Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, le Canadien de Montréal.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

SITUATION ACTUELLE

Marc Bergevin a hérité d’un club à la dérive à son arrivée en mai 2012, après le congédiement de son prédécesseur Pierre Gauthier. Le Canadien venait de terminer au 15e et dernier rang dans l’Est. Seuls les Blue Jackets de Columbus et les Oilers d’Edmonton avaient fait pire dans la Ligue. Il fallait trouver un nouvel entraîneur à la suite du fiasco Randy Cunneyworth. Une majorité des fans voulaient se débarrasser de Carey Price, alors âgé de 24 ans. On le disait incapable de répondre à la pression du marché montréalais.

David Desharnais et Tomas Plekanec constituaient les deux premiers centres de l’équipe. On cherchait à se débarrasser de Scott Gomez et de son affreux contrat. Les espoirs appelés à terminer la saison précédente s’appelaient Louis Leblanc, Aaron Palushaj, Gabriel Dumont et Blake Geoffrion. Brendan Gallagher, Jarred Tinordi et Nathan Beaulieu venaient de terminer leur saison dans les rangs juniors. Mais il y avait des joyaux. Max Pacioretty, P. K. Subban et aussi Price, évidemment, malgré les critiques.

Bergevin a résisté à la tentation d’échanger Price et il a embauché l’entraîneur des gardiens Stéphane Waite pour l’épauler. Le nouveau DG a contribué à relancer la carrière de son jeune gardien. Fraîchement nommé entraîneur, Michel Therrien, de concert avec Bergevin, a ouvert la porte aux jeunes Gallagher et Alex Galchenyuk, le premier choix de l’équipe, troisième au total, en juin. Ont suivi des années fastes. Le CH a obtenu trois saisons de 100 points ou plus (au pro rata en 2012-2013 avec le lockout) et remporté trois rondes de séries.

En 2015-2016, l’équipe a perdu Price pour une majorité de la saison et plongé au classement. Bergevin a secoué les colonnes du temple en échangeant Subban pour Shea Weber et en greffant au club Alexander Radulov et Andrew Shaw. Le Canadien a connu une quatrième saison de 100 points ou plus en cinq ans, grâce à un extraordinaire début de saison, mais il y a eu du sable dans l’engrenage, Michel Therrien a été congédié au profit de Claude Julien, et l’équipe a néanmoins perdu sèchement aux mains des Rangers de New York en première ronde. Pendant ce temps, Subban et les Predators atteignaient la finale de la Coupe Stanley.

La saison 2017-2018 fut la pire du règne de Marc Bergevin. Il a perdu Radulov sur le marché des joueurs autonomes. La moitié gauche de sa défense, dont Andrei Markov, a disparu. Le DG a cru pouvoir les remplacer par Karl Alzner, Mark Streit et David Schlemko. Les vétérans ont failli à la tâche et Victor Mete a été promu plus rapidement que prévu. Shea Weber s’est blessé et a raté la majorité de la saison. Carey Price a connu la pire année de sa carrière. L’échange du meilleur espoir du club en défense, Mikhail Sergachev pour l’attaquant Jonathan Drouin, n’a pas rapporté les résultats voulus. Ni Drouin ni Galchenyuk n’ont pu remplir leurs missions au centre. Cette saison marquait la fin d’un cycle. Marc Bergevin aurait pu être congédié au terme de cette saison. Geoff Molson a choisi de le maintenir en poste avec le mandat d’entamer une réinitialisation.

Le capitaine Max Pacioretty et Alex Galchenyuk ont été échangés. Max Domi et Tomas Tatar ont amené du sang neuf. Le troisième choix au total, Jesperi Kotkaniemi, a surpris en s’accrochant au club à seulement 18 ans. Avec Phillip Danault, Domi et Kotkaniemi, le CH avait enfin trois centres de qualité pour la première fois depuis longtemps. À la surprise générale, le Canadien a été dans la lutte pour une place en séries jusqu’à la fin en 2018-2019. On qualifie à tort cette saison d’échec. Pourtant, l’équipe a amassé plus de points (96) que les Stars de Dallas, les Golden Knights de Vegas et l’Avalanche du Colorado, pourtant qualifiés dans l’Ouest. Le Canadien a conservé la même fiche (44-30-8) que lors de la saison 2010-2011, où il avait terminé deuxième de sa division derrière Boston et participé aux séries.

Mais la saison actuelle a constitué une amère déception. On était en droit de s’attendre à une certaine progression, ou du moins au maintien des acquis. L’équipe a régressé. Au moins, la banque d’espoirs déborde avec Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi, Alexander Romanov, Ryan Poehling, Cole Caufield, Cale Fleury, Mattias Norlinder, Jordan Harris et Jesse Ylonen. Le CH n’a pas compté sur autant de jeunes joueurs de talent depuis longtemps. L’équipe devra cependant être meilleure, car l’heure de vérité approche, en cette troisième année du plan de réinitialisation.

