Qui l’eût cru ? Vingt-quatre heures après que la LNH eut fermé les yeux devant les gestes de Tom Wilson contre deux joueurs des Rangers de New York, le match retour entre les Capitals de Washington et les Rangers est devenu un gala de boxe.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Dès la mise en jeu initiale, trois bagarres ont éclaté simultanément. À la 50seconde, Wilson en est venu aux coups avec le vétéran Brendan Smith.

Puis, à 4 min 14 s de la première période, les deux centres qui s’affrontaient à la mise en jeu, Ryan Strome et Lars Eller, ont également jeté les gants.

En tout, six combats ont éclaté dans les cinq premières minutes du duel. Selon le réseau Sportsnet, il s’agirait d’une première dans l’histoire de la LNH, ce qui, dans une ligue qui a déjà compté les « Big Bad Bruins » et les « Broad Street Bullies » parmi ses cercles de lecture, en dit long sur le climat qui a mené à ce fiasco.

Est-ce un message des Rangers à la LNH ? Ou à ceux qui, comme Mark Messier plus tôt dans la journée, ont souligné le peu de robustesse de cette équipe ? Quoi qu’il en soit, les Capitals s’y attendaient.

« Il faut être prêts à tout ce soir, avait déclaré Eller en visioconférence, mercredi matin. S’ils veulent commencer quelque chose, on va aborder ça comme on le fait toujours : on va se protéger, on va protéger nos coéquipiers. »

Wilson, qui a aussi écopé d’une pénalité d’inconduite en fin de première période, n’est pas revenu au jeu en deuxième période. Les Capitals ont annoncé qu’il était blessé au haut du corps.

Malgré tout, un peu de hockey s’est joué. T. J. Oshie, qui a perdu son père au cours des dernières heures, a réussi un tour du chapeau pour permettre aux Capitals de l’emporter 4-2.

Oshie a brisé l’égalité de 0-0 après 12 secondes de jeu en deuxième période. Il a récidivé à 8 : 26 de la période médiane et a complété son tour du chapeau à 18 : 20 du troisième vingt, dans un filet désert.

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Eller défend Wilson

Les débordements sont survenus dans la foulée du match de lundi, au cours duquel Wilson a malmené les attaquants Pavel Buchnevich et Artemi Panarin lors d’une mêlée près du filet. Panarin, un des meilleurs attaquants de la LNH, a été blessé et sa saison est terminée.

Sans grande surprise, Eller a défendu Wilson lors de sa visioconférence. Notons qu’Eller et Wilson ne sont pas seulement coéquipiers chez les Capitals ; ils sont aussi les représentants des Capitals au sein du comité exécutif de l’Association des joueurs de la LNH (AJLNH).

Dans une réponse de trois minutes, Eller a essentiellement expliqué que l’incident avait été exagéré en raison de la réputation de Wilson.

« Je joue dans la ligue depuis un bout de temps, j’ai vu des choses bien pires. Je ne pense pas que les gens voient la situation aussi clairement quand ça implique Tom. Les opinions sont biaisées, et je ne parle pas des gens en général, je parle des journalistes, des gens à la télévision, qui ont une voix et qui s’en servent », a d’abord dit l’ancien centre du Canadien.

Eller a enchaîné en parlant d’une confrontation survenue entre Sidney Crosby et Travis Konecny dans le duel de mardi entre les Penguins de Pittsburgh et les Flyers de Philadelphie.

« Ils sont en lutte, et un gars saute sur le dos de l’autre et le prend par la tête. L’autre réplique, le rabat sur la glace et lui donne quelques coups à la tête. Le joueur a eu une pénalité. »

« La même chose est arrivée avec nous, ce sont des situations similaires, mais avec des joueurs différents. La situation [de Wilson] a pris des proportions exagérées en raison, je pense, du joueur qui était impliqué. »

Manifestement en verve, Eller a poursuivi sa réponse, même après les remerciements du journaliste qui avait posé la question.

