Est-ce que ce serait possible de donner le titre de joueur le plus utile à un joueur qui ne joue pas ? Chez le Canadien, en tout cas, il y aurait un candidat de choix : Brendan Gallagher.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Quelques minutes à peine après une défaite de 3-2 à Toronto contre les Maple Leafs, le 7 avril, Jake Allen a eu ceci à dire au sujet de Gallagher, blessé deux jours plus tôt : « C’est un gros morceau qu’on vient de perdre, mais c’est aussi une occasion pour d’autres joueurs de passer à un autre niveau, de bien jouer et de combler son absence. »

Dans le même bout de phrase, vers la fin, le gardien avait ajouté ceci : « Il est le cœur et l’âme de cette équipe. »

Allen ne se doutait pas à quel point il allait finir par avoir raison.

Ainsi, quand on relit ces mots environ un mois plus tard, il y a deux choses qui frappent. Premièrement, il n’y a personne, de toute évidence, qui a été en mesure de passer à l’autre niveau. Et deuxièmement, le bout sur le cœur et l’âme, ça n’a jamais été aussi vrai.

Gallagher, rappelons-le, s’est fracturé le pouce droit lors du match du 5 avril au Centre Bell, quand un tir d’Alexander Romanov, dévié au passage, l’a frappé de plein fouet. Le Canadien a ensuite annoncé une absence d’au moins six semaines dans son cas, ce qui mène au début des séries éliminatoires.

Depuis la date de son départ, le Canadien a une fiche de trois victoires et huit défaites, ce qui résume très bien ce qu’il représente pour cette équipe. Et ce n’est pas nouveau non plus.

En 2016-2017, le petit attaquant avait subi une fracture de la main gauche, et le club n’avait pu faire mieux qu’un dossier de 7-9-2 en son absence. En 2019-2020, une autre malchance à une main avait mené à un congé forcé pour lui, pendant lequel le Canadien avait conservé une fiche de 4-5-1.

En d’autres mots : quand Gallagher n’est pas là, le Canadien ne gagne pas.

« Crise d’identité »

Ce ne serait pas si mal si d’autres en profitaient pour se faire remarquer et prendre le relais, mais ça n’arrive pas.

Ainsi, Jesperi Kotkaniemi, à ses auditions à la droite du trio de Phillip Danault et de Tomas Tatar, n’a pu saisir l’occasion, et en date d’aujourd’hui, n’a aucun but en 11 matchs depuis le départ de Gallagher. Nick Suzuki pilote un autre trio, mais il n’a que deux buts sans Gallagher dans la formation.

Il ne sert à rien de s’acharner sur les plus jeunes ? Très bien.

Alors ajoutons que Jonathan Drouin (0), Tomas Tatar (2), Phillip Danault (1), Corey Perry (2) ou Eric Staal (1) n’ont pas exactement été des bêtes au chapitre des buts marqués lors des 11 derniers matchs sans Gallagher, un joueur dont l’énergie a manifestement un effet d’entraînement sur le reste du groupe.

Ensemble, Tatar et Danault ont récolté seulement huit points depuis la blessure à leur estimé collègue.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Corey Perry

C’est un peu ce que voulait dire l’entraîneur-chef Dominique Ducharme récemment quand il a évoqué une « crise d’identité » avec l’absence du joueur au numéro 11. On pourrait aller plus loin et affirmer qu’il n’y a personne d’autre qui est plus important que lui pour les succès du Canadien. Pas Carey Price, pas Shea Weber. Personne. C’est comme si le Canadien n’avait aucune chance, ou presque, quand Gallagher n’est pas de la formation.

Il y a aussi que le joueur de 28 ans est tombé au combat une semaine avant la date limite des transactions, et la direction du Canadien a réagi en ajoutant… deux défenseurs. Pire, les contrats de messieurs Jon Merrill et Erik Gustafsson ont poussé le Canadien à la limite de son plafond salarial, avec le résultat que Cole Caufield doit se tourner les pouces dans les gradins.

Tout cela tombe bien mal, puisque soudainement, la belle avance que le Canadien avait au classement est en train de s’effriter.

Le site spécialisé SportsClubStats nous rappelle que les chances du club pour une place en séries sont encore très bonnes en ce moment (88,5 %), mais il se dégage tout de même une certaine odeur de brûlé dans la cuisine montréalaise.

Le club de Ducharme va se présenter à Calgary lundi soir sur une mauvaise série, ayant laissé filer les matchs de vendredi et de samedi face aux Flames.

Le Canadien se retrouve avec une fiche de 3-7 à ses 10 derniers matchs, et avec encore 10 matchs à jouer, une telle cadence ouvrirait grand la porte aux Flames, proches poursuivants à seulement quatre points derrière au classement de la division. Pour ne pas se compliquer la vie, le Canadien aurait intérêt, au moins, à tenter de maintenir une fiche de ,500 d’ici la fin.

Est-ce que ce sera possible ? Disons que ça s’annonce compliqué. Parce que c’est toujours plus compliqué quand Brendan Gallagher n’est pas là.