REPÊCHAGE (2009-2019)

Après de grandes cuvées entre 2004 et 2007 (Carey Price, Mark Streit, Alexei Emelin, Mikhail Grabovski, Ryan McDonagh, Max Pacioretty, P. K. Subban et Guillaume Latendresse), le directeur du recrutement amateur Trevor Timmins a connu des années difficiles entre 2009 et 2015. Cette disette frappe encore l’équipe de plein fouet. L’équipe n’a rien tiré du repêchage de 2009, marqué par la sélection de Louis Leblanc en première ronde. Brendan Gallagher est le seul élément positif du repêchage suivant. Il a été choisi en cinquième ronde, une centaine de rangs après le premier choix Jarred Tinordi. Le premier choix de 2011, Nathan Beaulieu, est devenu un joueur de la LNH, mais jamais le défenseur espéré. Aucun autre joueur de cette cuvée n’a joué plus de 13 matchs dans la Ligue.

Le troisième choix au total de 2012, Alex Galchenyuk, n’était pas un mauvais coup. Galchenyuk demeure à ce jour le deuxième compteur de cette cuvée. Il a même connu une saison de 30 buts. Mais il doit prendre lui-même le blâme pour la faillite de sa carrière. Timmins n’a pas eu le luxe de choisir parmi les 25 premiers en 2013, 2014 et 2015. Artturi Lehkonen, Jake Evans et Noah Juulsen sont les seuls « survivants » de cette cuvée.

Les choses ont commencé à se replacer en 2016. Mikhail Sergachev a constitué un très bon choix au neuvième rang. Mais il a été échangé pour Jonathan Drouin. Il était en voie de devenir un défenseur dominant à Tampa au moment de l’interruption des activités. Victor Mete constitue un vol en quatrième ronde cette année-là.

Il est encore tôt pour passer un jugement sur les cuvées 2017, 2018 et 2019. Par contre, les indices sont très favorables. Ryan Poehling a connu une première année professionnelle difficile, mais il a dominé sur une grande scène internationale en étant nommé le joueur par excellence du Championnat mondial junior en 2019 et il a produit de façon constante dans la NCAA. On lui prédestine un poste de troisième centre ; Alexander Romanov est l’un des meilleurs défenseurs au Championnat mondial junior depuis deux ans et devrait signer un contrat avec le CH prochainement ; le gardien Cayden Primeau est dominant à tous les niveaux ; malgré la guigne de la deuxième année, Kotkaniemi a obtenu 34 points à 18 ans dans la LNH. Il avait 13 points en autant de rencontres dans la Ligue américaine après sa rétrogradation. Une production surprenante pour un jeune de 19 ans ; Cole Caufield vient de connaître une saison de 36 points en autant de matchs à sa première année dans la NCAA ; Jordan Harris jouait au sein de la première paire avec l’équipe américaine au Championnat mondial junior et il constituait le leader en défense à Northeastern cet hiver à seulement 19 ans ; un autre défenseur gaucher, Mattias Norlinder a connu une forte saison à Modo, en Suède, avec 18 points en 34 matchs. Aux autres de faire leurs preuves.

Meilleur coup

Brendan Gallagher, attaquant, cinquième ronde, 147e au total en 2010.

Gallagher est devenu un grand leader et un marqueur de 30 buts par saison chez le Canadien.

Pire coup

Jarred Tinordi, défenseur, première ronde, 22e au total en 2010.

Non seulement Tinordi n’a-t-il jamais percé à formation du Canadien, mais il a été repêché devant Kevin Hayes, Charlie Coyle, Evgeny Kuznetsov, Brock Nelson et Justin Faulk, mais le CH a en outre cédé son choix de deuxième ronde, 57e au total, aux Coyotes de l’Arizona, pour s’avancer de cinq rangs et ainsi mettre la main sur Tinordi. Le Canadien a reçu en compensation un choix de quatrième ronde, 113e au total.

Meilleur espoir

Le débat ne fait pas l’unanimité, mais Cole Caufield, 15e choix au total en 2019, est le buteur d’avenir de l’équipe. Il a marqué 72 buts en 64 matchs avec le programme de développement américain à son année de repêchage et obtenu 36 points en autant de rencontres à sa première saison dans la NCAA.

ÉCHANGES

Derrière ses airs débonnaires, Marc Bergevin est un féroce négociateur. Il ne perd pas souvent ses échanges. Et contrairement à l’un de ses prédécesseurs, Bob Gainey, il n’a jamais sacrifié de choix de première ronde et aucun des espoirs de l’organisation échangé ailleurs ne s’est épanoui avec une autre équipe : Louis Leblanc, Sebastian Collberg, Jarred Tinordi, Danny Kristo, si ce n’est Mikhail Sergachev, qui a rapporté un élément offensif important au Canadien, Jonathan Drouin. Parmi la longue liste de transactions en sa faveur, un premier coup intéressant, se débarrasser en février 2013 d’Erik Cole et des deux dernières années de son contrat à 4,5 M$ par saison pour Michael Ryder, dont le contrat arrivait à échéance. Cole était aussi considéré comme un élément négatif dans le vestiaire.

