L’équipe canadienne s’était donné le luxe du temps en invitant 46 joueurs à son camp de sélection en vue du Championnat mondial junior. Les choses viennent subitement de s’accélérer.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

À la suite de la divulgation de deux tests positifs à la COVID-19 parmi les joueurs de la formation, une quarantaine complète a été décrétée pour toute la délégation canadienne réunie à Red Deer, en Alberta. Depuis mercredi, et ce jusqu’au dimanche 6 décembre inclusivement, toutes les activités prévues sur la glace ont été annulées et toutes les personnes liées à l’équipe sont confinées individuellement dans leur chambre d’hôtel.

Les premières coupes prévues mercredi ont donc été reportées, tandis qu’un match intraéquipe et quatre rencontres hors concours contre des clubs universitaires sont passés à la trappe. L’entraîneur-chef André Tourigny n’a pas encore établi son plan pour le retour de ses hommes à l’aréna le 7 décembre : il restera alors seulement une semaine avant leur départ pour Edmonton. C’est là qu’aura lieu le tournoi dans une « bulle » réservée exclusivement aux délégations des 10 pays invités ainsi qu’au personnel affecté à l’organisation de l’évènement.

« On ne sait pas encore à quoi les choses vont ressembler quant aux entraînements et à notre prochain match », a dit Tourigny au cours d’un point de presse virtuel organisé par Hockey Canada. Un match préparatoire pourrait avoir lieu à Red Deer tout juste avant le départ à Edmonton. Autrement, la première occasion pour le groupe final d’affronter un adversaire sera directement au tournoi, le 21 décembre, dans un match hors concours déjà prévu contre la Suède.

« Je ne connais pas encore les cartes dans mon jeu », a illustré Tourigny, évoquant des règles encore indéterminées pour le retour au travail le 7 décembre. Il a toutefois mentionné l’importance de bien jauger l’effort demandé aux joueurs à leur retour sur la glace afin d’éviter les blessures.

Une autre date, bien plus rapprochée celle-là, est encerclée sur le calendrier de l’équipe canadienne : celle du 29 novembre, soit ce dimanche. Il s’agit de l’ultime journée au cours de laquelle un joueur présentant un test positif pourrait toujours demeurer avec l’équipe. Passé cette date, il devrait renoncer au tournoi.

« Le camp sert à évaluer, sélectionner et préparer nos joueurs, et on savait d’emblée que ces trois éléments pourraient être affectés par un test positif, a rappelé Scott Salmond, premier vice-président des équipes nationales à Hockey Canada. C’est ce qui est arrivé. Le temps est de notre côté, puisqu’on peut encore faire des changements. On est déjà dans notre plan B. »

Un maximum de 40 membres de l’équipe canadienne se rendra à Edmonton. On vise un groupe de 25 joueurs ainsi que 15 personnes de soutien, entraîneurs compris. On pourrait toutefois retrancher des employés au profit de joueurs additionnels.

Par ailleurs, il n’est toujours pas exclu, malgré les circonstances, qu’Alexis Lafrenière rejoigne la formation canadienne, lui qui se trouve toujours à New York où il s’entraîne sous la supervision des Rangers.

Solutions

À travers cette épreuve, un élément a enthousiasmé les dirigeants de l’équipe : la réaction des joueurs.

Ceux-ci, a plusieurs fois répété André Tourigny, sont passés en « mode solution » dès qu’ils ont appris mercredi qu’ils ne sortiraient plus de leur chambre avant un bon moment.

« On est très impressionnés de la manière dont ils s’adaptent, a dit l’entraîneur. J’ai été soufflé par leur créativité. »

D’emblée, des comités composés de joueurs et de membres du personnel se sont formés, notamment pour planifier l’entraînement individuel et les repas – un enjeu particulièrement sensible pour ses protégés, selon Tourigny. Un comité social s’est également chargé d’organiser des activités afin de garder tout le monde occupé. Un quiz en ligne, un tournoi de poker et un pool de la NFL ont déjà pris vie.

Du matériel d’entraînement individuel a également été livré aux joueurs afin qu’ils puissent garder la forme du mieux qu’ils le peuvent dans leur chambre.

Tourigny a vanté la force de caractère et le leadership des joueurs. Il s’attend d’ailleurs à en apprendre encore davantage sur eux à travers l’épreuve que représentent ces deux semaines d’isolement.

« Si un gars n’est pas capable de prendre l’adversité au cours des deux prochaines semaines, je vais m’inquiéter du caractère qu’il va montrer sur la glace quand ça va être le temps, a illustré l’entraîneur. À l’inverse, un gars qui montre du leadership, je sais que je vais pouvoir me fier sur lui quand ça va être tough. »

« Il n’y a rien comme être sur la glace, mais au lieu de voir ça comme une défaite, les gars ont vu ça comme un défi, a-t-il encore dit. Je suis convaincu qu’on ne gaspillera pas ces 10 jours-là. »

Alors que les inquiétudes pour la santé mentale en temps de pandémie se multiplient dans toute la population, Hockey Canada assure avoir tout mis en place afin d’assurer le suivi le plus serré possible avec ses représentants à Red Deer.

Par le truchement d’une application conçue par une entreprise de Calgary, joueurs et membres du personnel sont invités à remplir un questionnaire sur une base régulière afin de faire part de leur état d’esprit et de leurs inquiétudes. Au moyen de la même application, ils peuvent également solliciter, de manière confidentielle, l’aide directe de professionnels en santé mentale.

Environnement protégé

La direction de Hockey Canada n’a pu affirmer avec certitude quelle était la source d’infection derrière les deux cas de COVID-19 affectant les joueurs, qui ne seraient pas liés au cas annoncé le week-end chez un membre du personnel. L’hypothèse la plus probable, selon eux, est que les joueurs en questions, tous deux asymptomatiques, auraient « transporté » le virus à Red Deer depuis leur lieu de départ, au Canada ou aux États-Unis.

Après la quarantaine actuelle, on estime qu’on travaillera désormais dans un environnement sans COVID-19.

Par ailleurs, tous les représentants des autres pays attendus au tournoi ne devront avoir aucun contact avec des personnes extérieures à leur délégation pendant sept jours avant leur arrivée à Edmonton, en plus de présenter des tests négatifs avant de monter dans l’avion. Les délégations devront également arriver à bord de vols nolisés.

Tout le monde à l’intérieur de la « bulle » du tournoi subira par ailleurs des tests quotidiens pendant cinq jours dès leur arrivée.