Ce que ce vestiaire aurait pu être lourd. Une avance de trois buts perdue. Un but égalisateur marqué avec 77 secondes à jouer en troisième période. On fait souvent la blague du vieux disque égratigné, mais on peut imaginer que la frustration, l’indignation des joueurs auraient atteint un niveau inégalé jusqu’ici.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais non. Tomas Tatar a envoyé Jeff Petry en échappée. Le rapide défenseur a saisi sa chance et a marqué pour donner une victoire de 4-3 au Canadien en prolongation, sur les Hurricanes de la Caroline.

Tout le monde en bleu-blanc-rouge a pu prendre un soupir de soulagement. Oui, dans le vestiaire, il était question de cette inquiétante tendance à laisser filer des avances ; après trois fiascos de suite cette semaine, tous à domicile, le sujet était inévitable.

« Je suis content qu’on ait gagné, mais j’étais vraiment frustré de la situation. Ça arrive à chaque fois. On a l’avance, on se fait rattraper, on dirait qu’on aime ça ! C’est vraiment frustrant », a reconnu Phillip Danault.

Mais la victoire assainit toujours l’atmosphère, si bien que Petry a pu parler de trucs plus légers comme son fils, Boyd, devenu une vedette des réseaux sociaux après que l’équipe vidéo du Canadien l’eut suivi pendant un match. Le petit malin était déjà bien connu des journalistes tant il a l’énergie pour courir partout dans les abords du vestiaire les soirs de match. Cette fois, le grand public l’a connu.

« C’est mon jumeau. À son âge, j’avais autant d’énergie, je courrais partout, se rappelle Petry. Ma femme me dit qu’elle espère qu’il finira par avoir la même personnalité tranquille que j’ai aujourd’hui ! »

PHOTO PETER MCCABE, LA PRESSE CANADIENNE

Brett Kulak (77) et Andrei Svechnikov (37)

Son joueur préféré ? Non, ce n’est pas papa. « Nick Suzuki. Il parle toujours de lui ! L’an passé c’était Gallagher. Il l’aime encore, mais je pense qu’il a descendu d’une coche. On arrive à l’aréna, il voit Suzuki passer, il me dit : papa, j’ai vu Suzuki ! »

Boyd est évidemment trop jeune pour comprendre ce genre de truc, mais il aurait très bien pu être loin de son père cette semaine. S’il n’en tenait qu’aux adeptes de la reconstruction totale, Marc Bergevin aurait dû échanger Petry tandis que sa valeur était élevée. Avec une autre année de contrat à écouler, dans la force de l’âge, lui et Tatar étaient les deux joueurs les plus « payants » que le DG pouvait monnayer, à la date limite des transactions.

« Il y a toujours des discussions. Tu ne connais pas toujours la vérité, a admis Petry. Quand j’ai su que j’étais encore ici, j’étais soulagé. C’est stressant de penser à la possibilité d’être échangé, de savoir que tu peux être parti en un clin d’œil. »

La valeur de Tatar

Encore samedi, Petry a été le joueur le plus utilisé par Claude Julien, passant 25 min 35 s sur la patinoire.

Tatar, lui, a ajouté trois passes à sa fiche, pour porter son total de points cette saison à 61, en 67 matchs. À ce rythme, il pourrait atteindre les 75 points. « C’est sa constance, observe Phillip Danault. C’est match après match. Il est passionné, il a de bonnes mains et il est capable de marquer de gros buts. Tats a une grosse valeur pour l’équipe. »

Une valeur qui dépasse sa production. Après la punition à Danault en troisième période, avec six minutes à écouler et une avance d’un but à protéger, Tatar a travaillé comme un déchaîné en zone adverse, afin de redonner de l’élan aux siens. Par son agressivité sur les rondelles libres, il envoyait le message que lui refusait de jouer sur les talons.

C’était une forte présence parmi tant d’autres pour le trio qu’il forme avec Danault et Brendan Gallagher. « Ils ont beaucoup de succès, surtout contre les gros trios de l’autre équipe, parce qu’ils passent du temps en zone adverse. Ils travaillent fort, ils font de l’échec-avant, le repli est très bon. C’est comme ça qu’ils neutralisent les meilleurs trios », a jugé Julien.

PHOTO PETER MCCABE, LA PRESSE CANADIENNE

Phillip Danault (24) célèbre son but avec ses coéquipiers.

On prend tout ça et on ramène les propos de Bergevin lundi. Plusieurs réponses portaient à confusion, mais celle au sujet de Petry et Tatar était claire. « Ce sont de bons joueurs. Les échanger contre des choix au repêchage, quand on sait qu’on peut les avoir avec nous une année de plus, ça ne tenait pas la route. […] On a l’intention de former une bonne équipe l’an prochain et ce sont de bons joueurs. »

Ils sont bons, ils aident le Canadien et surtout, ils sont heureux à Montréal. Petry était soulagé de rester. Tatar, dans le vestiaire samedi : « Je me sens comme à la maison ici et jouer au sein du premier trio, ça aide beaucoup. J’aime la ville, j’aime la communauté. » On peut comprendre leur attachement ; les deux ont relancé leur carrière ici.