Un an plus tard, il obtenait Dale Weise pour Raphael Diaz. Weise a été utile au Canadien et il a permis deux ans plus tard en février 2016 d’obtenir Phillip Danault et un choix de deuxième ronde (Romanov) pour Tomas Fleischmann et lui.

Jeff Petry a coûté des choix de deuxième et quatrième ronde en 2015. De joueur de location, il s’est transformé en joueur essentiel pour le CH après avoir signé une prolongation de contrat. Andrew Shaw a coûté deux choix de deuxième ronde en 2016, mais Bergevin a presque récupéré la même chose trois ans plus tard (des choix de deuxième et troisième ronde en 2020 et 2021).

P. K. Subban contre Shea Weber en juin 2016 constitue sa transaction la plus importante. Il faudra encore quelques années avant d’évaluer l’échange. Les données semblent changer chaque saison. Pour Marc Bergevin, l’arrivée de Weber a marqué un changement de culture au sein de l’organisation. Mais l’équipe n’a toujours pas remporté la moindre ronde de séries éliminatoires depuis la transaction.

Depuis la nouvelle phase de réinitialisation, toutes les transactions sont à l’avantage de Bergevin : Max Domi pour Alex Galchenyuk ; Nick Suzuki, Tomas Tatar et un choix de deuxième ronde (devenus Mattias Norlinder et Jacob Leguerrier) pour Max Pacioretty. Outre les choix de deuxième et troisième ronde pour Shaw, il a aussi obtenu un choix de deuxième ronde pour Marco Scandella, un choix de troisième ronde pour Ilya Kovalchuk et une flopée de choix de quatrième, cinquième et septième rondes.

Les acquisitions de Joel Armia et de Brett Kulak n’ont rien coûté à l’organisation.

Meilleur coup

Phillip Danault et un choix de deuxième ronde (Alexander Romanov) pour deux joueurs de location, Fleischmann et Weise. Ces derniers n’ont fait que passer à Chicago. Danault est le centre le plus important du CH à l’heure actuelle et Romanov un espoir de premier plan.

Pire coup

Jusqu’à ce que Jonathan Drouin ne joue à la hauteur des attentes placées en lui, cet échange qui a coûté Mikhail Sergachev demeure le pire de Marc Bergevin.

JOUEURS AUTONOMES

Marc Bergevin a été chanceux de voir l’un des joueurs les plus convoités du marché en 2016, Milan Lucic, accepter au dernier instant l’offre des Oilers d’Edmonton. Le Canadien aurait été coincé avec un contrat monstrueux.

En général, Bergevin a été moins efficace dans ce domaine que pour les transactions. Daniel Brière, deux ans pour huit millions, n’a pas fonctionné en 2013. Alexander Semin et Mark Streit ont constitué des flops, mais le risque était minime. La signature de Karl Alzner, cinq ans pour 23 M$ en 2017, a fait mal. Alzner n’a jamais pu combler le vide laissé par Andrei Markov. Par contre, l’embauche de Ben Chiarot en 2019, trois ans pour 10,5 M$, a surpassé les attentes. Le DG du Canadien a aussi fait un bon coup avec Alexander Radulov en 2016, mais celui-ci a préféré l’offre de Dallas un an plus tard. Bergevin devra être plus efficace dans sa prochaine embauche d’un gardien auxiliaire, si elle a lieu. Les précédentes n’ont pas été couronnées de succès.

Meilleur coup

Ben Chiarot. Contre toute attente, il est devenu le partenaire régulier de Shea Weber. Il avait 21 points en 69 matchs cette saison sans participer aux supériorités numériques.

Pire coup

Karl Alzner, sans l’ombre d’un doute. Il terminera probablement l’aventure avec le Rocket de Laval, si son contrat n’est pas racheté par l’organisation d’ici là.

Dix saisons (trois rondes remportées, quatre exclusions)

2010-2011 : 44-30-8, 6e Est, première ronde.

2011-2012 : 31-35-16, 15e Est, exclus des séries.

2012-2013 : 29-14-5, 2e Est, première ronde.

2013-2014 : 46-28-8, 4e Est, finale d’association.

2014-2015 : 50-22-10, 2e Est, deuxième ronde.

2015-2016 : 38-38-6, 13e Est, exclus des séries.

2016-2017 : 47-26-9, 4e Est, défaite première ronde.

2017-2018 : 29-40-13, 14e Est, exclus des séries.

2018-2019 : 44-30-8, 9e Est, exclus des séries.

2019-2020 : 31-31-9, 12e Est, (à dix points de la dernière place donnant accès aux séries).

(Lundi : les Predators de Nashville)

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