Chaque directeur général de la LNH rêve d’un coup de circuit. Cette transaction qui lui permettra d’obtenir à un prix dérisoire un joueur appelé à remplir un rôle primordial au sein de son équipe.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Chez le Canadien, l’acquisition de Phillip Danault, en 2016, est probablement ce qui se rapproche le plus de cette définition pour Marc Bergevin.

À Vegas, Kelly McCrimmon n’est le directeur général des Golden Knights que depuis deux saisons. Mais son coup de circuit, il l’a déjà frappé. À l’une de ses premières présences au bâton, en plus.

En décembre 2019, sans que personne ne lève les yeux de sa lecture du moment, McCrimmon a acquis Chandler Stephenson des Capitals de Washington en retour d’un modeste choix de cinquième tour. Étranglés par le plafond salarial, les Caps avaient sacrifié un joueur de centre qui, coincé derrière Nicklas Backstrom, Evgeny Kuznetsov et Lars Eller, n’était pas promis à un avenir radieux dans le district de Columbia.

Au Nevada, toutefois, on connaissait bien le joueur qu’on venait d’obtenir pour une bouchée de pain. Comme assistant au directeur général, en 2018, McCrimmon avait vu Stephenson à l’œuvre contre les Knights en finale de la Coupe Stanley. Et son patron George McPhee, aujourd’hui président des opérations hockey à Vegas, est celui qui avait repêché le natif de Saskatoon au troisième tour (77e au total) en 2012 chez les Capitals.

En décembre 2019, donc, les dépêches annonçant l’échange sont laconiques : les Knights font l’acquisition d’un joueur de centre à caractère défensif, spécialiste du désavantage numérique.

Dix-huit mois plus tard, Stephenson arrive en demi-finale face au Canadien au centre du premier trio des Knights. À ses côtés, Max Pacioretty et Mark Stone viennent tous deux de connaître la campagne la plus prolifique de leur carrière. Ensemble, ils ont formé l’une des unités les plus dangereuses de la LNH – si ce n’est la plus dangereuse – pendant la saison 2021.

Quand les trois étaient réunis sur la glace à cinq contre cinq, les Knights ont inscrit 38 buts et n’en ont accordé que 17, une récolte équivalant à 5,16 buts marqués par tranche de 60 minutes et à un ratio de buts marqués/accordés de 69,09 %.

Les deux indicateurs sont supérieurs à ceux du trio de Nathan MacKinnon, Mikko Rantanen et Gabriel Landeskog (4,14 et 68,63 %), chez l’Avalanche du Colorado, ou de Patrice Bergeron, Brad Marchand et David Pastrnak (4,58, 66 %), chez les Bruins de Boston.

Longue route

Quand on regarde les comparatifs, un constat se dégage de lui-même : les trois membres des trios évoqués précédemment sont, à commencer par le joueur de centre, des vedettes, voire des supervedettes de la LNH.

On ne pourrait en dire autant de Stephenson. Après une carrière junior intéressante chez les Pats de Regina, il a disputé trois saisons complètes dans la Ligue américaine avant de s’établir comme un joueur de la LNH à temps plein.

À Washington, au sein d’une attaque survitaminée, il a dû se contenter de missions secondaires.

« Je pense que chaque équipe avec de la profondeur possède un gars qui se retrouve dans une position où il n’a pas la chance de devenir le joueur qu’il pourrait être », a estimé l’entraîneur-chef des Knights, Peter DeBoer, dimanche, en visioconférence.

« C’était le cas pour lui à Washington. C’est un bon coup de George [McPhee] et Kelly [McCrimmon] d’avoir reconnu ça et de l’avoir amené ici. »

DeBoer a donné en exemple le cas très probant de Carter Verhaeghe. Après avoir présenté des statistiques modestes à Tampa, où il ne jouait que très peu, il a explosé chez les Panthers de la Floride cette saison avec 36 points en 43 rencontres.

William Carrier dresse la même analyse à propos de son coéquipier. Mais à un détail près : il n’a jamais eu de doute sur les habiletés offensives de Stephenson, qui a d’ailleurs marqué dès son premier match avec sa nouvelle équipe.

On a vite compris qu’il pouvait jouer sur les grosses lignes.

William Carrier

La chance d’y parvenir n’a pas tardé à se présenter. Au cours de la saison morte, les Knights ont échangé Paul Stastny. Un poste de centre devait donc être pourvu sur l’un des deux premiers trios.

« On a passé en revue tout le monde dans l’organisation pour savoir qui pourrait prendre le job, a raconté DeBoer. On avait quelques candidats, dont Cody Glass. Mais au premier jour du camp, Stephenson a saisi sa chance. »

Vitesse et intelligence

Avec 35 points en 51 matchs en saison, puis 5 points en 13 matchs de séries éliminatoires, Stephenson ne présente pas des statistiques offensives à la hauteur de celles de Pacioretty et de Stone.

Cela ne l’empêche pas d’apparaître comme un complément parfait pour ses ailiers.

« Des gars comme Patch et Stoner ont une intelligence sur la glace [hockey IQ] extrêmement élevée, alors le gars qui joue avec eux doit être extrêmement rapide et avoir la même intelligence, a analysé le défenseur Alex Pietrangelo. Les trois lisent très bien le jeu et représentent une menace autant en zone offensive que défensive. Je me demande s’il [Stephenson] ne s’est pas encore amélioré pendant les séries… »

Pacioretty s’explique mal, lui aussi, pourquoi son joueur de centre n’a pas reçu davantage de considération plus tôt dans sa carrière.

Je ne pense pas qu’il y a une de ses habiletés qui ne soit pas la meilleure de l’équipe. Il est le plus rapide, son tir est incroyable, il a de bonnes mains, il est calme, il a une bonne vision… Il fait tout !

Max Pacioretty

« Dès qu’il est arrivé ici, il a démontré la confiance d’un gars qui ne veut pas juste jouer dans un top 6, mais être un des meilleurs centres de la LNH, a poursuivi Pacioretty. Il nous rend la vie très facile. Je suis content que ses efforts soient récompensés. »