On s’excuse d’avance de vous embêter avec une expression que vous lisez dans la section Actualités ces derniers mois, mais elle s’impose. Dominique Ducharme doit construire un avion en plein vol.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Et au vu de la défaite de 6-3 du Canadien contre les Jets à Winnipeg dans le premier match de Ducharme comme entraîneur-chef, la tâche s’annonce fastidieuse.

PHOTO JAMES CAREY LAUDER, USA TODAY SPORTS

Dominique Ducharme et Alex Burrows ont dirigé leur premier match derrière le banc du Canadien.

De Carey Price à l’avantage numérique, du manque de discipline au travail en infériorité numérique, toutes les difficultés qui ont mené à la dégringolade du CH sont revenues hanter l’équipe pour ce soir de première.

Price occupe le sommet des préoccupations. Ducharme a fait son bout de chemin en donnant le départ au numéro 31. Dans un sens, la décision allait de soi, car un nouvel entraîneur-chef aurait envoyé un drôle de message en clouant au banc son plus haut salarié, le pilier autour duquel Marc Bergevin bâtit son équipe depuis des années. Mais il n’y a aucun doute que pour ce qui est des performances, Jake Allen méritait davantage ce départ.

PHOTO JAMES CAREY LAUDER, USA TODAY SPORTS

Kyle Connor (81) célèbre son but marqué en deuxième période.

Price a finalement offert une autre sortie moyenne. Il a accordé un mauvais but à Nate Thompson au pire moment, n’a pas réussi assez de proverbiaux gros arrêts, et avait le langage corporel d’un gars en manque de confiance. Il suffit de compter le nombre de fois où il a regardé derrière lui après des tirs. Comparez cela avec le non-verbal qu’il montrait dans la bulle à Toronto, où il était tantôt défiant, tantôt décontracté, et vous avez carrément deux gardiens différents.

Son langage verbal, cependant, était le même qu’à l’habitude. « Je pense que je réfléchis trop », a-t-il dit, invité à comparer son début de saison à ce qu’il a offert l’été dernier. Son état d’esprit ? « Le même qu’au dernier match. Je dois respecter le processus et trouver des solutions », a-t-il dit, répétant mot pour mot sa réponse de mardi.

Et des solutions, peut-il en trouver en continuant à jouer des matchs de façon régulière ? « Je n’ai pas le choix. »

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

Kyle Connor (81) et Carey Price

Lui aussi doit construire – réparer, dans son cas – l’avion en plein vol.

Ducharme n’a pas critiqué son gardien. Le faire aurait été périlleux pour un nouveau coach, considérant le statut du gardien dans l’équipe. Vous vous souvenez du dernier entraîneur recrue du Canadien qui s’en est pris à un gardien vedette ? Indice : l’entraîneur n’a pas gagné.

« Carey fait partie de l’équipe », a répondu Ducharme. « On va regarder toutes les options, comme on le fait avec tous nos joueurs, a-t-il ajouté, dans une autre réponse. Carey est un compétiteur, je ne suis pas inquiet. »

Jonathan Drouin, lui, était particulièrement enflammé dans sa conférence d’après-match. Il apparaissait exaspéré au point qu’il parlait sans filtre.

PHOTO JAMES CAREY LAUDER, USA TODAY SPORTS

Joel Armia (40) et Connor Hellebuyck (37)

« Carey n’est peut-être pas à son meilleur, mais on ne l’aide pas, a-t-il analysé. Il nous a sauvés plusieurs fois à Ottawa. C’est à nous de donner moins de chances de marquer de qualité. On doit l’aider à avoir des tirs faciles. Trop souvent, peu importe le gardien, l’arrêt serait dur à faire. »

Les mauvaises habitudes

Pour ce match, Ducharme a géré ses troupes comme un entraîneur qui voulait bien amorcer sa relation avec ses vétérans.

Donner le départ à Price était un premier geste. Il a réuni Tomas Tatar à Phillip Danault et Brendan Gallagher. Il s’est fié à Danault à outrance, lui donnant 22 minutes de jeu et près de la moitié des mises au jeu. Il a ramené Artturi Lehkonen dans la formation, a placé Paul Byron au centre. Plusieurs de ces vétérans avaient été brassés par Claude Julien ces dernières semaines, soit en étant retranchés, soit en voyant leurs responsabilités amputées.

En fin de compte, la réponse n’a sans doute pas été celle attendue. Danault n’a pas du tout joué un vilain match, mais il en a arraché aux mises au jeu. Lehkonen a fini la soirée à - 3. Price, on en a parlé. Les quatre principaux défenseurs – Shea Weber, Ben Chiarot, Jeff Petry et Joel Edmundson – ont chacun écopé d’une pénalité. Tout ça au lendemain d’un cri du cœur de Marc Bergevin au sujet de la discipline. « Des erreurs d’inattention », a estimé Danault.

Le désavantage numérique a accordé un autre but, mais deux autres fois, les Jets ont marqué dans la minute qui a suivi la fin d’une pénalité au CH. « Ça peut être démoralisant pour l’autre équipe de résister pendant deux minutes et d’accorder un but », a souligné Pierre-Luc Dubois, dans le camp victorieux.

