Maintenant qu’il est acquis que le Canadien jouera cet hiver, le directeur général Marc Bergevin et l’entraîneur-chef Claude Julien devront s’attaquer aux défis de gestion imposés par cette saison déjà étrange avant même d’avoir commencé. La Presse a retenu cinq chantiers à suivre de près.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

L’intégration des nouveaux venus

Le visage de la formation qui s’élancera sur la glace à la mi-janvier n’a peut-être pas changé de façon draconienne, mais les mouvements de personnel des derniers mois ont été suffisamment nombreux pour que l’intégration des nouveaux venus mérite qu’on s’y attarde.

Tyler Toffoli et Josh Anderson sont venus renforcer l’aile droite. Joel Edmundson intégrera automatiquement le top 6 en défense ; à moins d’une catastrophe, Alexander Romanov l’y rejoindra. Et Jake Allen devrait enfin offrir un soutien digne de ce nom à Carey Price (on y reviendra).

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Le DG du Canadien, Marc Bergevin

Mine de rien, c’est presque le quart de la formation probable du CH qui vient de changer. La logique voudrait donc qu’on se donne du temps pour que s’installe une chimie renouvelée : or, le camp d’entraînement durera 10 petits jours, sans match hors concours.

En point de presse, lundi, le directeur général du Wild du Minnesota, Bill Guerin, a convenu qu’il s’agirait d’un défi de taille pour son groupe d’entraîneurs. On s’intéresse ici au Wild puisque son DG a lui aussi été très actif pendant la saison morte.

L’intégration efficace sera « très importante », a souligné Guerin, qui a ajouté que la force de son nouvel entraîneur-chef Dean Evason était, ça tombe bien, de « rassembler les gars et de créer de la camaraderie ».

La balle est dans le camp de Claude Julien.

Les voyages nombreux et fréquents

À l’époque de la « vraie vie », le Tricolore disputait une quinzaine de ses 41 matchs sur la route dans un fuseau horaire différent. Si tout se passe comme prévu, cette proportion passera à 18 sur 28, soit presque les deux tiers.

Il s’agira d’un changement de routine considérable pour le Canadien, mais aussi pour les Sénateurs d’Ottawa et les Maple Leafs de Toronto. Historiquement, les équipes de l’Association de l’Est, toutes regroupées dans le même fuseau horaire, voyagent beaucoup moins que celles de l’Ouest.

Ken Holland, DG des Oilers d’Edmonton, s’est lui aussi adressé aux médias, lundi. Sagement, il a fait remarquer que la division Nord, constituée des équipes canadiennes, était assez équitablement répartie entre les fuseaux du Pacifique (Vancouver), des Rocheuses (Calgary, Edmonton), du Centre (Winnipeg) et de l’Est.

Tout le monde s’y colle, en somme.

Le plafond salarial

On n’en fait plus grand cas, puisque Marc Bergevin a réglé ses dossiers urgents il y a déjà deux mois, mais le Canadien dépasse le plafond salarial de 81,5 millions si l’on comptabilise les contrats de tous les joueurs qui devraient passer par le ballottage si on les rétrograde dans la Ligue américaine (Victor Mete, Noah Juulsen, Ryan Poehling) ainsi que celui de Jake Evans, appelé à devenir le quatrième centre de l’équipe. Même en rayant une partie du salaire d’un vétéran en l’envoyant chez le Rocket de Laval (salutations à Jordan Weal), il y aurait encore un peu moins de 1 million à dégager.

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Victor Mete devra lutter pour conserver sa place au sein de la défense du CH.

D’emblée, deux options s’offrent à Bergevin. La première, c’est de réduire sa formation à 21 ou 22 joueurs au lieu de 23, mais en risquant de perdre un jeune joueur au ballottage. La deuxième serait de liquider un salaire par le truchement d’une transaction.

