de labeur.

Caufield, qui a sans cesse le sourire accroché aux lèvres, a présenté une mine sérieuse pendant tout l’entraînement, et même après lorsqu’il s’est adressé aux journalistes.

Limité à une seule mention d’aide en 10 rencontres avec le Tricolore cette saison, l’Américain de 20 ans n’entend pas à rire. Il veut néanmoins tirer du plaisir de cette nouvelle expérience qui s’offre à lui, le temps de « retrouver son jeu ». « Ce sera bon pour moi », croit-il.

Marc Bergevin et Dominique Ducharme, respectivement directeur général et entraîneur-chef du Canadien, ont été francs avec lui. On veut qu’il voie beaucoup de glace à Laval et qu’il regagne la confiance qui l’animait en fin de saison et en séries éliminatoires il y a quelques mois à peine.

Le hasard a fait en sorte que son arrivée à Laval coïncide avec la prise de photo annuelle de l’équipe. Or, il ne fait pas de cachette : son objectif est d’être rappelé à Montréal « le plus tôt possible ».

Les 24 dernières heures ont été chargées, notamment sur le plan émotif, mais il dit garder la tête froide. « Je vais apprendre de ça et revenir plus fort, promet-il. Je suis emballé par ce défi. »

Si l’entraînement a été un signe de son sérieux, les signes sont encourageants. Parlez-en au défenseur Terrance Amorosa, complètement débordé par le petit ailier le long de la bande, ou encore au gardien Cayden Primeau, qui n’a rien vu du violent tir que Caufield a décoché sans avertissement pendant un duel à deux contre deux. La rondelle a frappé le poteau de plein fouet. Mais le marqueur avait quand même battu le gardien.

« Pas la fin du monde »

Invité à commenter la situation de son jeune coéquipier, Xavier Ouellet, capitaine du Rocket, a plus d’une fois rappelé qu’il faisait « partie de la vie d’un hockeyeur professionnel » d’être cédé aux ligues mineures puis d’être rappelé.

« Un jeune joueur doit apprendre à composer avec ça et à en ressortir meilleur », a dit le défenseur.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Xavier Ouellet

Ouellet parle en connaissance de cause : aujourd’hui âgé de 28 ans, il a vécu 12 renvois dans la Ligue américaine – quatre avec les Red Wings de Detroit et huit avec le CH.

L’attitude positive de Caufield, estime le vétéran, sera son principal atout. « Avec l’âge, c’est plus facile à digérer, mais il joue encore au hockey pour gagner sa vie. Sa job sur la glace est la même. Il faut qu’il fasse la différence dans les matchs, qu’il continue de s’améliorer. Des fois, reculer de quelques pas permet de mieux avancer. »

Et de conclure : « Ce n’est pas la fin du monde, au contraire. »

Jean-François Houle a prêché dans le même sens. « Il n’y a rien là, venir jouer dans la Ligue américaine ! », s’est-il exclamé.

« Il va avoir beaucoup de temps de glace, il va retrouver ses repères et toucher davantage à la rondelle. Ça va bien aller pour lui. »

Caufield n’a que 20 ans, a-t-il rappelé. Et sans son statut d’espoir de premier plan, cette conversation n’aurait même pas lieu.

« La plupart des gars passent trois ou quatre années dans la Ligue américaine, a repris Houle. Même pour les choix de premier ou de deuxième tour […], si t’as des erreurs à faire, c’est bien moins pire que de les faire dans la LNH. Faire des erreurs, ça fait partie du hockey, c’est là que tu apprends. »

L’entraîneur a dit s’être entretenu avec son homologue Dominique Ducharme sur « certains points » à travailler avec Caufield, mais n’a pas explicité davantage la teneur de la discussion. Il s’attend néanmoins à ce que ce « franc-tireur » envoie davantage de rondelles au filet.

Le jeune homme ne se fera certainement pas prier de renouer avec sa spécialité.

Des fleurs pour Michael Pezzetta

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Michael Pezzetta

Pas besoin d’un doctorat en psychologie pour mesurer à quel point Michael Pezzetta est apprécié dans le vestiaire du Rocket. Le fougueux ailier de 23 ans, rappelé par le Canadien, disputera son premier match dans la LNH ce mardi soir contre les Red Wings de Detroit. Choix de sixième ronde en 2016, l’Ontarien revient de loin, lui qui n’était certainement pas pressenti pour devenir le premier rappel du Tricolore cette saison. La forte impression qu’il a laissée au camp d’entraînement du grand club, de même que son prolifique début de saison (6 points en 8 matchs), lui ont toutefois valu cette récompense. C’est Jean-François Houle qui lui a annoncé la bonne nouvelle. Il a décrit un moment émotif, autant pour son joueur que pour lui. Ce genre de moments, « c’est la raison pour laquelle je coache », a-t-il avoué. « Je suis très fier de lui. » Houle a parlé d’un joueur qui « n’a pas toujours eu la vie facile » et qui a « bûché » pendant trois ans avec le Rocket. Pezzetta amène de l’« énergie » autant sur la glace que sur le banc, où il encourage constamment ses coéquipiers. « J’ai hâte de voir son premier match », a ajouté Xavier Ouellet.