(Newark) Le hockey est un jeu d’erreurs. La maxime n’a jamais été aussi vraie que mardi soir au New Jersey.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Par où commencer ? Par le début ! Même la période d’échauffement du Canadien était brouillonne, avec des passes ratées, dans les patins, dans des exercices pourtant simples. Les joueurs étaient rouillés après deux matins de congé, et la séance était annonciatrice des 30 premières minutes de la rencontre. Des minutes à faire saigner des yeux les plus fervents partisans de l’équipe.

Christian Folin tente tant bien que mal de contenir Miles Wood. Son effort n’est guère élégant, guère efficace, et un défenseur plus aguerri aurait « tué le jeu » bien avant. Mais le Suédois en a fait assez pour repousser Wood en périphérie. Wood marque quand même d’un angle mince, profitant d’une erreur de Lindgren.

On isole ce jeu, mais la liste d’exemples dans le camp montréalais est interminable dans la première moitié du match. En deuxième moitié, c’est au tour des joueurs des Devils de gaffer, de Blake Coleman qui se fait enlever la rondelle par Joel Armia, à Louis Domingue qui fige quand Nate Thompson coupe au filet. Deux erreurs, deux buts.

Pas rassasié des erreurs ? Prenez la pénalité du Tricolore pour avoir eu trop d’hommes sur la patinoire, avec 69 secondes à écouler à la troisième période. Pénalité qui permettra aux Devils d’égaler la marque. Claude Julien avait beau se réjouir de la victoire, ce jeu le faisait encore fulminer après le match.

« Quand tu t’en viens pour changer, si tu viens rapidement, tu dis que tu t’en viens et tu t’en viens, pas de problème. Mais quand tu ne t’en viens pas assez vite, tu vois quelque chose arriver et tu changes d’idée, l’autre est prêt… », décrivait l’entraîneur-chef, exaspéré par une autre pénalité du genre.

Le clou de cette soirée d’erreurs est justement survenu pendant le point de presse de l’entraîneur, quand on lui a demandé si les 12 minutes de jeu de Tomas Tatar étaient liées au virus qui court dans le vestiaire. Le chiffre semblait d’autant plus crédible que le Slovaque était invisible en première période. Il semble que le chiffre était erroné. « Ils se sont aussi trompés sur les mises en jeu entre le 24 et le 14 [Phillip Danault et Nick Suzuki], on s’en est aperçus. C’est pour ça qu’on garde nos propres statistiques ! »

Des erreurs, qu’on vous disait. Jusqu’aux officiels mineurs !

Celui qui provoque les erreurs

Comprenons ici que le Canadien n’aurait jamais dû quitter Newark avec une victoire de 5-4 en tirs de barrage. Mais les Montréalais ont été chanceux : l’autre équipe composait ses propres problèmes.

Déjà faibles sur papier, les Devils étaient privés de deux de leurs défenseurs les plus utilisés, soit P. K. Subban et Sami Vatanen. On souligne aussi l’absence de Nico Hischier, premier centre de l’équipe. On peut parler de caractère tant qu’on veut, mais contre un groupe en meilleure forme, plus talentueux, on doute que le CH aurait pu surmonter un déficit de 0-3 comme il l’a fait.

Et ce n’est sans doute pas un hasard que la remontée ait été initiée par un joueur dont la spécialité est de faire commettre des erreurs à l’adversaire. Ce joueur, c’est Joel Armia. Il y a eu son but qu’il s’est fabriqué lui-même, mais il a aussi embêté les Devils lors d’une autre infériorité numérique, forçant Damon Severson à prendre une punition pour l’avoir accroché.

PHOTO KATHY WILLENS, AP

Joel Armia (40)

Ce talent à provoquer des bévues est précisément ce qui incite Julien à l’employer en désavantage numérique. « Il est fort sur la rondelle, il a un bon bâton, il anticipe bien et coupe souvent des jeux », a résumé l’entraîneur-chef.

Quand Armia connaît ce genre de soirée, on comprend mieux en quoi il a manqué à l’équipe pendant sa courte absence après Noël. En 11 matchs sans lui, le Tricolore avait montré une fiche de 2-8-1.

Remarquez, sa présence en novembre n’avait pas empêché Montréal de sombrer dans une première séquence de huit défaites. Mais sa progression sera un des points positifs qu’il faudra retenir de cette saison quand on en fera l’autopsie, quelque part au début avril.

