Le 17 mars dernier, le premier ministre du Québec, François Legault, implorait « nos leaders jeunes, nos artistes, nos champions olympiques et nos influenceurs d’utiliser leurs réseaux sociaux pour nous aider à freiner la propagation du virus ».

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Phillip Danault est au nombre de ceux qui ont répondu. « Je me suis senti visé, tout simplement. »

Il n’est peut-être pas champion olympique, mais Danault est jeune, c’est un athlète et il exerce assurément de l’influence. Sur Twitter, il compte 37 900 abonnés ; sur Instagram, 79 800. Alors il a tourné une vidéo, demandant aux gens de rester à la maison. La vidéo a été visionnée 43 000 fois sur Twitter, 18 000 fois sur Instagram. Ça, c’est de l’influence.

« Moi, j’ai un enfant. Mais je peux comprendre le jeune qui n’a pas d’enfants, qui a le goût de sortir, d’avoir du fun, de se tenir en gang », nous expliquait Danault au bout du fil, jeudi.

Pour ceux qui n’ont pas d’enfants, pas de blonde, ça peut être dur. Si mon message peut inciter 10 jeunes à ne pas sortir, si ça peut sauver des vies, indirectement… Restez chez vous, pis lavez-vous les mains !

Phillip Danault

Danault ne fait pas que parler, il montre l’exemple ! Dès que la LNH a autorisé les joueurs à rentrer « chez eux », l’attaquant du Canadien a filé tout droit dans la région de Québec, où sa femme et lui possèdent un chalet en bordure d’un lac. Il y rattrape « le temps perdu », une expression lourde de sens pour un jeune père de famille. Le petit Phillip-Édouard n’a que 13 mois. Un âge où les « premières » viennent vite. L’arrêt des activités dans la LNH lui a justement permis d’en voir une.

« Il y a deux jours, il a fait ses premiers pas. Je voulais lui donner la manette de la télévision… Tsé, les enfants et les manettes ! Je ne pensais pas qu’il se lèverait, mais il a fait trois pas pour venir la chercher. On a été chanceux, Marie et moi, on était là. J’avais peur de manquer ça. Je dois t’avouer que j’ai versé quelques larmes ! »

Une entorse à une cheville

La pause permet aussi à Danault de guérir les bobos, dont un qu’il nous avait caché, comme le font bien des joueurs.

Tous se souviendront de la rondelle qu’il avait reçue en pleine poire le mois dernier, qui lui avait fait perdre du sang et des dents.

> Voyez la séquence où Philip Danault reçoit une rondelle au visage

Mais on se souvient moins de cette séquence, le 30 novembre, quand il avait lourdement chuté sur le poteau.

> Voyez la séquence où Philippe Danault heurte le poteau

Danault était brièvement rentré au vestiaire, mais n’avait finalement pas manqué de présences ni de matchs – seulement quelques entraînements. Vous savez, ces « journées de traitements » que le Canadien annonce souvent ?

En fait, Danault avait subi une entorse à une cheville, avec des dommages au ligament. Il estime en avoir eu pour un mois et demi à composer avec la douleur.

« Après un mois, ça allait un peu mieux. Je n’avais plus de grosse douleur. Je le sens encore un peu, mais ça va finir par partir. » A-t-il songé à sauter quelques matchs afin de guérir ? « Pour manquer, il faut que je sois magané pas mal ! On se battait pour les séries, je voulais être là pour les gars. »

Son rendement sur la patinoire n’en a pas trop souffert. En 14 matchs en décembre, il a inscrit 4 buts et 7 passes pour 11 points, avec un différentiel de + 4.

Peu d’espoir

Preuve qu’il va mieux : il a haussé le rythme à l’entraînement ces derniers jours. « Il faut aussi se changer les idées ! J’ai aussi pu travailler un peu sur la maison. Je suis un homme des bois ! J’ai fait du plâtre, déneigé le toit, peinturé un peu. »

Danault s’entraîne, mais il est très réaliste. Il s’est d’ailleurs commandé de l’équipement pour se tenir en forme à la maison « d’un coup que je doive passer un bout de temps ici ».

Personnellement, je pense que ce sera dur de terminer la saison. Je regarde la situation aux États-Unis et c’est trop gros pour qu’on puisse recommencer.

Phillip Danault

Entendons-nous : au classement, il n’y avait plus de grand enjeu pour le CH. Avec 11 matchs à jouer, l’équipe accusait un retard de 10 points sur la dernière place donnant accès aux séries.

« C’est sûr que ç’aurait été difficile pour les séries, convient-il. Les autres équipes n’auraient pas perdu 12 matchs de suite ! Quand tu joues et que tes chances sont aussi minces, c’est dur mentalement. »

Si la saison doit se terminer ainsi, Danault aura amassé 13 buts et 34 passes pour 47 points en 71 matchs. La statistique qui parle fort : un différentiel de + 18, un chiffre impressionnant pour un joueur toujours opposé aux meilleurs trios, au sein d’une équipe de bas de classement. Comme l’an passé, il peut s’attendre à recevoir des votes pour le trophée Selke.

Au niveau individuel, disons qu’il n’a pas à rougir de sa saison !