David Poile était loin de s’en douter à l’époque. Mais sa tentative infructueuse de s’entendre avec le gardien Ed Belfour, en juin 2002, allait être payante.

Publié le 2 févr. 2021
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Le DG des Predators de Nashville avait obtenu des Stars de Dallas les droits exclusifs de négociations avec le gardien de 37 ans moyennant l’attaquant David Gosselin et un choix de cinquième ronde.

Mais Belfour a tourné le dos à Nashville et signé un contrat de deux ans avec les Maple Leafs de Toronto. Les Predators allaient recevoir un choix compensatoire de deuxième ronde en 2003, au 49e rang, pour la « perte » de Belfour.

Ce choix disputera mardi soir au Centre Bell son 1000e match en carrière, dont 763 parties avec les Predators. Mais à l’aube de ce fameux repêchage de 2003, Poile et ses recruteurs étaient loin de se douter que cet obscur colosse de l’Ouest canadien allait disputer 1000 matchs en carrière, encore moins amasser 576 points…

Weber avait amassé un maigre total de 18 points en 70 matchs à sa première saison complète avec les Rockets de Kelowna, dans la Ligue junior de l’Ouest, à son année d’éligibilité.

Il était classé au 72e rang sur la liste des espoirs selon le Hockey News, et au 42e rang sur la liste des joueurs nord-américains de la LNH. En bref, on ne le considérait même pas comme un choix de deuxième ronde… sauf Nashville peut-être.

« Shea ne jouait presque pas à Kelowna à son année de repêchage, se rappelle Luc Gauthier, alors membre de l’équipe de recruteurs des Predators. Il était sixième ou septième défenseur. Il n’était pas évident à analyser parce qu’il ne jouait pas beaucoup. Mais on avait un recruteur installé dans l’Ouest, Mike Rooney, qui arrivait à le voir à l’oeuvre régulièrement en première moitié de saison, en 2002. »

Rooney semble avoir insisté lors du meeting de mi-saison pour que l’organisation se déplace à Kelowna plus régulièrement. « À compter du mois de janvier, on a commencé à le suivre plus régulièrement, poursuit Gauthier, aujourd’hui à l’emploi des Penguins de Pittsburgh. On voyait un gros bonhomme qui se déplaçait bien, ses habiletés avec la rondelle étaient correctes. Il faisait une bonne première passe, mais rien d’extraordinaire. »

Les recruteurs de la LNH ont pu le voir davantage à la Coupe Memorial, présentée à Québec. Kelowna avait perdu 2-1 aux mains de Hull en demi-finale. La défense des Rockets étaient menée par Duncan Keith, Josh Gorges et Tomas Slovak. Weber avait été blanchi en quatre matchs.

« J’ai vu tous les matchs de Kelowna et il était difficile à évaluer parce que (même à cette étape de la saison), il ne jouait pas sur une base régulière », se rappelle Luc Gauthier.

Le capitaine du Canadien sortait un peu de nulle part à son arrivée dans la Ligue junior de l’Ouest en 2002. Weber avait été ignoré au repêchage de la Ligue junior de l’Ouest en 2000. Kelowna l’avait néanmoins placé sur sa liste de protection.

Shea Weber a entrepris la saison 2001 avec les Eagles de Sicamous, de la Ligue internationale junior de Kootenay, une ligue de calibre Junior B en Colombie-Britannique. Il y a dominé, au point d’obtenir une invitation des Rockets pour disputer les cinq derniers matchs de la saison 2001-2002.

Les Predators détenaient de nombreux choix au repêchage en 2003 après une saison difficile : un choix de première ronde, septième au total, trois choix de deuxième ronde et quatre choix de quatrième ronde.

Sans surprise, ils ont repêché Ryan Suter en début de première ronde, devant Braydon Coburn et Dion Phaneuf.

Ils ont ensuite choisi l’attaquant russe Konstantin Glazachev au 35e rang, puis un autre défenseur bien coté, Kevin Klein, au 37e rang, devant entre autres Patrice Bergeron.

« Le fait de compter sur plusieurs choix de deuxième ronde nous a facilité les choses, confie Luc Gauthier. On était à l’aise de le prendre en deuxième ronde s’il y avait une possibilité. Quand on l’a rencontré, chic type, jeune homme mature. Ça nous mettait en confiance, on voyait un jeune homme droit. Ça accélère toujours le processus de développement quand ils sont jeunes. »

Weber a haussé sa production à 32 points en 60 matchs à sa deuxième saison junior, puis à 41 points en 55 matchs à sa troisième.

Il a ensuite entamé sa carrière chez les professionnels dans la Ligue américaine, à 20 ans. Il a disputé 46 matchs avec les Admirals de Milwaukee, et 28 rencontres à Nashville.

L’année suivante, à sa première saison complète dans la LNH, ce géant de 6 pieds 4 pouces et 230 livres amassait 40 points en 79 matchs. Sa carrière était lancée. Huit saisons de plus de 40 points allaient suivre, puis le titre de capitaine, jusqu’à cet échange avec le Canadien pour P.K. Subban en 2016.

« S’il y a une personne dans le milieu du hockey qui pouvait prédire qu’il allait amener une dimension offensive comme il l’a fait au cours de sa carrière, il mentirait probablement, de dire Luc Gauthier. Je le voyais comme un bon défenseur, fiable, robuste, un bon joueur défensif. Mais son côté offensif… il s’est révélé. »

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1- Guillaume Lefrançois préparait ce reportage sur Shea Weber depuis un bon moment. Et il a parlé à beaucoup de monde. À ne pas manquer !

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3- Le Canadien a encore écrasé un adversaire lundi, cette fois les Canucks de Vancouver. Montréal possède de loin l’attaque la plus redoutable de la LNH à ce jour avec une moyenne de 4,33 buts marqués par match. Dallas est deuxième avec une moyenne de 3,83. L’analyse de Simon-Olivier Lorange.