Ce dernier scénario semble plus plausible depuis qu’Elliotte Friedman, de Sportsnet, a indiqué que le DG du Canadien continuait de travailler à renforcer ses effectifs, surtout dans une division Nord extrêmement ouverte où le Tricolore pourrait s’installer parmi les équipes de tête.

L’escouade volante

Les suggestions de traduction sont les bienvenues pour ce « taxi squad », créature de l’ère COVID-19 qui passionne le monde du hockey depuis quelques jours. Cette escouade de quatre à six joueurs, dont au moins un gardien, suivra l’équipe, sans jouer, afin de permettre un rappel d’urgence à tout moment.

Les DG du circuit pourraient tenter de s’en servir comme soupape salariale, puisque les salaires des membres de ce groupe seront effacés des livres, totalement ou en partie. Or, le stratagème aura rapidement ses limites, puisque les règles de rappel et de renvoi seront les mêmes que dans la Ligue américaine.

Le principal défi, curieusement, pourrait se présenter aux entraîneurs, qui devront composer avec des athlètes payés pour s’entraîner et qui pourraient ne pas disputer un match de la saison si jamais la formation principale devait rester en santé.

Cam Neely, président des Bruins de Boston, s’est enthousiasmé de cette tribune additionnelle dont profiteront certains joueurs pour se faire valoir.

Ken Holland, par contre, a exprimé des réserves. Si la Ligue américaine disputait une saison elle aussi, il préférerait y faire jouer les plus jeunes éléments de son organisation plutôt que de les voir poireauter dans l’entourage des Oilers.

Il se questionne en outre sur la gestion quotidienne d’un groupe de presque 30 joueurs. « Ce sera dur de tenir des entraînements à cinq ou six trios ou dix défenseurs, a-t-il illustré. Je pense aussi au troisième gardien, qui travaillera à peine 15 minutes avant et après les entraînements… »

« [L’escouade] sera bonne pour l’expérience des jeunes, mais il leur faudra jouer », a-t-il tranché, prévenant par contre qu’« on navigue dans des eaux inconnues » et qu’il « faudra prendre des décisions rapides ».

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Jordan Weal pourrait devoir se contenter d’un rôle de réserviste.

Chez le Canadien, on peut avancer que Jordan Weal, Xavier Ouellet et Charlie Lindgren sont des candidats de choix pour l’escouade mobile. Selon que le Rocket de Laval joue ou non, Cayden Primeau et Cale Fleury pourraient s’y ajouter.

Carey Price

On gardait le meilleur – et le plus hypothétique – pour la fin : quelle charge de travail réserve-t-on à Carey Price ? La question semblait réglée lorsque son entraîneur Stéphane Waite a déclaré, en novembre, qu’il destinait une cinquantaine de départs à son homme de confiance et une trentaine à Jake Allen.

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Jake Allen sera l’adjoint de Carey Price cette saison.

Or, c’était en fonction d’un calendrier de 82 matchs. Si l’on transpose ce partage à l’horaire effectif de 56 matchs de l’hiver 2021, cela ne laissera que quelque 35 matchs à Price.

Aura-t-on la discipline de le contraindre à un si bas total ? Ou cédera-t-on à la tentation de lui en donner davantage pour améliorer la position de son équipe au classement ?

Les multiples voyages et les séquences de matchs rapprochés, qu’on annonce nombreuses, donnent du poids à la première option. Mais on aurait bien de la difficulté à parier notre maison là-dessus, sachant que Price, lorsqu’il était en santé, n’a jamais disputé moins de 70 % des matchs de son équipe au cours de la dernière décennie.

Un petit deux sur 40 départs ? On s’en reparle au printemps.

