(Las Vegas) Le joueur s’amène à droite en zone offensive, sert une magnifique feinte à Ben Chiarot avant de déjouer Jake Allen. À l’unisson, les joueurs s’exclament, brisant une trame sonore qui se limitait jusque-là à des bruits de patins, de rondelles et de bâtons.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Un but de Cole Caufield ? De Nick Suzuki ? Non, de Brett Kulak lui-même ! Si les mises sur le plus beau but d’un entraînement étaient acceptées, Kulak aurait enrichi quelques parieurs.

« Je vois de l’excitation, mais pas démesurée. Les gars ont faim, ils veulent avancer. On est juste à la bonne place », jugeait Dominique Ducharme avant l’entraînement du Canadien, dimanche, au T-Mobile Arena.

Il y a de l’excitation en partie parce que le Tricolore vit un moment unique. Et on ne parle pas du fait que ce sera un premier match aux États-Unis pour une équipe canadienne en 15 mois.

Atteindre les demi-finales de la Coupe Stanley n’est plus ce que c’était autrefois. Oubliez la période des six équipes ; même pendant celle des 21 clubs, une équipe avait mathématiquement une chance sur cinq de se rendre au carré d’as. À compter de l’an prochain, ce sera une chance sur huit. Dans une ligue où les carrières de huit saisons sont plus l’exception que la règle, une place en demi-finale est tout sauf un automatisme.

À la recherche d’un premier match complet

Ne regardez pas plus loin que Carey Price pour vous en convaincre.

Le gardien du Canadien en sera certes à une troisième présence parmi le quatuor final. Mais en 2010, il était assis au bout du banc pendant que Jaroslav Halak était criblé de rondelles. Dans cette finale de l’Association de l’Est, Price avait dû se contenter d’une présence en relève de Halak à mi-chemin dans une défaite de 6-0.

En 2014, Price abdiquait au deuxième entracte du premier match, après que Chris Kreider, des Rangers de New York, se fut transformé en Otis Nixon, glissant les pieds en premier sur le genou droit du gardien.

Price a joué 718 matchs en saison, 81 autres en séries, mais il n’a toujours pas disputé 60 minutes d’un même match plus tard que le deuxième tour des séries.

C’est excitant. Ce temps de l’année est le plus plaisant. C’est le moment de l’année le plus exigeant, le plus dur mentalement, et c’est ce qui rend ça excitant.

Carey Price

Brendan Gallagher est le seul autre survivant des séries de 2014. Il en sera donc à sa deuxième présence aussi loin dans le tournoi.

« La dernière fois qu’on était à cette étape-ci, c’était une grosse déception pour Carey, il s’est blessé et a dû nous regarder dans une série qu’on a ensuite perdue. Il est enthousiaste, et c’est excitant de jouer devant un joueur comme lui. »

La moitié des équipes exclues

Ces séries sont les septièmes dans la LNH depuis celles de 2014. Il y a donc eu 28 places dans le carré d’as. Dans un monde purement égalitaire, toutes les équipes, sauf trois, auraient atteint les demi-finales une fois.

Mais la LNH n’est pas une société égalitaire. Avec le Lightning de Tampa Bay (cinq fois) et les Golden Knights de Vegas (trois fois) qui sont abonnés aux demi-finales, il y a donc 14 équipes qui n’ont jamais atteint les finales d’association depuis 2014.

Individuellement, ça donne parfois des anomalies. Prenez Shea Weber. Le voici à sa première présence au troisième tour, en 16 saisons. Il était un des deux joueurs actifs de la LNH à compter plus de 1000 matchs en saison sans avoir atteint cette étape ; Ryan Suter, son ancien acolyte à Nashville, est le dernier sur cette liste.

« Je le sens comme d’habitude, il est assez en contrôle », a dit de lui Ducharme. À son point de presse, Weber paraissait effectivement bien en contrôle. « C’est excellent. Je suis enthousiaste. Vraiment enthousiaste », a-t-il sèchement répondu, lorsqu’interrogé sur le sujet.

Paul Byron s’est établi à temps plein dans la LNH en 2013. Il approche les 500 matchs, mais vivra lui aussi son baptême des demi-finales. Jeff Petry a 773 matchs dans le corps, aucun dans le carré d’as.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Paul Byron

Phillip Danault a vécu la finale de 2015 en tant que réserviste à Chicago ; lui aussi jouera pour la première fois après le deuxième tour. Idem pour son ailier gauche Artturi Lehkonen. Ce sera aussi du nouveau pour Kulak, Josh Anderson et Erik Gustafsson, sans oublier les jeunes Suzuki, Caufield, Jesperi Kotkaniemi, Jake Evans et Alexander Romanov.

Dans ces circonstances, on comprend pourquoi Marc Bergevin a donné la priorité à l’expérience dans son recrutement la saison dernière, greffant six champions de la Coupe Stanley à son groupe.

Ce vécu ne nuira pas au Canadien, mais il semble assez évident que l’équipe fonde beaucoup d’espoir sur celui qui devrait avoir sa première « vraie » chance de guider ses coéquipiers vers la finale.

« Il n’y a aucun doute, tout le monde dans cette ligue sait que Price est le meilleur gardien de la ligue et peut voler un match à tout moment, a lancé Byron. C’est un pilier de notre équipe et ses habitudes de travail déteignent sur tout le monde, son calme aussi.

« On a de très bons joueurs au sein de notre quatrième trio, Cole [Caufield] est excellent, on a des défenseurs qui jouent un style sur mesure pour les séries. On croit en nos chances, et Carey est une grosse partie de l’explication. Ça prendra le meilleur effort de tout le monde, car tu ne veux pas être le maillon faible. »