Les histoires de gardiens n’ont pas manqué, à Montréal, au printemps 2010.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Jaroslav Halak, évidemment, est le nom qui demeure le plus naturellement associé au parcours phénoménal du Canadien. Michael Leighton, ce quasi-inconnu qui a vaincu le Tricolore en finale de l’Association de l’Est, a lui aussi gardé une petite place dans l’imaginaire collectif.

Le temps ayant fait son œuvre, on en a presque oublié que Marc-André Fleury avait été un acteur de premier plan de ces séries. C’est lui qui défendait le filet des Penguins de Pittsburgh, champions en titre de la Coupe Stanley, au deuxième tour face au Canadien.

« Le seul souvenir qui m’est resté en mémoire, c’est qu’on a perdu », a dit le gardien, ce samedi, en visioconférence.

La remarque n’a pas suffi à effacer le proverbial sourire du Québécois. Mais il demeure que cette série face au Tricolore représente encore aujourd’hui une tache dans la prolifique carrière du vétéran de 36 ans.

En avance 3-2, les Penguins étaient en contrôle de la série, mais le CH a malmené le gardien dans les matchs numéros 6 et 7. Fleury a accordé quatre buts dans chacune des deux rencontres, au point d’être chassé de l’ultime duel après que ses adversaires se furent forgé une avance de 4-0 sur seulement 13 tirs.

Onze ans plus tard, cette contre-performance est bien sûr loin derrière le gardien. Il a, dans l’intervalle, remporté deux coupes de plus avec les Penguins, il a transporté les Golden Knights de Vegas en grande finale à la première année d’existence du club et il est devenu, au cours de la dernière saison, le troisième gardien au chapitre du nombre de victoires en saison dans l’histoire de la LNH. Avec quatre victoires contre le Canadien au cours des prochains jours, il décrocherait le même rang en séries éliminatoires.

Comme personne et comme gardien, j’ai acquis de l’expérience là-dedans. Je pense que je suis un peu plus relax – en tout cas, j’aime le penser ! Mais j’ai encore autant le désir de gagner.

Marc-André Fleury

Revirement

Malgré tous ses succès passés, Marc-André Fleury connaît, à 36 ans, la saison de sa carrière, au point d’avoir décroché une première nomination pour l’obtention du trophée Vézina.

Il s’agit d’un revirement de situation pour lui, alors que l’arrivée de Robin Lehner à Vegas à la fin de la saison dernière semblait l’avoir relégué au siège de l’adjoint.

Un an plus tard, voilà qu’il a amorcé 12 des 13 matchs des Knights en séries éliminatoires et qu’il a été l’un des piliers – l’expression est de son coéquipier Nicolas Roy – de l’accession de son équipe à la demi-finale.

Ce retour en force suscite l’admiration aux quatre coins de la ligue, mais est tout sauf une surprise pour ceux qui côtoient le gardien sur une base quotidienne.

L’attaquant Reilly Smith était, avec Fleury, de la première mouture des Knights, en 2017-2018. La surprise, il l’a eue à l’époque en voyant un vétéran de la trempe du Québécois être aussi compétitif sur la glace, à l’entraînement comme en situation de match.

« Tous les jours, il est positif et il travaille dur, a raconté Smith. C’est pour ça qu’il est un futur membre du Temple de la renommée. Il n’y a rien de surprenant dans ce qui lui arrive. »

Le défenseur Alec Martinez, pour sa part, a décrit « Flower » comme un mélange parfait de bonne humeur et de compétitivité, qui « semble battre des records chaque soir » et qui, surtout, lui a « sauvé les fesses » plus souvent qu’à son tour.

« C’est lui qui nous calme quand on fait des erreurs », a renchéri l’attaquant québécois Nicolas Roy.

« Je crois qu’il est à son meilleur quand il s’amuse, a ajouté Martinez. Il [donne beaucoup de la voix], que ce soit pour nous prévenir qu’un adversaire nous suit ou pour diriger le jeu avec la rondelle. Et il nous encourage chaque fois qu’on réalise un beau jeu ou qu’on bloque un tir. C’est un plaisir de jouer avec lui. »

Présent

Parlant de calme, Fleury pourrait difficilement en afficher davantage à l’approche de cette série contre le Canadien.

Il ne nie pas que le Tricolore était le club de son enfance, mais ne comptez pas sur lui pour en faire tout un plat.

Interrogé sur la vaste histoire du CH, le gardien a rétorqué qu’il lui importait peu qu’une organisation ait remporté zéro ou 24 Coupes Stanley. « Il faut être dans le présent, être prêt à jouer, et ne penser ni au futur ni au passé. »

PHOTO JACK DEMPSEY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’entraîneur-chef des Golden Knights, Peter DeBoer

C’est un peu dans cette perspective que l’entraîneur-chef des Knights, Peter DeBoer, a indiqué n’avoir « aucune inquiétude » quant à la gestion des émotions de son partant.

« Il y a 10 ans, ç’aurait pu être plus délicat », mais avec l’expérience que possède aujourd’hui Fleury, « il est plus que préparé à composer avec » le défi qui l’attend.

Jamais DeBoer n’a fait référence à la série de 2010. Sans aucun doute n’y pensait-il même pas.

Mais il a tout de même pointé ce qui pourrait permettre à son gardien d’effacer sa dernière présence en séries face au Canadien. Peut-être pas des livres, mais au moins de la mémoire collective. Mais avant tout de sa mémoire à lui.