Dans le détail

Le marqueur méconnu

Décidément, il faudra apprendre à connaître Blake Coleman, car il se plaît à affronter le Canadien. Comme ce fut le cas lors des deux autres duels Devils-CH, Coleman a survolé la patinoire et a été un des attaquants les plus visibles de son camp. Il a obtenu l’occasion la plus dangereuse des Devils au premier vingt, grâce à sa force d’accélération, puis à son habileté pour rabattre une rondelle bondissante. Charlie Lindgren a dû réaliser tout un arrêt. Mine de rien, Coleman est en voie de flirter avec les 30 buts. S’il se rend là, il sera assurément le plus anonyme marqueur de 30 buts de la LNH. Mais son histoire nous rappelle que le développement des joueurs est un long processus. Choix de 3e tour des Devils en 2011, il a ensuite joué quatre ans en NCAA, puis deux ans dans la Ligue américaine. Et voilà qu’il pourrait atteindre la trentaine à la fin de la vingtaine…

De grosses chaussures à remplir

PHOTO KATHY WILLENS, AP

Jack Hughes (86) et Charlie Lindgren (39)

En l’absence de Nico Hischier, c’est Jack Hughes qui se retrouvait aux commandes du « premier trio » des Devils. On le met entre guillemets, parce qu’en termes de temps d’utilisation, Hughes a eu les minutes du troisième centre. N’empêche, il pouvait compter sur le meilleur ailier de son équipe en Kyle Palmieri. À 18 ans, c’était là une grosse commande. Hughes a terminé le match avec un différentiel de-3, bien qu’il n’ait pas commis d’erreur flagrante sur aucun des trois buts. On l’a même vu réaliser un joli jeu défensif en première période, quand il s’est emparé d’une rondelle libre et a effectué la sortie de zone à lui seul, en se servant de ses habiletés. Mais offensivement, il a fallu attendre la prolongation à 3 contre 3 avant de le voir ressortir. Il a tout de même le potentiel d’une future vedette.

Ça se poursuit pour Tatar

Tomas Tatar n’avait peut-être pas son meilleur match dans le corps. Comme ses coéquipiers, il a passablement mieux paru en troisième période. Auparavant, il s’est rendu coupable d’avoir été hypnotisé par la rondelle sur le troisième but des Devils. N’empêche, il continue à produire comme il le fait depuis le début de l’année. Cette fois, il repart de Newark avec une passe, son 50e point de la saison… à son 55e match ! C’était aussi un 10e point à ses 7 derniers duels. Il a obtenu ce point sur le but de Christian Folin, un coup de chance, car c’est Travis Zajac qui a fait dévier la rondelle dans son propre filet. Mais son trio venait d’embouteiller les Devils pendant de longues secondes, épuisant les adversaires à force de toujours sauter sur les rondelles libres en premier. Mine de rien, Tatar se dirige vers une saison de 74 points, ce qui serait un sommet chez le Canadien depuis les 84 d’Alex Kovalev en 2007-2008.

Ils ont dit

C’est dur quand ça fait un bout que tu n’as pas été sur la patinoire. Parfois, tu dois garder le jeu simple, faire des jeux nord-sud, ne pas essayer d’en faire trop. On ne l’a pas fait au début et ça a pris un retard de 3-0 pour qu’on comprenne.

Nate Thompson

Gagner mon premier match de la saison, c’est énorme. On sait où on est au classement. Je me mets beaucoup de pression. Quand je joue, je veux m’assurer que les gars aient confiance en moi. Je sais que ce n’était pas mon meilleur match, mais d’aller chercher la victoire, c’est bien.

Charlie Lindgren

Je disais à [Cayden] Primeau, c’est la mort la plus lente que tu puisses avoir. S’il avait réussi son tir, je crois que j’avais de bonnes chances de faire l’arrêt. J’arrive là… c’était terrible.

Lindgren, au sujet du troisième but des Devils, sur un tir raté

En fait, c’était un peu moins bruyant que l’an passé. Mais c’est toujours bien, c’est ce qui attire les gens dans les gradins. Qu’ils huent ou qu’ils applaudissent, ça signifie que tu as fait quelque chose de spécial.

Ilya Kovalchuk, hué par ses anciens partisans

On avait des gars au banc qui sont partis au vestiaire parce qu’ils ne se sentaient pas bien. On est à ce temps de l’année, mais on n’est pas la seule équipe à devoir composer avec ça. L’important, c’est qu’on ait fini fort. Notre gardien, au début, il n’a pas à la hauteur, mais il a fini fort. En tirs de barrage, il a fait les gros arrêts. Ce sont deux gros points.

Claude Julien

En hausse 

Joel Armia

En première moitié de match, quand le Canadien jouait aussi mal que Steven Seagal dans [insérez le titre de votre choix], Joel Armia était le seul qui forçait les Devils à commettre des erreurs.

En baisse 

Ilya Kovalchuk

On doute qu’il ait été dérangé par les huées ! Cela dit, on est habitués aux erreurs ici et là sur des jeux risqués, mais cette fois, ça ne venait pas avec des prouesses offensives. On note son beau jeu défensif en prolongation.

Le chiffre du match

1

La passe de Ryan Poehling sur le but de Nate Thompson était sa première dans la LNH, à son 28e match.