« Je ne veux pas voir des joueurs se blesser. Mais Panarin saute sur Wilson. Quand tu sautes sur un gars, quand tu commences à lutter, tu dois être prêt à lutter, même si tu défends ton coéquipier. Ces choses-là arrivent tout le temps. Je ne pense pas que c’était une grosse histoire, mais c’en est devenue une parce que c’était Tom. »

Le cas du Canadien

Le vent de soutien souhaité par nombre de partisans à la suite de la déclaration de mardi des Rangers ne semble pas s’être matérialisé pour le moment. Après que les Rangers eurent demandé le départ de George Parros à la tête du service de la sécurité des joueurs de la LNH, aucune équipe n’a emboîté le pas.

Chez le Canadien, la réponse de l’organisation est venue de Dominique Ducharme, questionné sur ce dossier délicat lors de son point de presse d’avant-match, mercredi.

« Ce sont des images qu’on n’aime pas voir », a dit l’entraîneur-chef, à propos de la mêlée au cours de laquelle Wilson a blessé Panarin.

La sécurité des joueurs, c’est numéro 1. À la suite de ça… Je n’ai pas les informations sur lesquelles la ligue s’est basée pour prendre sa décision, mais la sécurité des joueurs est numéro 1.

Dominique Ducharme, entraîneur-chef du Canadien

Ducharme s’est ensuite limité à des réponses courtes. « Comme vous, on a vu les images, et c’est tout », a-t-il lancé à un confrère.

À un autre, qui lui demandait s’il avait été surpris que Wilson s’en tire avec une amende de 5000 $ et aucune suspension, Ducharme a répondu : « Ça voudrait dire trop de choses si je répondais. »

Le Tricolore a eu sa propre histoire avec le service de la sécurité des joueurs cette saison. Dans le premier mois de la saison, Joel Armia, Jesperi Kotkaniemi et Jake Evans ont tous reçu des mises en échec à la tête.

Le 21 janvier, Armia a été frappé par Tyler Myers, qui a été expulsé du match — auquel il ne restait que deux minutes — et qui n’a pas été suspendu. Armia a subi une commotion cérébrale et a raté trois semaines d’action. Le service de la sécurité des joueurs avait publié une vidéo expliquant que même si la tête avait été touchée, elle n’était pas le point de contact principal.

Le 30 janvier, Jesperi Kotkaniemi a été mis en échec par Dillon Dube, une collision que la LNH avait jugée « inévitable ». Kotkaniemi n’a pas été blessé sur la séquence.

Puis, le 6 février, c’était au tour de Jake Evans d’être mis en échec par Erik Gudbranson. Le défenseur qui jouait alors pour les Sénateurs n’avait pas été puni ni sanctionné pour son geste. Claude Julien, qui limitait jusque-là ses commentaires sur ce type d’incidents, en avait alors dit un peu plus.

« Je vois une épaule à la tête, mais je ne sais pas si on va trouver une raison pour laquelle c’était inévitable ou quoi… L’épaule frappe certainement la tête de Jake Evans… », avait dit celui qui était alors entraîneur-chef du Canadien.

Puis, le 30 mars, Connor McDavid a servi un coup de coude à Kotkaniemi, geste pour lequel l’attaquant vedette a reçu une amende de 5000 $.

Aucun joueur du Canadien n’a été suspendu ou mis à l’amende cette saison.

Interrogé pour savoir si, à la lumière des incidents mentionnés ci-dessus, la LNH en fait suffisamment pour protéger les joueurs, Ducharme a répondu : « pas de commentaire là-dessus ».

Silence radio du syndicat

On le disait, Eller et Wilson sont co-représentants des Capitals à l’AJLNH.

Silencieux depuis mardi soir, le syndicat des joueurs a d’ailleurs confirmé, dans un courriel à La Presse, ne pas vouloir se mêler du dossier.

« La discipline sur la patinoire fait bel et bien partie de la convention collective, mais nous n’avons aucun droit de regard sur le personnel qui travaille pour la LNH. Nous ne commenterons donc pas ce dossier », a écrit un relationniste de l’AJLNH.

Avec La Presse Canadienne