Il a beaucoup été question des mauvaises habitudes, ces derniers jours, et Ducharme y voit une partie du problème.

« Le mot le dit, c’est une habitude. Il faut les créer, et des fois, ça prend du temps. Et s’en débarrasser aussi, ça prend du temps. On va le faire. On va créer de nouvelles habitudes. Oui, il y a des choses qui prennent du temps, mais il faut accélérer, c’est la réalité. »

C’est la réalité, parce qu’il construit l’avion en plein vol.

En hausse : Joel Armia

PHOTO JAMES CAREY LAUDER, USA TODAY SPORTS

Joel Armia (40)

Deux jolis buts pour le gros ailier droit. Il a touché la cible pour la première fois depuis qu’il a subi une commotion cérébrale à Vancouver en début de saison.

En baisse : Jeff Petry

Une très mauvaise pénalité en fin de deuxième période, et sa sortie de zone ratée a mené au but d’assurance des Jets. Il ne joue plus avec sa confiance des premières semaines du calendrier.

Le chiffre du match : 4

La pénalité de Shea Weber était la septième du Canadien cette saison pour avoir dégagé des rondelles dans les gradins. Ces sept punitions ont déjà coûté quatre buts à l’équipe.

Dans le détail

Déjà un blessé…

Dominique Ducharme n’a pas joué de chance pour ses débuts. Dès la première période, un de ses joueurs est tombé au combat, et pas le moindre : Josh Anderson. Victime d’un croc-en-jambe de la part du défenseur Dylan DeMelo, Anderson a quitté le match en fin de première période. L’équipe n’a pas précisé la nature de sa blessure, mais Ducharme disait avoir bon espoir que ce ne soit rien de sérieux. Son absence a donc forcé Ducharme à démanteler l’unique trio auquel Claude Julien n’avait pas touché cette saison. Son départ n’a toutefois pas empêché Jonathan Drouin et Nick Suzuki de connaître un fort match en zone offensive. Une absence d’Anderson ferait évidemment mal au Tricolore : le gros ailier droit mène l’équipe pour les mises en échec (55) et vient au 2rang pour les buts (9).

Quelle dégaine !

Kyle Connor est un des meilleurs tireurs de la LNH. À 24 ans, l’ailier des Jets compte déjà 3 saisons de 30 buts à son actif. Connor a rappelé au Tricolore à quel point il peut être dangereux, et on ne parle même pas de ses deux buts ! Il a marqué son premier en sautant sur une rondelle libre pendant une mêlée devant le filet, son deuxième au terme d’un échange à trois tellement bien exécuté que même tout joueur qui sait patiner avec un bâton aurait marqué. Mais en première période, il y a été de deux tirs des poignets sensationnels, qui ont tous les deux été menaçants, dont un qui a touché le poteau. Quand même incroyable de penser qu’ils avaient deux tireurs du genre quand Patrik Laine était encore avec l’équipe…

La confiance de Drouin

Drouin connaissait déjà un bon début de saison, et il sera intéressant de voir si la promotion de Ducharme comme entraîneur-chef aura d’autres effets bénéfiques. Le numéro 92 a joué avec assurance toute la soirée en zone offensive, n’hésitant pas à contrôler la rondelle. Mais surtout, on l’a vu utiliser son tir, notamment sur une présence en fin de deuxième lors de laquelle il a tenté deux tirs au but, les deux depuis le milieu de la zone offensive. Drouin a fini la rencontre avec un point (une passe sur le but d’Armia), mais surtout quatre tentatives de tir. Le Québécois a souvent dit cette saison qu’il voulait tirer plus souvent ; on verra si ça durera.

Ils ont dit

La première moitié du match, ce n’était pas parfait. On a fait plusieurs choses bien. On a craqué mentalement et physiquement.

Dominique Ducharme

Après la première période [à 0-2], Mark Scheifele a dit dans le vestiaire : « On n’a pas besoin de marquer deux buts sur la première présence. » C’est la bonne mentalité à avoir. On n’avait pas joué une mauvaise première période. En tout cas, ça n’avait pas l’air des autres matchs contre Montréal, car on n’a pas bien joué contre eux dans le passé.

Paul Maurice, entraîneur-chef des Jets

Il faudrait que je le revoie, même qu’on se demandait c’était où. On avait autre chose à regarder. Ce sont des choses qu’on regarde après, car ça ne change rien de regarder ça pendant le match.

Ducharme, à propos de la séquence qui a mené à la blessure de Josh Anderson

Je pense qu’on peut être meilleurs avec la rondelle en sortie de zone. On doit faire des jeux plus forts. Ça veut dire de prendre de meilleures décisions, faire des jeux à plus haut pourcentage de réussite. Ça doit venir avec plus de soutien. On a bien défendu notre zone au début, mais plus ça allait, plus on reculait.

Ducharme

Quand l’autre équipe rentre à la ligne bleue sans pression, ça devient difficile à défendre. Tu ne peux pas blâmer les défenseurs, si nos attaquants ne reviennent pas. Le plus gros problème était de ne pas avoir d’attaquant en repli.

Jonathan Drouin

Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange et Guillaume Lefrançois, La Presse