Bien sûr que le CH devra apporter des changements, car son noyau ne l’a pas mené en séries depuis 2017. Mais il doit bien y avoir moyen de conserver les joueurs productifs et heureux d’être ici, et de s’attaquer aux autres problèmes, non ?

Dans le détail

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Un rare départ pour Lindgren

Pour une très rare fois, ce n’est pas Carey Price qui était devant le filet du Canadien, samedi soir au Centre Bell. Cet honneur est plutôt revenu au réserviste Charlie Lindgren, qui n’avait pas joué depuis le 4 février, Price se chargeant des 11 matchs précédents du Canadien. Pour Lindgren, c’était seulement une cinquième rencontre cette saison, et il a réussi 27 arrêts sur les 30 tirs qui ont été dirigés vers lui. Ce fut un peu difficile parfois—il a mal paru sur les deux premiers buts des Hurricanes–, mais il a aussi sauvé un but certain avec une seconde au tableau à la fin, avec un solide arrêt sur Andrei Svechnikov. « Il possède un très bon lancer, et il fallait que je trouve une façon de réussir l’arrêt sur ce jeu, a-t-il dit. J’aurais aimé revoir quelques tirs mais ça fait partie du travail quand on est gardien : il faut savoir oublier rapidement et se préparer pour le prochain tir. » Cette victoire fut la deuxième victoire de Lindgren cette saison.

Retour au jeu pour Ouellet

Après avoir raté les trois matchs précédents, Xavier Ouellet a enfin pu reprendre le collier samedi soir au Centre Bell, lui qui avait subi une commotion cérébrale lors du match du 20 février à Washington contre les Capitals. En tout, le défenseur québécois a passé 13 minutes et 20 secondes sur la glace, et il a conclu la soirée avec-1 à sa fiche. « Je me suis bien senti tout le long de la soirée, a-t-il expliqué. Je n’étais pas limité dans ce que je pouvais faire sur la glace, et en plus, on obtient la victoire. C’est une grosse victoire pour nous. » Le retour de Ouellet a signifié un retrait de la formation pour le vétéran Karl Alzner, qui a été laissé de côté. Notons par ailleurs que le Canadien n’a plus droit qu’à un seul rappel de son club-école de Laval d’ici à la fin de la saison.

Enfin une victoire au Centre Bell

Vous trouvez que le Canadien ne gagne pas souvent à la maison ? Eh bien, vous ne vous trompez pas. La victoire de samedi soir face aux Hurricanes de la Caroline fut la première de la formation montréalaise devant ses partisans en cinq matchs. La précédente avait été acquise aussi loin que le 8 février, lors de la visite des Maple Leafs de Toronto, quand le but de la victoire avait été réussi par un certain… Ilya Kovalchuk. Celle-ci, après que le Canadien eut torpillé une avance de 3-0, ne fut pas de tout repos, selon Brendan Gallagher, qui trouve que lui et ses collègues se compliquent souvent la vie un peu pour rien. « C’est bien qu’on ait pu gagner cette fois, mais on ne peut pas gaspiller des avances de cette façon, a-t-il tenu à rappeler. Il va falloir finir par comprendre qu’on doit éliminer les chances de marquer dans notre territoire en fin de match et aussi s’assurer que chaque joueur adverse est étroitement surveillé. » Ce qui est plus facile à dire qu’à faire, de toute évidence.

Ils ont dit

Du moment où j’ai eu la rondelle sur mon bâton en prolongation et que je me suis échappé seul vers leur gardien, je savais ce que j’allais faire : un tir. Je n’allais pas essayer de le déjouer, ce n’est pas mon style, alors j’ai cherché l’ouverture en haut, soit du côté du biscuit ou du côté de la mitaine.

Jeff Petry

Je ne joue pas souvent, mais j’ai la chance de m’entraîner ici avec l’un des meilleurs gardiens au monde et ça m’aide. On avait une bonne avance et à la fin, on savait que les Hurricanes allaient vouloir tout donner. Je pense que j’ai joué un bon match dans l’ensemble.

Charlie Lindgren

C’est celui qui travaille le plus fort à l’entraînement. Ça devient difficile quand tu ne joues aucun match, mais il arrive avec une attitude positive, il travaille fort et il a été récompensé.

Petry, au sujet de Lindgren

J’y pense toujours, c’est sûr, mais quand t’oublies, ça rentre !

– Phillip Danault, qui a mis fin à une séquence de 18 matchs sans avoir marqué

Il faut être meilleurs que ça quand vient le temps de protéger une avance, que ce soit de deux buts, de trois buts, peu importe. Il va falloir se pencher là-dessus et voir un peu ce qu’on peut faire pour que ça change.

Brendan Gallagher

En hausse

Nick Suzuki

Après un petit passage à vide depuis quelques matchs, le centre de 20 ans a offert une performance nettement plus assurée.

En baisse

Joel Armia

Ça ne s’améliore pas pour le gros ailier. Un seul point à ses 11 derniers matchs, une soirée encore discrète, et du jeu mou dans son territoire en fin de troisième période.

Le chiffre du match

C’est le nombre de points de Sebastian Aho, Teuvo Teravainen et Andrei Svechnikov, trois joueurs qui comptent chacun 58 points et plus cette saison. Du gros travail du trio de Phillip Danault contre eux !