« J’ai vu des hauts et des bas. Vous les avez vus aussi. »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Marc Bergevin n’a pas fait de cachettes par rapport aux performances de son gardien numéro 1 et joueur de concession Carey Price.

Autant les circonstances entourant le congédiement de l’entraîneur des gardiens Stéphane Waite étaient étranges – on l’a invité à ramasser ses effets personnels après la deuxième période du match de mardi contre les Sénateurs –, autant Bergevin a été franc dans la justification de sa décision.

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Stéphane Waite et Carey Price, en juillet dernier

Mon instinct me disait qu’on avait besoin d’un changement.

Marc Bergevin

À ses yeux, Price avait besoin d’une « nouvelle voix » pour le guider vers le succès, reprenant l’expression qu’il avait utilisée la semaine dernière lorsqu’il a congédié Claude Julien et nommé Dominique Ducharme au poste d’entraîneur-chef.

Surtout, le DG s’inquiète du « pattern » qu’il observe chez son gardien. Un concept sur lequel il a insisté six fois plutôt qu’une au cours d’un point de presse d’environ 40 minutes, et qu’il appuie sur des observations antérieures à la présente saison, a-t-il assuré.

Bergevin ne s’est pas étendu dans ses explications de ce « pattern », des éléments « récurrents » qui le hantaient, au point de congédier Waite, son collaborateur de la dernière décennie, à Chicago puis à Montréal.

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Aux yeux du directeur-général du Canadien, Carey Price avait besoin d’une « nouvelle voix » pour le guider vers le succès.

Inconstance

Il n’est toutefois pas nécessaire d’être un enquêteur émérite pour mettre le doigt sur le péché reproché à Price : l’inconstance. Les « hauts et les bas » dont parle Bergevin.

Au mois d’août dernier, Price marchait sur les eaux. En séries éliminatoires, il n’a accordé que 18 buts en 10 matchs, des performances dignes du statut de gardien le plus intimidant du circuit qui lui est attribué chaque année par ses pairs.

Sept mois plus tard, il a perdu tous ses repères. Le début de saison 2021 n’a pas été mauvais, mais ça s’est vite gâté.

Certes, ce n’était pas la seule explication aux récents insuccès de son équipe. Mais Price n’a rien fait pour aider : en février, il a compilé une fiche désastreuse de 2-4-1, assortie d’un taux d’arrêts de ,880 et d’une moyenne de buts accordés de 3,28.

En outre, son inconstance s’est, depuis toujours, mesurée à grande échelle. D’une saison à l’autre, il est impossible de prédire à quelle version de Price les partisans auront droit. Celle qui lui a valu un trophée Hart, ou celle des contre-performances à répétition ?

« Il n’y a pas un gardien qui est au même niveau tout le temps », a convenu Bergevin. Les hauts et les bas sont inévitables. Mais en nommant Sean Burke pour remplacer Waite – nous y reviendrons –, le DG souhaite que les bas soient justement… moins bas.

Pour vérifier les affirmations de Bergevin, nous avons comparé les performances de Price à celles de trois autres gardiens qui appartiennent comme lui à l’élite de la LNH : Connor Hellebuyck, Andrei Vasilevskiy et Tuukka Rask. Les deux premiers parce qu’ils font partie des gardiens les plus redoutables du moment. Et Rask parce que sa carrière s’inscrit, comme celle de Price, dans la durée.

Nous avons testé trois indicateurs : le taux d’arrêts, le pourcentage de victoires ainsi que le nombre de buts anticipés par rapport à la qualité des tirs reçus (GSAx). Ce dernier indice, calculé par le site EvolveHockey, compile les buts qu’un gardien « sauve » et soustrait ceux que celui-ci accorde alors qu’il aurait dû arrêter le tir.

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Dans les trois catégories, le constat est implacable : Price est un gardien d’extrêmes. Lorsqu’il excelle, il survole ses opposants. Mais lorsqu’il peine, il est son pire ennemi.

Burke en renfort

Comme directeur général du Canadien, Bergevin a insisté sur le fait que sa « responsabilité » était de fournir « les meilleurs outils possibles aux joueurs pour connaître du succès ». À ses yeux, l’heure était donc venue nommer Sean Burke au poste de directeur des gardiens de but.

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Sean Burke

Le titre n’est pas fortuit : pour l’instant, l’ancien des Whalers de Hartford enfilera son survêtement et sautera sur la glace pour travailler avec Price et Jake Allen. Mais à moyen et long terme, on veut jeter les bases d’un département des gardiens de but calqué sur le modèle que certaines équipes – les Panthers de la Floride, notamment – ont mis en place afin d’intégrer le recrutement et la supervision des hommes masqués à tous les échelons de l’organisation.

Domicilié en Arizona, Burke, qui agissait jusque-là comme recruteur pour le CH dans l’ouest, devra se soumettre à une quarantaine de 14 jours avant de rejoindre l’équipe. Dans l’intervalle, Marco Marciano, entraîneur des gardiens du Rocket de Laval, a été appelé en renfort pour les exercices quotidiens. Il a fait sa première apparition à l’entraînement mardi, tandis que Burke a établi la communication à distance avec ses nouveaux protégés.

Burke a fait partie des personnes consultées par Bergevin pour prendre la décision de congédier Waite, mais le DG a assuré que c’est lui qui a proposé le poste à Burke, et non pas ce dernier qui s’est proposé. Il a en outre vanté l’expérience et la « crédibilité » de celui dont la dernière expérience comme entraîneur des gardiens dans la LNH remonte à la saison 2015-2016 chez les Coyotes de l’Arizona.

Par contre, une personne qui n’a pas été consultée, a martelé Bergevin, c’est Carey Price.

Comme chef d’entreprise, la journée où je vais aller consulter un joueur pour lui demander son opinion sur ce que je devrais faire, […] je ne serai plus le bon gars pour la job.

Marc Bergevin

Price a été avisé du renvoi de son entraîneur quelques instants après la victoire de mardi. Invité à réagir à la nouvelle, mercredi, il s’est comme à l’habitude borné à des réponses succinctes et peu inspirées. « Parfois, le changement est une bonne chose, c’est bon d’entendre une nouvelle voix », a-t-il dit, ajoutant être « reconnaissant » pour les sept saisons et demie qu’il a partagées avec Waite.

Le « plan de match » n’a pas encore été arrêté avec Burke, une personne « avec qui il est facile de parler », a-t-il noté. Pour toutes les autres incertitudes présentes et futures, « on traversera le pont » au moment opportun.

Plusieurs fois, Bergevin a répété qu’il n’était pas un « expert » dans le travail des gardiens de but, d’où sa longue réflexion avant de faire un geste qui aurait pu, en toute logique, être intégré au mouvement de personnel majeur de la semaine dernière.

Il prend la « pleine responsabilité de ce changement ». En réalité, il n’a pas vraiment le choix : si l’on exclut le poste d’entraîneur des défenseurs, assuré à Luke Richardson jusqu’à la fin de la saison, la seule chaise importante au sein du personnel hockey à ne pas avoir changé de titulaire est maintenant celle du directeur général.

Il ne lui reste plus qu’à souhaiter que son instinct l’ait guidé sur la bonne voie.