Dans la LNH

La division Nord toujours en attente

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Doug Ford, premier ministre de l’Ontario

Le portrait s’est précisé dans la division Nord en ce qui a trait au retour au jeu de la mi-janvier. Mais cela ne signifie pas que les nouvelles sont bonnes pour autant. La Presse Canadienne a précisé lundi qu’aucune des autorités de santé publique des cinq provinces où sont établis des clubs de la LNH n’avait donné son aval au protocole de retour au jeu du circuit. En Ontario, le premier ministre Doug Ford a décrété un confinement de 28 jours qui s’amorcera le 26 décembre. « Aucune décision n’a été prise » quant au sort des Sénateurs et des Maple Leafs, a-t-il dit. Au Québec, la Santé publique n’a pas diffusé de mise à jour à ce sujet. Ken Holland, DG des Oilers, a pour sa part expliqué que ces discussions se déroulaient « au-dessus de son échelon salarial » et que « jusqu’à preuve du contraire », il se préparait à ce que son équipe joue à Edmonton.

Enthousiasme tiède pour Chara à Boston

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Zdeno Chara

Zdeno Chara, 43 ans, n’a toujours pas signé de nouveau contrat. Après 14 saisons avec les Bruins de Boston, on se serait attendu à un peu plus de chaleur de son patron. Or, lorsque Cam Neely a été invité à commenter la situation du géant slovaque, il a évoqué un rôle toujours à définir… si retour il y a. « On veut regarder nos jeunes défenseurs gauchers à l’œuvre et voir qui peut se démarquer, a dit Neely en point de presse. Ça dépend de ce que [Chara] pense encore pouvoir faire pour nous aider. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. » Selon TSN, une vingtaine d’équipes s’intéresseraient à ses services.

Beaucoup de joueurs sans contrat

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Pierre-Luc Dubois

Mathew Barzal, Pierre-Luc Dubois, Anthony Cirelli, Mackenzie Blackwood, Dylan Strome, Jesper Bratt, Luke Kunin, Jack Roslovic, Vince Dunn, Ethan Bear, Erik Cernak, Casey Mittelstadt… La liste des joueurs autonomes avec compensation toujours sans contrat est longue, à moins de deux semaines des camps d’entraînement. Si longue, en fait, qu’on peut se demander s’ils seront tous en uniforme au moment d’amorcer la campagne. Les équipes ont jusqu’au 11 février pour s’entendre avec eux, sans quoi ils devront faire l’impasse sur la saison. Le cas de Cirelli et de Cernak est particulièrement complexe, car le Lightning de Tampa Bay est pris à la gorge par le plafond salarial. Quoique…

Kucherov blessé ?

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Nikita Kucherov a soulevé la Coupe Stanley la saison dernière.

Le point d’interrogation est délibéré, car la nouvelle a jeté les réseaux sociaux dans la confusion, lundi. Nikita Kucherov, joueur étoile du Lightning, ratera-t-il le début de la saison ? Le site spécialisé The Athletic a écrit que le Russe avait reçu une injection la semaine dernière pour soulager des douleurs apparues pendant son entraînement de la saison morte. Ni le directeur général Julien BriseBois ni l’agent de Kucherov n’ont fait de commentaires. Une intervention chirurgicale a même été évoquée. Si d’aventure la rumeur s’avérait, il s’agirait bien sûr d’une catastrophe sur la glace, mais d’un coup de pouce financier inespéré pour BriseBois, qui disposerait soudainement d’un coussin de 9,5 millions pour consentir de courtes ententes à Cirelli et Cernak. Peut-être, aussi, que tout cela n’est qu’illusion. À suivre.

Klefbom blessé

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Oscar Klefbom (à droite)

Ici, aucune confusion : le défenseur Oscar Klefbom, des Oilers d’Edmonton, ratera toute la saison, a confirmé Ken Holland sur les ondes d’une radio locale. Il s’agit d’une nouvelle épouvantable pour les Oilers, dont la défense représente une faiblesse depuis des années. Klefbom, 27 ans, a été le meilleur pointeur chez les arrières de son club la saison dernière (34 points), et a été le défenseur le plus utilisé à Edmonton (25 min 25 s) pour la cinquième année de suite. Son coéquipier Gaetan Haas ratera quant à lui le début du camp, retenu en Suisse après avoir été en contact avec une personne qui a reçu un diagnostic positif de COVID-19.